Tomber dans un calendrier de l’Avent et y rester !

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Dans ma famille, depuis que je suis tout petit, pendant toute la période de l’Avent, on ouvrait tous les matins, une à une, les petites fenêtres des calendriers de noël, jusqu’au 24 décembre… La Chrétienté n’est plus à la mode et les calendriers d’aujourd’hui sont moches, avec des chocolats et autres fadaises commerciales. Mais, de mon temps, c’était des petites images merveilleuses de villages sous la neige, toutes plus jolies les unes que les autres. Toute ma vie je me suis dit qu’un jour j’ouvrirai une petite porte et que — hop— je passerais de l’autre côté, à l’intérieur du calendrier… Continue reading

Belle formule avant un suicide

“I am just going outside. I may be some time.”

Captain Oates, Antarctic explorer
Captain Oates' formula before his suicide

On the 800-mile return trip of Robert Falcon Scott’s unsuccessful attempt to be the first to reach the South Pole, his team desperately slogged through freezing temperatures and blizzards, trying to stay on schedule and reach the supply depots along the way. Oates’ feet were badly frostbitten, and he was slowing down the rest of the men. He volunteered to be left behind, but his comrades refused to leave him. So finally he simply walked outside his tent and into a blizzard, telling the others, “I am just going outside. I may be some time.”

Egalement ici, d’autres formules avant la mort

In Memoriam…

Hier soir, réunion importante pour mon avenir professionnel. En sortant, au coin de la rue, j’ai vu, senti, imaginé, ressenti, cru voir ma tête comme ça :


Mais, curieusement, ça ne me faisait pas mal du tout ; je veux dire que voir ma tête posée comme ça, par terre, me procurait comme une sorte de détachement (c’est le cas de le dire) et de soulagement d’ordre spirituel. C’était indolore tellement ma tête était fatiguée d’avoir eu, ces derniers mois, à affronter tant et tant d’inertie bureaucratique et de mauvaise foi. Là, ce combat au moins est terminé. Je pense que Van Gogh a du ressentir quelque chose de similaire lorsqu’il s’est coupé l’oreille gauche après une violente dispute avec Paul Gauguin le 24 décembre 1888 (*). Couper l’oreille… couper la tête… même sentiment, comment dire ? d’immense soulagement intérieur et existentiel …

J’ai déjà connu ce sentiment

© PaulAlmasy

(*) Je vois que j’ai aussi un problème avec le 24 décembre : mort de switchie ; et dernière petite fenêtre des calendriers de l’Avent
Clac, clac, je vais te couper la tête !

Je n’ai jamais connu la faim, ni la guerre…


Bon, je déprimais plutôt ce soir… Mais je me suis rendu compte
que finalement je n’avais jamais connu la faim, ni la guerre…
La vieille propriété de mon enfance a été détruite, mais pas par les bombes
J’ai toujours eu une propension étonnante à envisager le Pire
mais jusqu’à ces dernières années – avec Alzheimer qui emporte Maman et ma santé qui se déglingue – il m’avait épargné
Les dragons crachant du feu ne me collaient pas aux fesses comme maintenant
Je n’ai – heureusement – jamais marché sur des cadavres comme mon grand-père
ni vu partir des gens qu’on emmenait dans des trains pour ne jamais plus les voir revenir
Je ne suis pas allé à l’enterrement de mon père l’été dernier
mais parce que je ne pouvais pas laisser ma mère seule
Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, Continue reading

En ce moment tout part en charpie

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C’est bizarre, en ce moment tout se déglingue à toute vitesse… Alzheimer et maman je n’en parle même pas. Mais mes chemises, mes chaussures, mon cerveau, mes nerfs, ma patience, ma santé : tout est usé, fusé, troué et tombe en charpie. Ma vie elle aussi tombe en quenouille. Il doit y avoir des moments comme ça dans une existence où tout arrive au bout du bout. Ma chemise verte, j’aurais peut-être encore pu la garder quelque temps. Mais mon cerveau et mes nerfs sont usés jusqu’à la corde et sont en train de craquer. Je tombe en miettes et serai bientôt bon à jeter aux moineaux. Alzheimer, c’est vraiment une maladie de merde !

