on n’attend pas tous la même chose dans la vie…


J’aime bien cette carte. La petite fille prie pour rendre grâce mais sa petite chienne impatiente fixe l’oeuf avec une seule idée en tête : qu’on passe vite aux choses sérieuses et qu’on se décide enfin à l’ouvrir cet oeuf à la coque ! C’est souvent comme ça dans la vie : on n’attend pas tous la même chose, ni avec la même impatience …

Suspense, Charles Burton Barber (1845-1894)

Je deviens traducteur de ce qui n’a pas été dit…

dictionnaire.jpg A cause d’alzheimer, Maman ne parle presque plus. Elle oublie tous les mots qui disparaissent les uns après les autres… Alors j’essaye de comprendre ce qu’elle veut dire, de trouver les mots oubliés, de remettre un peu de sens et de logique là où il n’y a en déjà presque plus. Je suis devenu une sorte de …. traducteur de ce qui n’est pas dit…. Une histoire hassidique raconte qu’un juif illéttré ne sachant pas lire les prières pour le jour de kippour quitta la synagogue et alla en plein champ pour crier une à une les lettres de l’alphabet, demandant à Dieu de bien vouloir les ordonner à sa guise. Les lettes montèrent au ciel et la prière plut à Dieu…. J’essaye de faire pareil avec ce que maman ne dit plus : inventer les mots et remettre sa pensée dans l’odre… C’est difficile. On vit tous les deux avec une petite poignée de mots qu’on garde précieusement pour cet hiver comme les écureuils le font avec leurs noisettes. Je ne sais pas ce qyu nous restera en janvier…

Lord Polonius: What do you read, my lord?
Hamlet: Words, words, words.
Lord Polonius: What is the matter, my lord?
Hamlet: Between who?
Lord Polonius: I mean, the matter that you read, my lord.
(Hamlet II, 2, 191-195)

Le silence lorsque les mots ont disparu

Les plaisirs de la conversation

Lancer sa prière en désordre dans le vent…

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La vie n’a pas été bien du tout ces dernières semaines. D’où l’arrêt brutal de mon Blog mi-décembre : faut avoir le coeur léger pour faire danser les étoiles et c’est trop dur quand la santé déraille (alzheimer de maman). Aujourd’hui, Jamie me dit : tu devrais tout de même continuer ton blog… alors j’essaye encore un peu. Les choses ne s’arrangeront évidemment pas mais bon, on verra bien jusqu’où je tiendrai. Dieu décidera.

Une histoire hassidique raconte qu’un juif illétré ne sachant pas lire les prières pour le jour de kippour quitta la synagogue et alla en plein champ pour crier, une à une, les lettres de l’alphabet, demandant à Dieu de bien vouloir les ordonner à sa guise… Les lettres montèrent au ciel… et la prière plut à Dieu.

J’espère que mes lettres plairont aussi à Dieu et surtout qu’il les comprendra car j’envoie vraiment tout en vrac et le message est dans un désordre indescriptible… comme ma pauvre tête.

Prière pour aller au paradis avec les ânes

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Prière pour aller au paradis avec les ânes de Françis Jammes

Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Françis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon-Dieu.
Je leur dirai : Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles…
Que je vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met des petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je vous vienne.
Faites que dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

Françis Jammes – Le Deuil des Primevères – Gallimard

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