Tomber dans un calendrier de l’Avent et y rester !

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Dans ma famille, depuis que je suis tout petit, pendant toute la période de l’Avent, on ouvrait tous les matins, une à une, les petites fenêtres des calendriers de noël, jusqu’au 24 décembre… La Chrétienté n’est plus à la mode et les calendriers d’aujourd’hui sont moches, avec des chocolats et autres fadaises commerciales. Mais, de mon temps, c’était des petites images merveilleuses de villages sous la neige, toutes plus jolies les unes que les autres. Toute ma vie je me suis dit qu’un jour j’ouvrirai une petite porte et que — hop— je passerais de l’autre côté, à l’intérieur du calendrier… Continue reading

Luco : les peintres peignent…

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Quand il pleut au Luco, il n’y a plus personne dans le jardin. Sauf quelques habitués et les passionnés qui terminent leur travail :-) Je lui ai demandé si la petite pluie fine qui tombait n’était pas gênante pour peindre… “Mais non m’a t-elle répondu en riant, c’est de la peinture à l’huile.” Et je me suis senti idiot :-)

Le peintre et le vieux catalpa

Mon autoportrait en petit singe enchaîné…

Quand c’est l’hiver et que la nuit tombe tôt, il est évidemment plus facile d’être enfermé que lorsqu’il y a du soleil et que les gens sirotent des menthes à l’eau à la terrasse des cafés… Mais bon, c’est comme ça et je me console d’être un petit singe enchaîné en regardant la belle huile sur panneau de chêne de Pieter Bruegel l’Ancien. On a les autoportraits qu’on mérite disait ma grand-mère.

A force d’être bloqué à l’intérieur à cause d’Alzheimer, je pense d’ailleurs très souvent à ce que Glenn Gould disait de l’enfermement qu’il considérait comme un test de sa propre mobilité intérieure.

Je n’ai jamais bien compris ce souci de la liberté tel qu’on l’entend dans le monde occidental” disait-il. “Pour autant que je le sache, la liberté de se déplacer est généralement liée à la mobilité ; et la liberté d’expression le plus souvent à l’agression verbale socialement tolérée. Ainsi, être incarcéré serait le test parfait de sa propre mobilité spirituelle et de la force qui nous permettrait de choisir une option créative pour échapper à la condition humaine”. 


“I’ve never understood the preoccupation with freedom as it’s reckoned in the Western world. So far as I can see, freedom of movement usually has to do with mobility, and freedom of speech most frequently with socially sanctioned verbal agression, and to be incarcerated would be the perfect test of one’s inner mobility and of the strength which would enable one to opt creatively out of the human situation”

Bon, c’est à la fois du Glenn Gould (toujours un peu tiré par les cheveux) et une traduction (merci à Suzan by the way) et donc c’est au total un peu compliqué. Mais, pour avoir testé l’enfermement avec Alzheimer, je crois pouvoir affirmer que c’est assez juste comme test de sa propre mobilité intérieure…

La taille de mon univers
Un surplace de plus en plus immobile…
Immobilité et méditation…
J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?

Pieter Bruegel le Vieux,
Les deux singes enchaînés
Huile sur chêne, 20 x 23 cm
Staatliche Museum, Berlin

Outrenoir… au-delà du noir…. de l’autre côté du noir…

Hier soir, dans un documentaire sur Arte, Pierre Soulages disait ceci :

Enfant, je devais avoir quatre ou cinq ans, je me tenais contre le parapet du pont et il y avait des trains à vapeur qui manoeuvraient dessous dans un énorme panache de fumée noire qui obscurcissait tout le paysage. On ne voyait plus rien ; on était dans la fumée noire. Et progressivement la fumée s’en allait et les formes réapparaissaient et j’aimais beaucoup ça”.

Ce noir et cette suie des locomotives n’a strictement rien à voir avec le magnifique “outrenoir” de Soulages (qui désigne évidemment un tout autre champ mental que celui qui est atteint par la seule couleur noire)… mais je me demandais, en l’écoutant parler de cette fumée noire, ce que je verrai du paysage de ma vie quand l’énorme crasse noire que dépose Alzheimer® sur mon âme aura progressivement disparu… Qu’y aura-t-il outrenoir ? Qu’y aura t-il après le noir ?

