Je vais demander l’asile politique chez les esquimaux…

Decibels

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Hier soir les voisins ont écouté du rap. Très tard, et très fort : à des niveaux carrément usants alors que moi – par respect pour les autres – j’écoute mes cantates de Bach dans un silence quasi religieux ! Quand je lis cette table des niveaux sonores en décibels, je me rends bien compte que je ne suis pas fait pour vivre ici, mais alors carrément pas. Au-delà de 30 dB je pense déjà que c’est beaucoup trop fort (et eux appellent murmure un truc qu’on entend à 4,50m ! Bon, faut que je fasse une recherche sur googleMap pour voir où je peux me tirer : chez les esquimaux ?

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La musique que je préfère est en réalité celle qui s’approche du silence, comme sur un clavicorde. Ou comme cette sonate de Scarlatti (K308) interprétée par Aline Zylberjach sur un pianoforte. C’est une pièce que touche le silence... Jean-Pierre Derrien l’a passée sur France Musique mais comme le disque est désormais totalement introuvable, je crois qu’il est bon de le déposer ici sur SoundCloud ;-)

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“Motus et bouche cousue” et l’ours de Tiphaine Samoyault

ours_tiphaine-m-nadeau
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J’écoutais tout à l’heure une rediffusion consacrée à Maurice Nadeau où Laure Adler lisait cet extrait de Tiphaine Samoyault :

“Ma grand-Mère qui était couturière m’a réparé des ours. Ce qui était frappant sur ces ours, les ours qu’elle cousait, c’était que la bouche était figurée par une croix ou plutôt un croisillon. L’air que cela donnait à l’ours était très expressif mais triste, comme si l’animal regrettait de ne pouvoir ouvrir la bouche, ou qu’il fit de son silence un silence contraint. Oui, sa bouche était doublement cousue parce qu’elle était en fils, et parce qu’un fil la lui fermait. J’ai toujours pris à la lettre les expressions “motus et bouche cousue”, “ourler les lèvres”, ou les phrases telles que : “si tu parles trop, on va être obligé de te coudre la bouche”.

Ces hommes silencieux…

The sound of silence

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Parfois on n’a plus grand chose à dire… Les mots tombent par terre et on n’a même pas vraiment envie de se baisser pour les ramasser…

Source : urhajos, via froghair

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Si vous avez oublié le nom de votre médecin, c’est que vous êtes en bonne santé !

suisseConseilFederal
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J’ai toujours bien aimé la Suisse. Mais quand je vois la nullité des politiciens français, je me dis que, encore une fois, c’est la Suisse qui a raison. D’abord parce qu’on ne connait pas le nom du moindre de leurs dirigeants. Oui, je sais, ça a l’air idiot de le dire comme ça mais c’est immense comme constat : on ne les connait pas et c’est très bien comme ça. Parce que c’est une Confédération, et que c’est décentralisé, et que les décisions se prennent donc là où elles doivent se prendre : dans les cantons, au plus près des gens.

Le gouvernement Suisse – le pouvoir exécutif – c’est sept membres, élus pour quatre ans par l’Assemblée fédérale délibérant en conseils réunis. Et, la preuve qu’ils sont vraiment bons : personne ne connait même leurs noms ! Tenez, je vous donne la liste des huit derniers :
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Cloche de verre…

Tout à l’heure je suis passé à la pâtisserie bobo de la rue du Bac où ils mettent leurs gâteaux sous de belles cloches en verre… Sous celle-là il n’y a rien parce que je l’ai pris ;-) Mais bon, si je pouvais je m’y installerais bien – je veux dire carrément sous la cloche. Je trouve que la lumière est belle, j’aime bien la transparence ; il doit faire bon chaud et on doit pouvoir s’y reposer en paix et en silence. Mais bon, faudrait que je rétrécisse, donc on oublie.

cloche_verre_patisserie_01

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“La parole ne vaut que par l’épaisseur de silence qu’elle traverse”

Cliquer pour agrandir un peu…
lettre_900

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Si j’avais su dessiner, j’aurais dessiné cette lettre avec les couleurs des poudres …

J’aimerais bien savoir dessiner des animaux
J’aime bien ces animaux :-)
et ceux là…
et ceux là…

Phrases (diverses)

President Obama, in my opinion, is the greatest talker in Western civilization since Pericles.
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“La mondialisation fabrique des chômeurs au Nord et des esclaves au Sud”
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“Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler et ce n’est pas le silence”
René Char évoquant Camus dans l’Eternité à Lourmarin
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Ces hommes qu’on ne peut pas ne pas entendre…


Je lisais ce soir ce magnifique texte de C.F. Ramuz :

“Il y a des hommes qui parlent et il y a des hommes silencieux.
Les hommes silencieux copient les hommes qui parlent quand il leur arrive de parler.
Ils n’ont pas l’habitude de parler ; ils se servent pour s’exprimer de phrases toutes faites.
En gros, et pour simplifier, il y a les hommes de la ville et les hommes de la campagne : ceux qui expriment des idées qu’ils n’ont pas, ceux qui n’expriment pas les idées qu’ils ont.
Ceux qu’on ne peut pas ne pas entendre et qu’on voudrait bien ne plus entendre ; ceux qu’on voudrait entendre et qu’on n’entend jamais.
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J’ai compté les mots qui disparaissaient… Il n’en reste plus

