Les splendides bénitiers de Saint-Sulpice que personne ne regarde…

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C’est drôle parce que, ces derniers jours, je lisais le Journal de 1943 de Ernst Jünger… Et comme il décrivait des bénitiers de Saint-Sulpice que je n’avais jamais remarqués, j’y suis donc retourné hier matin pour faire des photos en allant me ballader au Luco (quasiment jour pour jour d’ailleurs puisque Jünger le note dans son carnet un 12 septembre).

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… Retour par Saint-Sulpice ; je suis entré dans l’église un moment. J’ai remarqué deux coquilles immenses qui servent de bénitiers. Leurs bords ondulés sont ornés d’une baguette de métal, leur nacre a des nuances d’opale blonde. Ils reposaient sur deux socles de marbre blanc, l’un décoré de plantes aquatiques et d’un grand crabe, l’autre d’une seiche. L’esprit des eaux se jouait gracieusement dans tout cet ensemble”.

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La grenouille du bénitier et le grand ange de Saint Sulpice

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Je ne suis vraiment pas une grenouille de bénitier mais hier soir je suis tombé en arrêt devant cet immense ange illuminé qui me tournait le dos. (j’ai du couper la photo et donc vous ne vous rendez peut-être pas compte de la taille, mais ceux qui sont passés rue Saint-Sulpice savent que ces vitraux sont carrément immenses).

Ce que je voulais dire c’est que généralement quand on longe des églises le soir, on ne voit rien : la rue saint-sulpice est plongée dans la pénombre et comme l’église est d’une laideur à pleurer, c’est carrément lugubre. Mais là, ce grand saint tutélaire derrière ces vitraux illuminés de l’intérieur ça avait un côté surnaturel qui m’a presque rassuré. Je sais qu’on va dire que j’ai un côté Saint-sulpicien, mais bon, c’est comme ça : à une époque où ça fait bien d’être “laïque et obligatoire” ou matérialiste, moi ça ne me fait absolument rien de dire que j’aime les églises (cisterciennes de préférence ; Saint-Sulpice étant ce qu’il y a de pire dans le genre), que j’adore les cloches (surtout en italie), que j’aime la liturgie (celle d’avant Vatican II bien entendu), que si j’étais catholique je serais un adepte de la messe en latin (forcément parce que si je vais en espagne ou ailleurs je veux comprendre un truc qui se veut universel), que je suis pour le retour de la grande musique sacrée (évidemment) et l’abandon des petites chansonnettes nunuches avec accompagnement navrant de guitare scout…

Bon OK, j’arrête la liste sinon vous allez m’envoyer dans un camp de rééducation. N’importe comment vous savez quoi ? je m’en moque complètement : j’ai toutes les cantates de Bach sur mon iPod, j’écoute en boucle William Byrd, Thomas Tallis, Josquin Desprez ou Roland de Lassus et ils peuvent bien chantonner ce qu’il veulent dans leurs églises ou gratouiller leurs guitares, ça m’est totalement indifférent : il y a belle lurette que je n’y vais plus le dimanche tellement leur musique est indigente. Je vais encore à Saint-Roch le jeudi soir quand il y a des grands concerts de musique sacrée. Mais je n’y retournerai le dimanche (avec sans doute des milliers d’autres gens) que lorsque les évêques auront réintroduit une musique qui élève l’âme !

– D’ici là les églises seront mon iPod !

Le monde à l’envers et l’église la tête en bas

bossuet2.jpg Hier soir, c’étaient les “journées du patrimoine” – l’église Saint-Sulpice était carrément pleine à craquer (de ma vie je n’avais jamais vu ça) pour écouter du… Bossuet (qui n’est pas l’auteur à la mode qui déplace le plus les foules modernes !). Et pourtant ils étaient plus de mille à être venus, de 20h jusqu’à minuit, pour entendre l’Oraison funèbre sur la mort d’Henriette d’Angleterre et le “Sermon sur la mort”. Le comédien commence : “Vanité, vanité, tout n’est que vanité” … Stupeur dans l’église : on n’entend rien, sifflets, boo-hoo, hurlements. Le comédien comprend que sa voix ne porte pas et après une longue réflexion (sans doute répugnance à enfreindre la loi soixante-huitarde qui veut qu’il ne soit pas bien vu de s’élever plus haut que le peuple), il finit par escalader la chaire sous un tonnerre d’applaudissements et les bravos de la foule. Le comédien reprend : “vanités, vanités, tout n’est que vanité”…. Re-sifflets, re-boo-hoo et re-hurlements de la foule qui crie “on n’entend rien !” Jamais je n’avais entendu pareil tintamarre dans une église ! Jusqu’à ce qu’un technicien finisse par monter en chaire pour accrocher un micro-cravate au valeureux comédien. Bossuet reprend et, oh miracle de la technologie, on entend ! Applaudissements de la foule. Les gens étaient exaspérés mais, après 45 minutes de turbulences, le spectacle pouvait enfin commencer. Tout ça pour dire :
1) qu’on parle de déchristianisation parce que les curés sont pitoyables mais que les églises seraient bondées – même le soir à 20h – si on pouvait y faire des vraies expériences spirituelles;
2) que le même peuple – contrairement aux fadaises qu’on nous sert en prime time sous couvert d’audimat – demande des nourritures spirituelles. Rendez-vous compte: pas du Beigbeder mais du Bossuet ! et ils viennent par milliers ! on croit rêver.
3) que les organisateurs de ce type de manifestations seraient bien inspirés de faire des essais de micros avant de se planter en direct devant mille personnes. Lamentable !
4) enfin que les sympathiques et valeureux comédiens du XXe siècle devraient s’efforcer de faire des exercices respiratoires et développer leur cage thoracique pour être en mesure d’atteindre – au moins – la cheville des illustres prédicateurs du XVIIe. Dehors, sur la fontaine de la place Saint-Sulpice, l’Aigle de Meaux à du préférer s’envoler ! Moi, découragé, je suis sorti avant la fin. Je relirai ces textes chez moi !

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