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La vie parfois, c’est comme un mât de cocagne…

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Bon, pour ceux qui n’ont pas connu les fêtes populaires du monde rural de l’ancien temps, les mâts de cocagne c’étaient des mâts plantés au beau milieu de la place du village. On effilait le tronc d’un immense sapin, on le lissait et on le savonnait à mort pour qu’il soit bien glissant. Et tout en haut, à de jolis rubans bleu blanc rouge, on accrochait des ribambelles de victuailles et on invitait les jeunes gens du village à y grimper pour les attraper…

Pas facile car le mât était évidemment glissant et il fallait pas mal de force brute pour y parvenir sans retomber sous les sifflets et les quolibets d’une foule passablement éméchée par le vin d’honneur et les verres de pastis… Tout le village se rassemblait autour du mât et les jolies paysannes, retenant leur souffle, regardaient les beaux garçons essayer de se hisser tout là-haut pour leur décrocher les chapelets de saucisses ou les énormes jambons…

Bon, pourquoi est ce que je vous raconte tout ça ? Ah oui, parce que récemment Krim m’a dit : “mais tu sais Eric, faut pas déprimer. La vie c’est formidable et quand Alzheimer sera fini, tu auras plein de choses à faire”… Et moi je pensais aux mâts de cocagne en me disant : “oui, c’est possible qu’il y ait plein de trucs à décrocher, mais c’est pour ceux qui aiment les jambons, les gigots et les saucisses … Moi je n’aime pas tellement les saucisses, alors pourquoi est ce que je devrais m’enthousiasmer et participer à cette liesse bruyante (que ceux qui s’amusent appellent la vie), m’enfiler plein d’échardes dans les cuisses et montrer mon derrière aux autres pour grimper au sommet d’un mât savonné par des abrutis pour le simple plaisir de décrocher, sous les applaudissement d’une foule hystérique, quelque chose qui ne m’intéresse pas vraiment ou plus beaucoup ? Peut-être il faut que j’interroge des végétariens ?

L’urgence de devenir végétarien…
Un rebelle, mais sans raison de se battre

L’oiseau qui avait lu Cioran

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Bon c’est vrai je déprime un peu en ce moment. Et en tombant sur ce dessin que j’aime bien, je me suis demandé un instant si ce n’était pas après que je sois tombé définitivement de ma chaise, ou de mon blog … Et il ne resterait en vie que l’oiseau qui dirait…. qui dirait quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas trop parce que je ne trouve que des phrases d’oiseaux qui auraient lu Cioran ou des haikus japonais, ou qui auraient suivi les enseignements de bouddhistes tibétains, ou partagé un jour l’appartement de Woody Allen… J’ai bien en tête une liste de phrases qu’il pourrait dire (s’il avait lu ce que j’ai lu bien sûr) mais je ne sais pas laquelle. Alors les voilà en vrac :

– …il est évident qu’ici bas je ne suis pas dans mon élément (Cioran)

– …de temps en temps les nuages me reposent de tant regarder la lune (Bashô)

– …Tchip tirlouit tchioupch tirlit tirlouit…

– …Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles… (Rilke)

– …Le voleur a tout emporté, sauf la lune, qui était à ma fenêtre (Miyalori)

– …Alzheimer était une vraie merde ; je suis même étonné qu’Eric ait tenu aussi longtemps

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Autres oiseaux…
Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Mes petites soeurs les hirondelles
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !
Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires

La mémoire de certains soirs de Noël …

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Switchie c’était ma petite chienne… morte il y a quatorze ans un soir de Noël. Même avec ma mémoire totalement pulvérisée, le coeur se serre comme si c’était hier… C’est curieux la mémoire… il y a des moments qui ne s’effacent pas ; et d’autres qui sont totalement pulvérisés…