Voilà, Alzheimer® a presque terminé et gagné sa première bataille contre les mots. Maman, qui savait tant de choses, ne sait désormais plus rien. Les derniers mots qu’elle utilisait pour communiquer ont maintenant tous disparus (il en reste deux ou trois), remplacés par les terribles billes noires d’Alzheimer®. Plus de mots, juste du noir… Et je sais que ce n’est que la première manche d’Alzheimer® et que le pire est encore à venir. J’ose à peine imaginer. Je sais en tout cas que plus aucun miracle ne viendra s’agenouiller devant ma porte comme un chameau attendant qu’on le monte (un chameau bienveillant mastiquant un épi sec et souriant avec ses bons yeux aux grands cils). Voilà, je n’en dis pas plus. Je voulais juste donner quelques nouvelles du front à ceux qui parfois me disent qu’ils pensent à moi et me demandent comment ça va !

Je deviens traducteur ce ce qui n’a pas été dit
les plaisirs de la conversation
Le chat d’estelle
Mes jours avec alzheimer

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Je suis contrarié, tu es (ils ou elles sont) contrariés (etc)

• Quand je vois quelque chose de tordu, si je ne le dis pas, ça me contrarie.
• Quand je le dis aux autres (que leur truc est tordu), ça les contrarie.
• Il faut donc que je la ferme définitivement. Mais c’est contrariant aussi !

© Serge Bloch

A mon bureau ils ne supportent pas les critiques

Et si on écoutait enfin les sourds-muets ?


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Bon, je ne sais pas si c’est le Chablis ou la discussion avec Krim ce soir sur l’utilité des discours à l’ONU quand personne n’écoute plus, mais il est clair que les hommes politiques, les diplomates, les journalistes et les médias ont usé jusqu’à la corde tout ce qu’on pouvait dire avec des mots. Ils en ont fait des tonnes et créé des ravages en ouvrant le robinet à blabla du matin au soir, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Plus un moment de silence : ils parlent à n’en plus finir et jacassent tout le temps, sans interruption, partout : à l’assemblée nationale, à l’ONU, dans les commissions, dans les conseils, dans les hauts comités, dans les réunions, dans les journaux, au conseil des ministres, aux journaux télévisés… Partout ; ils parlent partout et tout le temps. Ils empilent les mots, et des mots sur des mots, et des phrases et encore des phrases sur des phrases, jusqu’à plus soif… Et moi ça m’épuise car on voit bien qu’ils n’ont même plus le temps de penser et de réfléchir.. Depuis des années, ils ont tout dit et le contraire de tout, à tort et à travers et dans tous les sens. Ils sont au bout de ce qu’ils ont à dire et n’arrivent même plus à convaincre personne.

Vous je ne sais pas, mais moi je suis carrément mort de les entendre parler. Je n’ai plus qu’une envie : apprendre le langage des signes. Comme ça je pourrai parler aux sourds muets. Peut-être EUX n’ont pas encore usé les mots jusqu’à la corde. Peut-être ce sont EUX les derniers qui ont encore des choses intéressantes à nous dire sur le monde ? Mais pour le savoir il faut évidemment que j’apprenne leur langue. Car on ne les entend ni à la radio, ni à la télé…

PS : Oui je sais… je sais que la bouche est faite pour parler ! Qu’ils parlent ne me gène pas ; mais la tête est faite pour penser. Et les oreilles pour écouter. Donc ce que je demande finalement c’est juste ceci : qu’ils écoutent davantage, pensent un peu plus, et parlent un peu moins ! Ne serait ce que pour entendre (c’était le début de ma conversation avec Krim ce soir) ce qu’avait à dire cette jeune fille de 13 ans à la tribune de la Conférence des Nations Unies en 1992 ? Personne n’a écouté, personne n’a entendu. Ils ont tellement usé les mots que maintenant tout le monde s’en fout. [Severn Suzuki, ECO (Environment Children Organisation) ONU, Rio de Janeiro, 1992]

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Le silence, lorsque les paroles et les mots ont disparu…

Aujourd’hui, beaucoup de ceux qui parlent du Mime Marceau et que j’entends jacasser dans les médias pour lui rendre hommage sont ceux-là même qui auront usé les mots jusqu’à la corde ; jusqu’à vous donner envie de ne plus rien dire pendant des mois pour laisser revenir le silence et reposer la langue de leur vacarme insignifiant.

