Percevoir la polyphonie du monde…

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Je relisais ceci dans Routes et Déroutes de Nicolas Bouvier :

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Je crois que le but principal de l’existence — qui est le projet des bons moines dans le bouddhisme zen, mais il n’y a pas besoin d’être bouddhiste ou zen pour sentir ce besoin-là — est de percevoir la polyphonie du monde autant que son impermanence. Ce sont des moments de totalité, où les choses entrent en résonnance…

j’ai le sentiment que le monde est fait d’éléments différents — la lumière, les couleurs, une musique qui vient de près ou de loin, une odeur qui monte d’une cuisine, une présence ou une absence, un silence — et que tous ces éléments conspirent pour créer des monades harmoniques.

Le monde est constament polyphonique alors que nous n’en avons, par carence ou paresse, qu’une lecture monodique. Et il y a des moments, soit par fatigue, soit par sentiment amoureux, soit parce que — je n’en suis pas cerrtain mais je l’espère vivement — la mort est imminente ou qu’on a pris du peyotl ou de la mescaline, où tout d’un coup on perçoit toutes ces harmoniques. C’est à dire qu’on entend toutes les voix de la partition au lieu de n’en entendre qu’une, comme à l’accoutumée, parce qu’on vit dans un temps linéaire, qu’on a un passé, un avenir, qu’on fait des projets, ce qui distrait de l’instant présent. Tandis que les Japonais, avec leurs haïkus de dix-sept syllabes excellent à saisir justement cette convergence : “une grenouille plonge dans le vieil étang, ploc”. Et c’est un moment de la vie qui passe. Le haïku est, philosophiquement, l’opposé et l’antidote du projet.”

“…

Les mains de Nicolas Bouvier
Mes haïkus préférés

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