Switchie in memoriam
Disparaitre dans un calendrier de l’Avent

Pouvoir poser sa tête, juste un moment …

christ_jean.jpg Pour ceux qui ne le savent pas, je leur dis: la maladie d’Alzheimer est une vraie merde. Il y a ce qu’on lit dans les revues (ou plutôt ce qu’on ne lit pas parce que si on savait vraiment ce qui va arriver on ne se lèverait même plus le matin), ce que les gens vous montrent à la télé (qui n’est pas la vraie vie) et ce que vous disent la famille ou les amis (qui ne peuvent pas s’empêcher de répéter inlassablement la même phrase quand ils vous rencontrent : “Mais tu devrais te renseigner tu sais, il y a des maisons pour ça non ?”) de la même façon qu’ils vous diraient que vous pouvez accrocher votre chien à un platane sur l’autoroute pour vous en débarrasser quand vous partez en vacances l’été)… Et puis il y a la vie quotidienne et là je ne vous raconte même pas tellement c’est triste et dur et inimaginable. Sans parler de l’exil intérieur qui vous coupe du monde… Si je n’avais pas lu cent fois Les Cent Mille Chants de Milarépa dans ma vie, je n’aurais jamais tenu. Le pire c’est de ne pas avoir eu une seconde pour reposer sa tête. Juste souffler cinq minute. Arrêter de s’occuper de la personne qui est malade et pouvoir juste poser sa tête un moment… Juste la poser ; juste un moment. J’y pense en regardant cette belle carte que vient de nous envoyer Anne pour Noël représentant le Christ et Saint-Jean (XIVe siècle, couvent Saint-Martin, Hermetschwil). J’ai l’impression que ma fatigue date aussi du… XIVe siècle !

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Mort de fatigue
Et autres petits bouts d’Alzheimer …
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Des ultra-rayonnements de détresse qu’entendent les anges

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Rembrandt, Autoportrait, 1630, eau-forte et burin, 51 x 46 cm, détail (Amsterdam).

rembrandt__yeux_mini.jpg J’ai reçu de Hollande un magnifique CD de musique baroque, le dernier enregistrement de Fred, un de mes amis luthiste d’Amsterdam. Sur l’enveloppe, il y avait l’autoportrait de Rembrandt. J’ai regardé pendant un long moment ces yeux étonnants et pensé à cette phrase de René Char (Feuillets d’Hypnos, 1943-1944) :

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Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri

Mes yeux poussent peut-être un cri identique en ce moment mais heureusement les gens ne les entendent pas. Et n’importe comment ça ne servirait à rien : la détresse d’alzheimer, seuls quelques anges pourraient l’entendre…et encore. Mais je ne peux pas en vouloir aux anges : ils ont beaucoup trop à faire pour l’instant sur la bordure de la galaxie !

Rilke parle de cette détresse dans sa Correspondance :

Enfin, il y a sûrement un degré de détresse qu’entendent les anges, des ultra-rayonnements de détresse que les humains ne perçoivent pas, qui traversent leur monde épais et ne peuvent faire retentir qu’au-delà, dans la lumière d’un ange, un violet sourd, douloureux, comme l’améthyste dans sa géode.

la détresse que seuls quelques anges pourraient entendre

“Lorsqu’il n’y a plus rien à faire, que faites-vous ?”

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Il y a des mots du dictionnaire qu’on utilise assez rarement dans la vie. Et puis le temps passe et tout à coup, paf, le mot s’applique parfaitement à ce qu’on vit et on prend peur. Par exemple “aporie” (vous savez cette sorte de situation où toutes les issues sont bloquées : si vous sortez par la porte vous êtes mort et si vous sortez par le fenêtre vous êtes également mort)… Vous n’utilisez pas souvent le mot ? moi non plus. Mais avec la progression d’alzheimer, je découvre ce que c’est que se trouver en pleine aporie : si je dois enfermer maman dans une maison, je me jette par la fenêtre tellement c’est triste. Et si je ne l’enferme pas, je me jette tout de même par la fenêtre tellement je n’en peux plus… Vous voyez, le vocabulaire est bien fait, tout est prévu, même les pires cas de détresse. Vous êtes en pleine aporie et comme il y a un mot pour ça, vous n’avez même pas l’impression que c’est grave (“Ah mon cher ami, vous êtes en pleine aporie, mais comme c’est amusant ce mot !”.). La seule chose qui me console c’est qu’au pire de l’absurde, ça ressemble presque à un koan japonais. Mais dans le bouddhisme zen, les koans ouvrent au moins la voie au satori et j’en suis loin ! Ou bien c’est la fenêtre qui est trop proche…
Voici un exemple d’aporie : le moine Xiang’yan dit : “Imaginez un homme sur un arbre accroché par les dents à une branche. Ses mains ne peuvent pas saisir la branche du dessus, et ses pieds n’atteignent pas la branche du dessous. Quelqu’un lui demande, “Pourquoi Bodhidharma est-il venu de l’Ouest ?” Si l’homme ne répond pas, il fait défaut au questionneur. Mais s’il desserre les dents pour répondre, il tombe et se tue.
[“L’homme perché sur l’arbre” extrait du Wumen guan (La passe sans porte)]
Allez, je vous laisse et je continue à serrer les machoires : faut encore tenir !