Attention respect
L’outrenoir de Soulages
Des croquis inédits de Soulages
Youpi j’ai des lunettes faites par Soulages

Artsy’s Pierre Soulages page

Alzheimer peint tout en noir dans ma vie comme dans la chanson de Bob Dylan…

Bon, encore un dernier à 200% et après, promis, j’arrête !


L’original à la National Gallery à Londres fait exactement 82 x 60 cm. Pouvoir zoomer à ce point dans la partie centrale du miroir et les voir de dos avec le personnage en bleu qui apparaît, moi, que voulez-vous, je trouve cela tout simplement renversant. Cette toile est archi connue mais renversante. Même avec une loupe à la National Gallery, je ne verrais pas cela.

Jan van EYCK
Portrait des Epoux Arnolfini
(Giovanni Arnolfini et sa femme)
1434 – huile sur chêne

La petite pomme à gauche sur le rebord de la fenêtre des époux Arnolfini

Vivre avec des gens chaleureux

Souvent, quand la France me semble si terriblement décourageante, décevante , affligeante, consternante, démoralisante et carrément désespérante je me dis que je serais mieux ailleurs : dans une petite cabane imaginaire perdue dans une montagne chinoise avec quelques vieux sages taoistes ; ou dans un tout petit mazot en bois quelque part en Suisse, tout là haut dans les alpages avec des chèvres, des gentianes bleues et des alpenhorns ; ou bien encore dans les pays nordiques où les gens sont discrets, peignent leurs maison en bois avec de jolies couleurs, où les politiques ne font pas autant de bruit que chez nous, où les ministres roulent en bicyclette…

En regardant cette peinture de Carl Larsson que j’aime beaucoup (j’aime beaucoup les trois : Carl Larsson, sa peinture de la vie simple, et la fille qui peint la frise) je sens instantanément que mes journées seraient beaucoup plus douces en Suède, dans ces ambiances de bois : dans des odeurs de térébentine, de filets de harengs roulés à l’aneth, de brioches au safran, de petits pains à la canelle… (oui, bon, c’est clair, il semblerait que je sois un peu affamé ce soir. Alors Smaklig måltid ! comme ils disent là bas).

Je dois souffrir du grave syndrome des plumes d’oies

Le suédois Carl Larsson sur Wikipedia
Classiques de la cuisine suédoise

Je ne m’imaginais pas en hallebardier, mais bon, ils disent que c’est prudent

Comme je voyage de plus en plus dans les toiles des grands maîtres anciens, j’ai décidé de me faire carrément dans photoshop une garde-robe digne de ces déplacements dans le temps. Me voici donc peint par Jacopo Pontormo (1494-1557). L’oiseau m’est venu d’Audubon et la plume du square du coin de la rue… Je ne dis pas que mon rêve soit d’être hallebardier mais bon, par les temps qui courent, ils disent que c’est plus prudent d’être armé. Pas envie de finir pendu à un gibet dans une ville en révolte où je serais tombé par hasard. Trop dangereux. Pour la carte de crédit, je reprendrais le truc des petits tonnelets.

Jacopo Pontormo, Le hallebardier original
1530s, huile sur canevas, 92 x 72 cm
Musée J. Paul Getty, Malibu

Les gens prennent l’autoroute “A6″ et moi je prends “Luc 24″

Je ne comprends pas très bien pourquoi tous les week-ends, les gens éprouvent le besoin de prendre leur voiture pour s’agglutiner sur les autoroutes avec toutes ces âneries de journées rouges, d’embouteillages et de bisons futés…

