Les nazis, le banc et la vieille mère de Stefan Zweig…


Je suis en train de relire Stefan Zweig, qui avait laissé sa mère à Vienne où elle finissait ses jours dans une presque heureuse inconscience, et qui, à propos des mesures prises par les nazis, note ce détail terrible :

“Une des premières mesures prises à Vienne lui avait porté un coup très sensible : avec ses quatre-vingt quatre ans, elle avait déjà les jambes faibles, et quand elle faisait sa petite promenade quotidienne, elle avait coutume, après cinq ou dix minutes de marche pénible, de se reposer sur un banc du Ring ou du parc. Hitler n’était pas depuis huit jours maître de la ville qu’on prit un arrêté bestial interdisant aux Juifs de s’asseoir sur un banc – une des mesures qui visiblement n’avaient été inventées que dans le dessein sadique de tourmenter perfidement”.

Cela me serre littéralement la gorge…

L’impatience de Stefan Zweig

Post scriptum : Je profite de cette citation pour redire l’indignité des mesures anti-juives prises, dès 1940, en France par le gouvernement de Vichy himself. Continue reading

L’impatience de Stefan Zweig …

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1941
Le 15 août, Stefan Zweig s’embarque pour le Brésil et s’établit à Pétropolis où il espère encore trouver la paix de l’esprit
Il achève de rédiger son autobiographie, Le Monde d’hier, portrait de l’Europe d’avant 1914, qu’il dessine avec nostalgie

1942
Le 22 février, Stefan Zweig désespère de l’avenir du monde et rédige le message d’adieu suivant :

” Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j’éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m’a procuré, ainsi qu’à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j’ai appris à l’aimer davantage et nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même.
Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d’errance. Aussi, je pense qu’il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde.
Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. “

Le lendemain, Stefan Zweig et son épouse s’empoisonnent ensemble : pour se soustraire à la vie sans brutalité …

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