Les journées avec Alzheimer…

La mystérieuse sandale d’Empédocle

Quand le froid vous gèle les os et que l’âme se glace à cause d’Alzheimer, je me dis parfois que Empédocle avait sans doute raison de vouloir s’approcher (un peu trop près) de l’Etna… On a besoin d’un peu de chaleur parfois.


La sandale d’Empédocle

Empédocle (Wikipedia)
Hölderlin – La mort d’Empédocle

Les plaisirs de la conversation

Le problème (un des problèmes), quand on s’occupe de quelqu’un qui a la maladie d’Alzheimer, c’est que les autres ne se rendent pas compte de l’état de délabrement physique, psychique, psychologique, moral, spirituel, métaphysique dans lequel on se trouve. Mais bon, c’est comme ça et il vaut mieux ne pas en parler parce qu’ils n’aiment pas trop sortir leurs têtes d’autruches profondément enfoncées dans le bon sable chaud de leur indifférence. Mais, juste pour vous donner une idée, voici un graphique représentant une conversation que j’ai eue hier avec maman :

en vert c’est ce que je lui dis, et en rouge ce sont ses réponses. Par exemple là c’était une longue discussion pour savoir où étaient ses lunettes. J’ai cherché pendant plus d’une heure partout, dans tous les coins et recoins (surtout dans les endroits les plus plausibles : frigidaire, vases, chaussures, cafetière etc…). Et, comme vous le voyez sur la courbe rouge, l’aide de maman a été relativement faible (juste deux petites indications pour m’aider à les trouver : le grille-pain et le pot de cornichons). La courbe verte qui descend, à la fin, c’est quand j’ai finalement retrouvé les lunettes : dans la poubelle sous les épluchures de pommes de terre et les fleurs coupées… Après, ce n’est même plus sur le graph tellement c’est descendu bas : c’est quand mon appareil de photo est tombé de ma poche dans l’évier de la cuisine. Je l’ai retiré aussitôt mais c’était trop tard : tous les systèmes électroniques étaient morts. Moi aussi.

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Autres petits bouts d’Alzheimer …
Mon cerveau fait comme les marrons en hiver…
Je deviens traducteur de ce qui n’a pas été dit
Une boite pour le huitième jour de la semaine
Au troisième top du baromètre il sera 17heures
Oh mais j’aurais tellement aimé vous aider !

Les saint et les héros dépriment eux aussi !

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Je lis ce matin, sur le site du Figaro, qu’après les récentes disparitions de deux malades tuées par leurs maris, l’association France Alzheimer craint de nouveaux cas. Que la décision de mourir soit prise à deux ou pas, l’épuisement, le stress ou la dépression sont présents dans tous les cas. “Il faut avoir à l’esprit à quel point l’accompagnement du compagnon malade est éprouvant”, remarque Éric Fiat, philosophe et responsable d’un master d’éthique médicale. “À moins d’être un saint ou un héros, il est impossible, par moments, de ne pas être tenté par la haine, la violence ou le dégoût”.. On sait que les conjoints aidants ont une espérance de vie plus courte et des défenses immunitaires affaiblies. Alors que 70 % des malades vivent à domicile, l’association France Alzheimer insiste aujourd’hui sur la nécessité de soutenir les proches des patients.

Bon, espérance de vie plus courte et défenses immunitaires affaiblies… no comment.

Lapin © de Beatrix Potter

Platon a enjolivé la mort de Socrate

D’après ce que je viens de lire à l’article cigüe dans Wikipédia (*), Platon a très nettement enjolivé la mort de Socrate. Telle qu’elle était décrite dans le Phédon, j’en étais resté à une impression de mort assez douce et sereine ; ce qui ne semble pas tout à fait le cas. Il faut donc que je cherche encore comment fabriquer un cocktail plus adapté.
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(*) “Chez l’homme, l’ingestion de ciguë provoque dans l’heure qui suit des troubles digestifs (surtout quand la racine est utilisée), des vertiges et céphalées, puis des paresthésies, une diminution de la force musculaire, et enfin une paralysie ascendante. Des convulsions et des rhabdomyolyses ont été rapportées, suivies d’insuffisance rénale pouvant entraîner la mort. Par contre, la mort par « paralysie respiratoire », relatée et relayée depuis la scène de Socrate, n’a pas encore été attestée par la toxicologie moderne pour la ciguë isolée, d’où l’hypothèse d’un mélange probable de ciguë, de datura et d’opium dans le poison de la Grèce antique”.