Aujourd’hui, c’était parait-il journée noire sur les routes. Moi j’ai encore pris ma loupe à 200% et je suis parti me ballader dans cette incroyable petite ville du XVIe siècle peinte par le peintre flamand Herri met de BLES, (c. 1500 – env. 1550). J’ai passé un bon moment, sur la route d’Emmaüs (c’est le nom de la toile), avec le Christ, Cléopas et Luc (24.13). Les gens prennent l’autoroute “A6” et moi je prends “Luc 24”, c’est presque pareil. Sidérant en tout cas de pouvoir agrandir comme ça à 200% et rentrer dans des détails infimes à l’arrière fond qu’on devine à peine sur la toile elle même. Je saute dans la toile, je hume l’air frais du matin, j’emprunte un petit sentier de terre, et hop j’y suis. Je vais aller visiter cette ville là bas au fond. J’entends les cloches sonner, il doit bien y avoir des saucisses grillées à la rôtisserie de la place de l’hôtel de Ville (et ça me coûtera moins cher que le filet de boeuf au Rostand rue de Médicis)… Mais tiens, c’est quoi ce truc au premier plan ? Je me demande bien si ce n’est pas un pendu ? ça ressemble à un corps accroché à un gibet non ? Brrrr, Faudrait pouvoir agrandir à 300%. Je crois que je vais plutôt changer de toile. Trop dangereux ici. Je me tire !

Herri met de BLES, peinture sur bois, 34,1 x 50,5 cm. Museum Mayer van den Bergh, Antwerp

Ecrabouiller le Mal ? Jubilatoire !

Comme vous le savez, je ne me lasse pas d’agrandir les toiles à 200%… Là je viens de découvrir ce dragon noir que la Vierge à l’Enfant de Geertegen tot Sint Jans est en train d’écrabouiller sous ses pieds. C’est marrant mais je dois avoir un problème avec le Mal et les dragons et les serpents : je ne vous dis pas le plaisir quasi jubilatoire que ça me fait de les voir écrabouillés comme ça. Entendre le craquement des os du Mal dont on brise les os, ah, quelle délectation, quel bonheur. Dans la Genèse 3.15 on parle de “Celui qui écrasera la tête du serpent”. Je veux bien me proposer à Dieu pour le job ! Surtout en ce moment où les dragons me courent après. Bon, je sais, ce n’est pas bien, je ne devrais pas dire ça. Faut avoir un peu de compassion pour les dragons tout de même… Mais vous savez bien que je ne ferais pas de mal à une mouche, ni à une grenouille.


Geertgen tot Sint Jans, Vierge à l’Enfant, 1480s, 26,8 x 20,5 cm, Musée Boijmans Van Beuningen, Rotterdam

Geertegen tot Sint Jans sur Wikipedia

La petite pomme sur la fenêtre des époux Arnolfini

Je ne sais pas pourquoi ce sont toujours les infimes petits détails qui attirent mon regard : quelques petits millimètres à peine sur une toile où l’oeil ne les voit pratiquement pas…

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Remarquez bien, je ne suis pas le seul à agrandir à 200%. Mon urologue a semble-t-il le même défaut : il regarde les infimes petits détail sur une échographie et à la fin il dit : adénome de la prostate. Gloups, mon horloge biologique qui est détraquée.

La manie d’agrandir les détails (les deux pommes de Rilke)

Agrandir à 200% et sauter dans une autre dimension du temps

Bon, je sais bien que ce n’est pas normal et que je dois être un peu cinglé mais grâce aux musées virtuels, je me ballade de plus en plus dans les peintures des vieux maîtres des XIV ou XVe siècles. J’agrandis à 200% sur un petit point au fin fond de l’arrière-plan qu’on ne voit généralement pas à l’oeil nu, je zoome sur une petit zone de peinture lumineuse, je vise ce détail en me concentrant avec ce qui me reste de neurones cérébraux, et tout à coup, pof, ça bascule et je me retrouve de l’autre-côté du tableau, carrément DANS la toile…
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Je glisse sur quelques aplats de lumière, et pof, j’atterris pile sur le petit pont où je me stabilise sur une écaille de peinture. Ensuite, fastoche, je me joins à la foule des badauds et je me ballade incognito avec les autres petits personnages qui passent d’une rive à l’autre… J’entends la rumeur de la foule qui va au marché (parfois j’ai du mal avec la langue), les sabots des chevaux, les cris des marins, les clapotis des barques sur l’eau, les cloches qui sonnent joyeusement dans l’air argenté du matin… C’est midi, j’ai faim, je vais traverser le pont et me trouver une bonne rôtisserie dans la première ruelle à droite après la place de l’Eglise… Vous savez quoi ? Je peux rester des heures à me promener comme ça, à errer sur des particules de peinture zoomées à 200%… Parfois je pars entre deux cyprès sur un petit chemin de terre qui se perd au loin dans un sfumato vaporeux de la renaissance italienne. Parfois – comme avant hier – c’est
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Et vous Monsieur, quel est votre corps d’origine ?

