Les gens de la Ville marchent sur la tête

planates_avenue3.jpg La semaine dernière ils ont taillé-coupé les hautes branches des grands platanes de l’avenue de Breteuil. C’est leur grand truc : arriver avec des grosses machines bruyantes et tout couper à la tronçonneuse mécanique. Qu’ils coupent en haut ne me gène pas, c’est même recommandé ; mais qu’ils ne s’occupent jamais de ce qui est en-dessous me tue. Ces pauvres arbres sont en train de crever : depuis plus de cinquante ans ils n’ont plus rien à manger que des cailloux. En dessous il n’y a plus la moindre motte de bonne terre : juste le métro, des canalisations, du béton, du sable et des cailloux… Avant, les feuilles tombaient et faisaient du bon humus et du compost. Miam miam disaient les platanes. Mais aujourd’hui, dès que les feuilles tombent, des cinglés municipaux équipés de lunettes de ski et d’aspirateurs à mazout viennent tout enlever en faisant un boucan pas possible. Donc, ces pauvres arbres (et les platanes sont pourtant résistants) n’ont plus rien à bouffer. Et ils crèvent la dalle. En fait, ils crèvent tout court : il suffit de les regarder les pauvres – et leurs feuilles tchernobylisées – pour s’en rendre compte. Mais comme les politiciens qui gèrent la ville marchent sur la tête, ils ne le voient pas. Ils taillent en haut parce que ça se voit; mais ce qui est en dessous ils ne le voient pas, donc ça ne les intéresse pas… Peut-être j’aurais du me présenter aux élections ?


A propos de platanes (post de 2004)

A propos de terre et de microbiologie des sols

J’espère que les 23 platanes prendront leur revanche !

platanes2.jpg Voilà, c’est fait. Sous prétexte qu’ils étaient devenus “dangereux“, les sauvages de la municipalité ont coupé 23 platanes en bas dans l’avenue. Ils ne l’étaient évidemment pas (en tout cas pas encore et sûrement pas tous) et aucun (j’y passe deux fois par jour) ne menaçait de tomber dans les mois à venir ! Seulement les gens de la Mairie pétochent à mort depuis qu’ils ont entendu parler du “principe de précaution” : une branche qui tombe sur un passant et hop, c’est un procès ! Donc ils coupent à tour de bras. De manière préventive et de façon acharnée (23 d’un coup, je les ai comptés). Personne ne me fera croire que ces 23 platanes étaient devenus tout à coup dangereux : tous, subitement et en même temps ! Ils y vont en plus à la tronçonneuse : en une heure tout est coupé. S’ils devaient abattre ces 23 grands platanes à la hache, ils n’en couperaient pas autant (trop fatiguant et avec les 35h, dès le troisième ils s’arrêteraient…). Et si encore ils faisaient de grands feux avec ces beaux rondins et toutes ces feuilles, au moins ça sentirait bon l’automne; Mais pas du tout, ils coupent tout comme des vandales et embarquent tout comme des voleurs. 23 platanes en moins, pas de beaux feux d’automne… Lamentable. J’espère que ces grands platanes prendront leur revanche un jour. Et les oiseaux des nids aussi ! (et les vaches)

Les gens de la Ville marchent sur la tête

De combien de centimètres un platane pousse-t-il en 60 ans ?

guehenno7.jpg Dans le Journal des années noires de Jean Guéhenno que je viens de lire sur la plage (magnifique journal où l’honneur et la dignité claquent à toutes les pages) je lis à la date du 20 avril 1942 :
“Tout le long de la Seine, entre la porte du Carrousel et la Concorde, tous les platanes montrent, gravé profondément dans leur écorce, un grand V encadrant une croix de Lorraine. J’admire l’audace d’un tel travail. Il y a fallu dans doute toute une équipe. L’autorité occupante a fait passer au goudron ces inscriptions, mais cela les rend seulement plus visibles. Ces taches noires tirent l’oeil. Et ces inscriptions vont grandir pendant des années avec les arbres.”
Je me demande bien – soixante ans après – à quelle hauteur sont maintenant ces marques que je n’ai pas réussi à voir hier matin en remontant du Carousel à la Concorde. Tiens, je vais écrire au Maire de Paris pour lui demander d’envoyer aux Tuileries des observateurs avec des grandes échelles de jardiniers pour voir si ces inscriptions résitantes sont encore visibles en haut des platanes. Pour qu’on fasse des photos : il y a des arbres qui sont aussi des “lieux de mémoire” comme on dit aujourd’hui, non ?

Guéhenno, Journal des années noires (1940-1944). Folio Gallimard n° 517

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