Fleurs de cigüe…

En ce moment (même aujourd’hui jour de mon anniversaire) Alzheimer frappe un peu plus fort chaque jour. Je me dis qu’il va falloir que je me prépare et donc je cherche sur internet des informations sur la cigüe… Ce n’est pas encore très clair car les fleurs me semblent très différentes et il doit donc y avoir plusieurs espèces. Je ne me vois pas entrer dans une pharmacie et dire : “bonsoir mademoiselle, j’aimerais un flacon de cigüe s’il vous plait”. Faut que je prenne le temps de comprendre ce qu’il faut demander très exactement et à qui.

Atteindre la bouée ?

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Aujourd’hui Alzheimer a encore serré d’un cran. Je regarde ce que dit le Petit Robert à épuisé :

À BOUT DE FORCES, DE RÉSISTANCE. – BRISÉ, ÉREINTÉ, EXTÉNUÉ, FOURBU, HARRASSÉ, USÉ, CLAQUÉ, CREVÉ, H.S, VANNÉ, VIDÉ. Épuisé de fatigue, de douleur. Epuisé par une longue marche. “Comme un nageur épuisé atteint la bouée” (Montherlant).

Le problème c’est justement ce “atteint” la bouée… Pourquoi le nageur épuisé atteindrait-il la bouée ? Cette citation de Montherlant n’a aucun sens ici pour expliquer le mot épuisé.

Mort de fatigue

Planter des rudbeckias jaunes

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J’ai fait un rêve curieux cette nuit. Je rêvais que j’étais jardinier. Je creusais une terre qui était assez tendre et douce en me demandant si j’allais planter des pivoines roses ou des rudbeckias jaunes. Mais, soudain, je me suis rendu compte que le trou prenait la forme d’une tombe… Je me suis arrêté net et je me suis réveillé.
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Quelques rêves
«Sturzkampfflugzeug»
La clé sous le paillasson !
Clac clac je vais te couper la tête !
Transformation imminente en dindon ?
Rêve chinois N°2
Hôtel Matignon, chambres à la journée…
Parfois rêver c’est dur…

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L’espoir des pruniers en fleurs après les bombardements

“Tokyo n’est plus, elle aussi, qu’un champ de ruines et, devant la recrudescence du froid, les pruniers de la capitale, à peine en fleur, se flétrissent déjà, perdant peu à peu leur fraîcheur annonciatrice de printemps”

Lettre de Mishima à Kawabata, datée du 16 mars 1945 [le 9 mars venait d’avoir lieu à Tokyo l’un des bombardements aériens les plus dévastateurs de la seconde guerre mondiale]

[Correspondance qui s’étend sur plus de vingt-cinq ans (1945-1970) entre deux hommes a priori très différents mais qu’un indéfectible lien unissait et dont le suicide, à deux ans d’intervalle, révèle l’étrange ressemblance…]

Testament (si je meurs…)

(version provisoire – Novembre 1996)
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Si je meurs…