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Un de mes plus vieux amis (René B.) a travaillé très longtemps dans des cabinets ministériels avec des gens de la haute Fonction publique qui se glorifient toujours d’appartenir à des “grands corps” (Inspection des finances, Cour des comptes, Conseil d’Etat, Mines, Ponts et Chaussées etc). Depuis des décennies, tous ces corps se bouffent le nez et ont littéralement gangrené la France en polluant la décision politique mais ils continuent inlassablement de se vanter en se drapent orgueilleusement dans la gloire de leur “Corps”…

Un jour, à un cocktail lors d’une réunion à l’ONU où il le voyait discuter avec le Directeur exécutif, un ambassadeur s’approche de mon ami et, le toisant du regard, lui demande :

“Mais Monsieur, quel est donc votre corps d’origine ?”…

Et mon copain de lui répondre :

“Mon corps d’origine Monsieur l’Ambassadeur ? Connaissez-vous L’origine du monde de Courbet ?

Et pan sur le museau ! Bravo René !

Tao-Zwi-Chi

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Zwi-Chi plus connu sous le nom de Tao Zwi Chi est mort en 866 ou 867 dans la chine du nord où il était né. Il fut une des grandes figures de l’école bouddhique dite du Tch’an sous la forme très paticulière que cette école avait prise vers la fin des T’ang (618-907). Zwi Chi passa sa jeunesse en pérégrination avant de se fixer auprès d’un grand maître du Tao auquel il doit sa formation. Ses peintures – dont deux sont la propriété du musée Guimet à Paris – sont une patiente capture de la vibration des choses. Une réceptivité totale le rendait attentif aux moindres nuances de l’aube et aux brumes du soir. Les chroniques rapportent que, pour dompter sa nature fougueuse, Tao-Zwi-Chi pouvait rester assis en méditation pendant des heures pour faire le vide en lui. Ensuite, il préparait le thé et, ce rituel terminé, il commençait à peindre durant toute la nuit jusqu’aux petites heures de l’aube, lorsque le ciel est à l’orient tout rose et bordé de bel azur limpide. Il parlait alors aux oiseaux puis allait se coucher en souriant. L’œuvre que nous présentons ci-dessus est l’une des deux peintures exposées au Musée Guimet.

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En réalité cette œuvre de Tao-Zwi-Chi n’existe pas. C’est uniquement une tache sur un vieux mur qui longe les douves des Invalides. Je passais devant tout à l’heure et ai trouvé que cela ferait une belle toile. J’ai donc pris la photo et fais ce petit montage. Mais ce n’est pas parce que la peinture n’est pas la propriété du Musée Guimet qu’il ne faut pas la trouver belle ! Ouvrons les yeux, rendons grâce à la beauté du monde et remercions …Zwi-Chi pour cet émerveillement devant la banalité des choses.

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L’outrenoir de Soulages …

soulages_portrait2.jpg “Une peinture que l’on a appelée “noir lumière” et que moi j’appelle “outrenoir”. Quand je suis revenu voir ce que j’avais fait, je me suis aperçu que je ne travaillais plus avec du noir, mais avec la lumière reflétée par le noir.” (Pierre Soulages)

Merci Jamie pour cette magnifique exposition des gravures de Pierre Soulages à la BNF.

Attention respect
Des croquis inédits de Soulages
Youpi j’ai des lunettes faites par Soulages
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