Au cours des dernières années, j’ai découvert ce qu’était le silence lorsque les mots n’existent même plus pour le rompre… Comme les enfants qui arrachent une à une les ailes des mouches, alzheimer arrache les mots les uns après les autres, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que deux, ou trois, et bientôt plus aucun… comme un ciel plein d’étoiles qui s’éteint peu à peu… Dans cette nuit sans étoiles où l’âme grelotte parce que c’est la vie qui s’en va doucement, on mesure alors ce qu’est le silence, et le poids des mots et tout ce qu’ils représentaient quand ils étaient agiles, souples, vivants et pas des ossements momifiés dans les dictionnaires ou la bouche des hommes politiques… Merci et adieu cher Mime Marceau…

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La transmission du silence…

fab_verdier2.jpg Beau livre de Fabienne Verdier qui raconte la folie qui, au début des années 80, l’a poussée à tout quitter du jour au lendemain pour aller chercher seule, au fin fond de la Chine, auprès des derniers maîtres de la calligraphie, les secrets oubliés de cet art dévasté par la Révolution culturelle communiste. Après des mois et des mois de refus de lui enseigner ses secrets, le maître Huang Yuan finit par frapper un matin à sa porte avec, sous le bras, les rouleaux de papier calligraphiés qu’elle déposait elle-même, inlassablement, tous les jours, devant la porte du maître pour obtenir enfin son enseignement. “Je te préviens, lui dit-il, si tu commences avec moi, c’est dix ans d’apprentissage à mes côtés ou rien du tout.”. Fabienne restera dix ans… Magnifique récit qui conduit sans bruit d’une rive à l’autre de la vie.

Fabienne Verdier dédicacera ses livres mardi 4 novembre de 16h à 18h à la Galerie Ariane Dandois, place Beauvau, 92 rue du Fbg St Honoré.

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Le vieux maître calligraphe et le mainate …

Dans “Passagère du silence”, son dernier livre, Fabienne Verdier raconte comment, pour rompre sa solitude, elle décide un jour d’acheter un oiseau qui lui tiendrait compagnie.

” Il te faut un oiseau qui parle” lui dit le marchand. J’en ai un qui sait déjà dire “entrez”, “qu’est ce que tu fous, espèce d’abruti” car il a une fâcheuse tendance à préférer l’argot..

Quand il m’annonça la somme – l’équivalent de ma bourse du mois – je lui ai répondu que c’était trop cher. Il finit par me consentir une réduction et je suis repartie avec mon mainate. (…)

Je ne voulais pas laisser mon oiseau toujours enfermé dans sa cage et, le soir, tandis que je faisais mes exercices, je le laissais sortir. J’avais remplacé le bureau par une longue planche sur trétaux, un bout était réservé à la calligraphie, l’autre à la gravure sur bois. J’avais installé des tas de ficelles au plafond pour faire sécher mon linge et mes exercices sur papier. C’est au milieu de ce capharnaüm que s’ébattait mon oiseau.

Au début, il ne parlait pas mais, au bout de trois semaines, un jour que quelqu’un frappait à ma porte, il lança : “Entrez !”. J’étais folle de joie ! J’ai commencé à lui parler, je le chouchoutais. Un soir, tandis que je copiais une estampe, il se mit à marcher sur ma pierre à encre, pris de l’encre dans son bec et la projeta sur ma table de travail en me traitant d’imbécile. Je faillis tomber à la renverse. Ce fut le plus beau jour de ma vie !

Il marchait sur la table, les ailes légèrement déployées, croisées dans le dos comme s’il faisait les cent pas pour réfléchir, puis, tout à coup, me regardait et lançait : “espèce d’abrutie !”. Il était très fort en insultes. Du tac au tac je lui répondait en l’appelant : Bendan, (Tête d’oeuf), une expression chinoise qui veut dire idiot. Je me promenais avec lui dans le jardin. Le dimanche, je retrouvais le vieux cuisinier qui venait lui aussi sortir son mainate. Chacun accrochait son mainate à l’ombre, puis nous bavardions.

J’ai aussi piqué de grosses colères contre lui. Son grand plaisir était de prendre son envol et de percer en ligne droite les calligraphies sur papier suspendues au plafond. Ou bien il trempait ses petites pattes dans l’encre et allait signer mes oeuvres de son empreinte. C’était un oiseau extraordinaire. Il m’a fait énormément de bien et nous avons vécu des jours heureux ensemble.

Un matin que j’étais en train de travailler avec l’oiseau, on frappa à la porte. L’oiseau cria : “Entrez !”

Comme il trouvait sans doute que je n’allais pas assez vite ouvrir ou que le visiteur restait sourd à son invitation, il insista en répétant : “Entrez, idiot, entrez !”.

J’ouvris la porte : c’était le maître Huang Yuan avec mes rouleaux de papier calligraphiés sous le bras”.

C’est ainsi, triomphalement accueilli par le mainate, qu’après des mois et des mois de refus de lui enseigner ses secrets, le maître Huang Yuan entra chez Fabienne Verdier avec, sous le bras, les rouleaux de papier calligraphiés qu’elle-même avait déposés, inlassablement, tous les jours, pendant des mois et des mois, devant la porte du maître pour obtenir enfin son enseignement.

“Je te préviens, lui dit-il, si tu commences avec moi, c’est dix ans d’apprentissage à mes côtés ou rien du tout…”. Elle resta dix ans !

Fabienne Verdier. “Passagère du Silence”. Albin Michel.
292 p. 21,50 euros.

Les pigeons musiciens de Pékin
On exige du sanglier, de la loutre et du blaireau
Exposition le 4 novembre

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