Je relève de la pédiatrie !

jacynthe_rose.jpg

Depuis toujours, je suis impatient : je veux que tout aille vite ou plutôt qu’on ne tergiverse pas et ne perde pas de temps. Quand les choses demandent du temps (planter des chênes par exemple) je sais bien sûr attendre et être patient. Mais pour le reste, je n’aime pas que les gens traînent.

J’ai appris que ce syndrome (qui exaspère les gens de mon bureau) ne relevait pas de la psychiatrie mais de la pédiatrie : mon comportement est en effet typiquement celui des enfants qui ne savent pas différer leurs impatiences (“je veux ma glace à la vanille tout de suite !”). Voilà, c’est exactement ça : je n’arrive pas à différer mes impatiences.

Mais avec les jacinthes, c’est différent :
Continue reading

Le grand cèdre et le chapeau de Monsieur de Jussieu

jussieu_cedre2

Bon, je lirai Pennac ou Gilles Leroy dans une centaine d’années. Pour l’instant je suis dans “Le tour de France par deux enfants” de Bruno. Oui, je sais, ça ne date pas d’hier (1877), mais je viens de le retrouver sur une étagère de ma chambre et ça m’amuse de ne pas lire le Renaudot ou le Goncourt au moment où tout le monde pense qu’il faut lire les mêmes choses en même temps. Et puis je tombe sur ce bel arbre qui me touche. D’abord parce qu’il n’y en a plus comme ça à Paris sinon les gens seraient heureux de pouvoir s’asseoir à l’ombre de ses grandes branches. Ensuite parce que je lis cette histoire que je trouve très belle : “Bernard de Jussieu avait tant travaillé que, sur la fin de sa vie, il devint presque aveugle ; il ne pouvait plus lire ni écrire, ni surtout distinguer ses chères plantes ; mais son neveu, auquel il avait communiqué son savoir, l’aida de ses yeux et de son intelligence : le neveu voyait à la place de l’oncle et il lui disait tout ce qu’il voyait. L’oeuvre de Jussieu put donc être continuée et ne fut pas interrompue par sa mort”.

Je trouve cette histoire très touchante et si, j’étais cinéaste, je ferai un beau film sur les derniers mois de la vie de Jussieu dans son grand herbier du cabinet du Roy… Mais pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça au juste ? Ah oui c’est parce qu’à mon bureau (je dis à mon bureau mais pas seulement) ils me disent toujours : “mais il faut être patient tu sais, ce que tu demandes exige du temps”… Et moi quand je parle de grands projets ou de grands chênes, je regarde toujours si ceux qui me demandent d’être patient ont planté le gland ou non ! Si je vois qu’ils l’ont planté, je sais être patient : je sais que si on l’arrose, il finira par donner un grand chêne. Mais s’ils ne le plantent pas et me demandent d’attendre, ce n’est pas de la patience, c’est un mensonge doublé d’une résignation dont j’ai déjà parlé ici.

Attendez, il faut que je finisse de vous lire la fin du texte qui est à côté de l’image :

“Quand on se promène dans Paris, au Jardin des Plantes, on voit un grand arbre, un magnifique cèdre qui rappelle Bernard de Jussieu. C’est en effet ce dernier qui l’a rapporté dans son chapeau et planté en cet endroit, alors que le grand arbre n’était encore qu’une petite plante”.

Lui en tout cas l’avait planté ! Chapeau Mr de Jussieu !

—————
Wikipedia : Le livre de G. Bruno (pseudonyme en hommage à Giordano Bruno) – et Bernard de Jussieu

Youpi, tout va mal !

cheval_tao2
.
Je ne sais plus très bien où j’en suis de l’évolution de la catastrophe (voir entrée du dictionnaire ci-dessous) mais je me suis rappelé aujourd’hui ce vieux conte taoïste :

Un modeste paysan vivait au nord de la Chine, aux confins des steppes hantées par des hordes nomades. Il rentra un jour en sifflotant avec un superbe cheval qu’il avait acheté à prix d’or au marché de la grande ville voisine. Quelques jours plus tard, son unique cheval s’échappe et disparait vers la frontière.

L’événement fait le tour du village et les voisins viennent tour à tour le plaindre pour sa malchance. Le vieux paysan hausse les épaules et répond imperturbablement :
– Les nuages cachent le soleil mais apportent la pluie. D’un malheur naît parfois un bienfait. Nous verrons…

Trois mois plus tard, le cheval réapparait avec à ses côtés une magnifique pouliche et son petit. Les voisins vienent à nouveau le féliciter :
– Vous aviez raison d’être optimiste, disent-ils. Vous perdez un cheval et vous en gagnez trois !
– Les nuages apportent la pluie nourricière, répond le vieux paysan, mais parfois aussi l’orage dévastateur. Le malheur se cache dans les plis du bonheur. Attendons !

Le fils aîné du paysan dressa l’étalon fougueux, prit plaisir à le monter tous les matins et ne tarda pas à faire une chute. Il failli se rompre le cou mais s’en tira avec une jambe cassée. Aux voisins qui venaient à nouveau le plaindre, le vieux paysan répondit :
– bonheur ou malheur, qui peut savoir ? Les changements n’ont pas de fin en ce monde impermanent.

Quelques jours plus tard, la guerre éclata et la mobilisation générale fut décrétée dans le tout district pour repousser l’invasion ennemie. Tous les jeunes gens valides partirent pour le front et bien peu en revinrent.
Mais, grâce à sa jambe cassée, le fils unique du vieux paysan échappa aux massacres…

Dans mon histoire, je ne sais pas très bien où j’en suis de la déroute alzheimer et peut-être qu’un jour je me réjouirai de tout ce qui me tombe sur la tête en ce moment… mais bon, pour l’instant c’est : youpi, tout va mal !
.
Tenir, facile à dire !
.
D’autres petits chevaux…

Le cheval de Caligula
Le cheval à l’intérieur du bloc de marbre
Le cheval du Condottière
L’élégant petit cheval du Conservatoire des Arts et Métiers
Les naseaux bouillonnants du canasson

%d bloggers like this: