Marre de dire que le capitaine du Titanic était “positif”. C’était un crétin !

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Cette histoire d’être “positif” ou “négatif” est ridicule et exaspérante. Il faut savoir si on a la main sur les situations ou pas.

Quand c’est juste une question de “psychologie”, je préfère évidemment vivre avec des optimistes !

Le temps, par exemple. S’il pleut en Bretagne, on ne peut évidemment pas y faire grand chose. Le pessimiste qui dira : “merde, y en a marre, on rentre à Paris” est idiot et gâchera tout le séjour. L’optimiste qui dira : “allez, on va manger des huîtres et quand on en sera au café le soleil sera revenu !” a bien raison et je pense comme lui !

Il y a aussi les exercices mentaux où il est bon de s’exercer à “penser positif” pour se mettre en condition psychique de réussir : par exemple Virginie qui joue au tennis me dit qu’elle pense mentalement “je vais mettre la balle dans le carré” quand elle lève sa raquette pour le service. Et elle accompagne même cette attitude “positive” d’un “oui…” retentissant au moment où elle frappe la balle pour être sûre que ça marche encore mieux ! C’est un bon exercice mental et ça aide à gagner : le négatif qui dirait “je ne vais jamais y arriver” n’y arriverait effectivement jamais. Et il casserait l’optimisme des autres, donc nul.

Bon, tout ça c’est évident — c’est de la basse psychologie — et on ne va pas perdre plus de temps avec ça. Ça n’a rien à voir avec certaines critiques que je fais au bureau et où je me fais accuser de ne pas être positif. Ou celles qu’on fait au Gouvernement et où il nous accuse de ne pas partager son “optimisme” !

Je ne critique pas parce que je suis négatif. Mais parce que leur truc est tordu !

Ce qui me fait enrager, c’est que je ne critique pas parce que je serais congénitalement ronchon, foncièrement grognon ou délibérément négatif. Mais parce qu’il y a un truc tordu qu’il faudrait absolument corriger très en amont des projets, un problème de méthode, ou d’organisation, ou de bon sens, quelque chose dans la structure de construction qui fait que si on ne critique pas (sous prétexte d’être impérativement positif), le truc ne marchera jamais à l’arrivée. Ou nous fera perdre énormément de temps à faire, défaire, refaire…

Ce n’est pas une question de psychologie. C’est un problème de fond et de méthode !

Ce n’est pas une question de psychologie. Le problème n’est évidemment pas de savoir si, psychologiquement, vous voyez la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. C’est un problème de fond et de méthode qui ne peut pas être résolu si on doit absolument dire que c’est bien quand c’est mal barré. Prenez un architecte qui vous proposerait un plan sur lequel il mettrait le garage au premier étage et la cuisine à la cave. Vous le critiqueriez et il vous répondrait : “mais arrêtez de critiquer, soyez donc positif” …. Vous ne laisseriez pas construire la maison comme ça sans réagir sous prétexte qu’il faut absolument être positif ou en extase devant des plans mal foutus ?

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L’image ci-dessus représente très bien les circonstances dans lesquelles, au bureau, j’ose émettre une petite critique sur les plans et la méthode. Et où on me vole dans les plumes en me disant “mais ne sois donc pas négatif Eric, fais comme nous : sois positif !” ! Devant un truc aussi mal conçu, comment ne pas émettre une légère critique sur la méthode de construction ? Mais si je critique, on me dit que je ne suis pas “positif” et on me jette dans les orties comme si j’avais une pathologie qui me faisait tout voir de façon négative ! Singulier non ?

Quand c’est bien conçu ça se voit. Et je suis le premier à applaudir !

Quand les choses tournent bien comme des fugues de Bach, je ne critique pas. Quand les gens de la NASA arrivent – par des tours de force d’organisation et de logique – à envoyer des sondes dans le système solaire, je ne critique pas. Mais quand le Titanic fonce sur un iceberg et qu’on me dit qu’il faut que je sois “positif”, là, c’est vrai, j’ai du mal à me retenir ! Il devait y avoir également autour du capitaine des gens qui critiquaient la direction. Et on a du leur répondre : “mais ne soyez donc pas négatifs ! Soyez positifs” ! [arrrghhh].

Ceci était évidemment un petit post-scriptum au post précédent :-)
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Titanic !
Vous avez dit Titanic ?
Ils me pompent avec leur histoire de verre à moitié plein


Autres aspects de la vie au bureau…
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En ne proposant plus rien je vais enfin être “positif”… Cool !

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Mes posts sur “La vie au bureau mais pas seulement” s’interrompent définitivement. Les collègues de mon bureau (qui n’étaient pas visés) les ont en effet pris au pied de la lettre alors que je parlais, d’une façon globale, d’un dysfonctionnement global typiquement français (singulièrement dans l’administration) et en précisant bien … “au bureau mais pas seulement”. Mais hier ça s’est mal passé. Il y a 6 mois, j’avais proposé une réforme qui n’a finalement été admise qu’avant-hier… J’ai eu le malheur de m’étonner que cela ait pris six mois (une demie année), et paf, j’ai eu droit (encore une fois) au sempiternel couplet : “mais Eric, arrête donc d’être négatif”. Lorsque vous proposez les choses trop tôt, vous êtes donc négatif. C’est bon à savoir. J’abandonne donc et n’en parlerai plus. En tout cas finies les chroniques sur la vie au bureau sur ce blog. Et je ne proposerai plus rien non plus : pour avoir une petite chance de faire enfin partie du club glorieux, et surtout reconnu professionnellement, des gens “positifs”.


Et je ne suis pas idiot : je sais bien que tout le monde à mon bureau lisait mon blog : donc si j’avais voulu être méchant je ne l’aurais pas publié. (voir ma réponse plus complète ci-dessous au commentaire signé “anonyme”)
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Le genre de trucs dont je ne parlerai plus :
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Mode d’emploi pour désamorcer les critiques

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A mon bureau (mais pas seulement) j’ai eu l’occasion de réfléchir ces derniers temps à la question du désamorçage de la critique. Donc voici, en avant-première mondiale, ce qu’il faut faire en cas de problème quand vous avez un projet planté et que vous ne voulez surtout pas qu’on vous critique.
Phase 1 : vous prenez d’abord un air décontracté (pour vous, le problème n’est pas un problème, c’est juste un sujet.) et vous refusez de reconnaître la prétendue gravité de la situation en changeant les mots qui la qualifient. Par exemple si le truc est planté et ne bouge plus, vous dites qu’il est en pleine phase de “redéploiement” ou de “montée en régime”… N’importe quoi mais qui désamorcera les premières critiques sémantiques. Vous savez, le genre “c’est à moitié plein et pas à moitié vide” (ça marche encore). Ne sous-estimez pas l’importance de cette phase 1 qui évite la dispersion des premières rumeurs malveillantes (et d’ailleurs ne dites surtout pas que le truc est planté : il est évidemment “en phase active de déploiement”.
Phase 2 : vous brandissez des comparaisons dans le temps et dans l’espace. Vous lâchez un peu de lest sur le fait que votre truc met certes du temps à démarrer mais vous donnez aussitôt trois coups de massue en disant (a) Que de tout temps les choses ont pris du temps, donc pas d’affolement, on est seulement dans la première phase d’un processus (insistez bien sur le mot “processus” qui vous donnera un peu de mou sur la durée)… (b) Que c’est bien pire ailleurs (vous trouverez bien un exemple avec des gens nuls dans une autre boite, une autre administration ou un autre pays. Et vous conclurez en disant: “mon pauvre ami, tu ne critiquerais pas autant si tu voyais ce qui se passe ailleurs …” (sous-entendu: à côté d’eux on est des génies). (c) Et enfin vous annoncez qu’on a déjà bien avancé (et que donc ce n’est pas le moment de critiquer puisque ça va bientôt (re)démarrer). D’ailleurs si j’étais vous je n’utiliserais pas le verbe “démarrer” parce que les gens voient tout de même assez vite si ça démarre ou non. Utilisez de préférence le verbe “redéployer”. ça fait aussi bien et les gens ne voient pas de quoi vous parlez. Ouf, fin de l’étape 2 (accrochez-vous car j’en ai 9 comme ça !).
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Fuck les “optimistes” [et les “positifs”] !

