“… Une langue au nord de l’avenir”…

celan3
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Dans un mail, ce matin, Muriel évoque Appelfeld, Nelly Sachs, Rose Aulander, la Bucovine et Czernowitz la ville natale de Célan…
Tout à coup la phrase “au nord de l’avenir” me revient en tête, obsédante. Je l’avais entendue à l’époque dans la bouche de George Steiner :

“… je suis à la gare de Francfort entre deux trains. Dans un kiosque, un livre m’intrigue. J’ouvre et – première phrase – je lis: “Une langue au nord de l’avenir”
J’eus un choc quasi physique et j’ai presque raté mon train. Cette phrase a changé ma vie. J’ai su qu’il y avait là une immensité qui allait entrer dans ma vie. Ce fût ma première rencontre avec l’oeuvre de Paul Celan”.

“Une langue au nord de l’avenir” …

la phrase est magnifique en effet ; et je la comprends d’autant mieux en ce moment que ma langue – et ma vie également – sont quelque part “…au nord de l’avenir”... Le choc existentiel, quasi physique de Steiner eut lieu à gare de Francfort ; J’ai regardé par la fenêtre du train le nom de ma gare : il y avait marqué en grosses lettres Alzheimer.

IN DEN FLÜßEN nördlich der Zukunft

werf ich das Netz aus, das du

zögernd beschwerst

mit von Steinen geschriebenen

Schatten.

J’avais parlé à l’époque (post de décembre 2003) du petit lapsus de George Steiner

Une langue au nord de l’avenir…

celan.jpg Interrogé par Laure Adler sur France-Culture, George Steiner raconte : “… je suis à la gare de Francfort entre deux trains. Dans un kiosque, un livre m’intrigue. J’ouvre et – première phrase – je lis: “Une langue au nord de l’avenir”... J’eus un choc quasi physique et j’ai presque raté mon train. Cette phrase a changé ma vie. J’ai su qu’il y avait là une immensité qui allait entrer dans ma vie. Ce fût ma première rencontre avec l’oeuvre de Paul Celan”.

“Une langue au nord de l’avenir” ... est en effet une phrase magnifique mais le problème est que Paul Celan ne l’a pas vraiment écrite et que laure Adler ne relève même pas. Le texte exact est: “Dans les fleuves, au nord de l’avenir, je ne jette le filet qu’avec hésitation”.

IN DEN FLÜßEN nördlich der Zukunft
werf ich das Netz aus, das du
zögernd beschwerst
mit von Steinen geschriebenen
Schatten.

Vous me connaissez, j’ai aussitôt envoyé un petit mot à GS. pour attirer son attention sur ce petit lapsus littéraire. Je n’attendais évidemment pas de réponse et pof, contre toute attente, hier, par retour de courrier, un mot charmant dans ma boite disant mea culpa. Vraiment sympa pour ce grand professeur d’université de répondre gentiment comme ça à l’inconnu que je suis. Sur une super belle vieille machine à écrire en plus.

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