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Bon, j’ai un réel problème avec le fait d’être traité d’optimiste ou de pessismiste [ou pire de négatif] selon que je suis conformiste ou non. Je vous donne un exemple. Quand je vois un truc qui merde et que je dis qu’il y a quelque chose qui cloche ; on me répond du tac au tac : “mais mon pauvre Eric, tu ne vois toujours que le mauvais côté des choses, faut être optimiste mon vieux, faut être positif ! [sous entendu: il y a quand même des choses qui marchent et tu ne les vois pas” etc]. Autre exemple : quand je vois une voiture avec un pneu crevé qu’il faudrait se grouiller de réparer parce que j’en ai carrément marre des voitures qui ne roulent pas [je vous mets la photo pour qu’on parle bien de la même chose], on me dit : “mais faut pas voir uniquement le mauvais côté des choses ! il y a trois pneus qui sont en bon état et toi tu ne regardes que l’unique pneu qui est crevé” ! [sous entendu, mon pauvre vieux, t’es pessimiste et négatif et heureusement qu’on est optimistes pour voir les trois autres pneus !]
Mon Dieu, mais qu’ils arrêtent de me bassiner avec leur optimisme ! Rien à foutre qu’il y ait trois pneus en bon état s’il y en a un qui est crevé et que la bagnole ne bouge plus ! Qu’ils réparent celui qui merde et qu’ils me foutent la paix avec leur optimisme !

Ah que ça fait du bien de râler un grand coup de temps en temps !

Ils me pompent avec leur histoire de verre à moitié plein…
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Toute cette histoire est venue du post précédent sur l’utilisation du mot MAIS. (si vous dites MAIS, vous êtes agressif, mal élévé, injurieux, pas conciliant, pas diplomate, pas positif, bref totalement inadapté !

Autres aspects de la vie au bureau…
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“Je suis totalement d’accord… mais…”

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Eudes est le premier à avoir attiré mon attention récemment sur le fait que, dans leurs conversations quotidiennes, les américains utilisaient rarement la conjonction “mais” (disant presque toujours however ou although à la place de but). Pourquoi ? Eh bien parce qu’ils considèrent que la conjonction mais oppose, introduit une réserve et une restriction, bref génère du conflit ; et les américains n’aiment pas le conflit. Mais est considéré comme violent et agressif et donc à éviter. Et c’est vrai, les gens n’aiment pas du tout voir arriver un mais qui va introduire de l’objection, les placer en position défensive et faire s’écrouler tout ce que vous auriez pu dire de positif et de constructif dans la première partie de votre phrase. Donc les américains évitent.

Mais nous en France, je ne sais pas si vous avez remarqué, on passe notre temps à mettre des “mais” : “Elle est très mignonne MAIS elle est bordélique”…. “C’est bien d’avoir acheté des pommes de terre MAIS tu aurais pu penser à prendre de la salade”…. “C’est bien joli tout ça MAIS c’est tout de même de ta faute si….” Le pire étant sans doute : “C’est mon avis, MAIS bon tu fais comme tu veux.” Vous avez compris, il faut éviter le mais. Mais le remplacer par quoi ? “et pourtant…” ? “et cependant…” ? C’est pareil non ? (“elle est très mignonne et cependant elle est bordélique” ça n’atténue pas grand chose, si ?).

Donc aidez-moi à trouver autre chose qui soit résolument positif. Par exemple dans cette phrase : “C’est très intéressant ce projet de site web MAIS… [et je veux dire après que l’arborescence est totalement bordélique et que c’est nul à chier leur truc]” par quoi est ce que je dois remplacer le “mais”…pour qu’ils ne me sautent pas dessus à mon bureau demain et ne considèrent pas que je les agresse ?

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autre variation autour du mot “mais” (le seuil de rotation alcoolique de Jacques Lauent)

“Tous les jours, je vais de mieux en mieux”…

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Bon, ça faisait pas mal d’années que je me demandais à quoi le bonhomme pouvait bien ressembler ! Et puis là, ce soir, en écoutant les nouvelles à la radio (“la reprise américaine est là, la croissance va reprendre” etc.…) je me suis dit: cette fois, c’est décidé, je ne me couche pas sans avoir vu sa tête. Voici donc la photo d’Emile Coué, né en 1857 à Troyes. Après des études en pharmacie, il ouvre une officine et c’est en répétant jour après jour à ses clients des phrases du type “Vous allez voir, vous irez de mieux en mieux” qu’il découvrit l’effet placebo. Après s’être intéressé à la suggestion et ses effets sur la thérapeutique, au magnétisme et à l’hypnose, il écrit la méthode à laquelle il a laissé son nom. Les hommes politiques et les gens des médias s’en sont emparés et, depuis des décennies, nous prescrivent inlassablement la thérapie magique : répéter tous les jours au réveil et tous les soirs la phrase suivante : “tous les jours, à tous points de vue, la France va de mieux en mieux”. Bravo monsieur Coué, vous nous avez mis dans une sacrée merde. Et bonjour chez vous !

Mais puisqu’on vous dit que tout va bien !
Attention à la résignation
Attention au mensonge
Attention au conformisme et à la servilité
Le capitaine du Titanic aussi était “positif”

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