Si je meurs, j’aimerais bien que ce soit en hiver
sous les flocons de neige d’un calendrier de l’Avent
Si je meurs, j’aimerais bien que ce soit en été
et qu’il y ait les abeilles et des lauriers roses
Si je meurs, j’aimerais bien que ce soit en automne
quand on fait de grands feux avec les feuilles de l’automne
Si je meurs, j’aimerais bien que ce soit au printemps
quand les merles chantent en sautillant sur le gazon
Si je meurs, j’aimerais bien que ce soit en sol mineur,
ou en ré majeur comme lorsque je jouais du luth
ou même en silence mais que les tierces et la lumière soient douces
Si je meurs, j’aimerais que ce soit en couleur
ou en noir, mais qu’il y ait des chiens à mon enterrement
et qu’ils s’amusent en se roulant dans l’herbe
Si je meurs, j’aimerais bien que ceux qui m’ont aimé ne s’en fasse pas trop
– je veux dire qu’ils ne soient pas triste, car je partirai joyeux
Si je meurs, j’aimerais qu’on me transforme en petite poudre –
fine et douce comme celle des sabliers ou de la plage de Sables d’or –
mais pourrait-on faire que ceux que j’aime
n’assistent pas au ronflement de l’incinérateur ?
je veux dire que tout celà puisse avoir été fait avant ?
Puis mes amis m’emmèneraient dans des petites enveloppes en papier
et – cela ne se fait sûrement pas mais tant pis pour la loi –
me sèmeraient sur une jolie pelouse du Luxembourg
quand les agents auront le dos tourné
Vers le coin des abeilles, et aussi dans la partie où les chiens sont admis
Si je meurs et que c’est au printemps,
on me mettra avec les pivoines.
Si c’est l’hiver, avec les pensées ou les chrysanthèmes.
En été avec les cosmos et en automne au pied des grands rudbeckias jaunes
Si je meurs et qu’il n’y a pas de fleurs, qu’au moins la terre soit belle.
S’il pleut, cela me fera plaisir car j’ai toujours bien aimé la pluie.
Et s’il fait beau, chacun saura que j’en suis très heureux.
Si je meurs – certains penseront que ça n’a pas vraiment d’importance
mais je serai heureux qu’il y ait des moineaux en bas,
et tout là haut des corneilles qui tournoient à la cîme grands platanes,
et aussi des feuilles qui tombent des vieux arbres
et si c’est en juin qu’on le dise aux oiseaux que j’aimais bien
et surtout aux merles qui ont été une véritable joie
Si je meurs, j’aimerais bien qu’on m’enterre très tôt le matin,
quand le ciel est à l’orient tout rose et bordé de bel azur limpide
Et si je meurs le soir, qu’on le dise aux étoiles qui préviendront les bouddhas
qui le diront à quelques bons lamas tibétains à qui je dis toute ma reconnaissance
Si je meurs on pourra finalement me mettre n’importe où
Pourvu que la lumière soit belle ou qu’il y ait de la neige,
et de la pluie, ou du vent ou bien rien de ce que j’avais prévu.
Mais s’il pouvait y avoir une petite cloche qui tinte dans le lointain
cela me ferait plaisir.
Le reste n’a guère d’importance.
Et si je pars plus tôt que prévu – on ne sait jamais –
Muriel, Marielle et Julia m’aideront peut-être ?
à prendre, pour Maman, les décisions que je ne pourrai plus prendre…
Merci à toutes les trois. Au moins je partirai rassuré …
Quant à la disposition de ces choses qu’on appelle les biens des hommes,
quoiqu’ils soient le plus souvent les embarras de l’âme (Pétrarque),
que dire ? mon luth à Xavier ; ma guitare à Kim, toute la collection Guillaume Budé à Franckie…

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Version provisoire – 22 novembre 1996

Le suicide de l’écureuil


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“L’écureuil – incarnation familière de la vitalité, souvent associé à l’enfance, à l’innocence – s’est suicidé… Située dans un univers de jouet, la scène n’en est que plus violente. L’artiste y juxtapose le drame du suicide et la légèreté enfantine, avec une touche comique. Et suggère la question : “Comment un écureuil a-t-il pu en arriver là ?”.

Bonne question !

La hantise des disparitions

Maurizio Cattelan, Bidididobidiboo, installation, 1996 ou “Comment un écureuil a-t-il pu en arriver là ?” (Télérama, n°2886 – Mercredi 4 mai 2005)

ALZH etc

cailloux1.jpg Il y a vraiment des jours comme aujourd’hui où je me demande bien comment je vais faire dans les semaines ou les mois qui viennent… J’ai beau essayer d’imaginer les choses, même d’envisager le pire, je n’arrive pas à le croire … Donc pas vraiment le coeur à écrire quoi que ce soit… A chaque jour suffit sa peine… On verra demain… Et demain alzheimer sera encore là hélas…

“Il est évident qu’ici bas je ne suis pas dans mon élément”

cioran_175.jpg Je suis en train de lire les Carnets de Cioran. J’en suis à peine à la page 84 et il a déjà parlé trois cents fois de se suicider… A chaque page on est sur les cîmes du désespoir. Moi qui en ce moment le suis complètement (désespéré) ça me fait paradoxalement plutôt du bien ! Il fait un temps orageux, j’ai avalé plusieurs Dolipranes pour ne pas avoir mal au crâne et je vais continuer ma lecture… D’ailleurs il est clair qu’il ne va pas se suicider avant un bon moment puisque j’ai encore plus de mille pages à lire ! :-)

“Le paradis perdu, – mon obsession de chaque instant”.

“Pas un seul instant où je n’aie été conscient de me trouver hors du Paradis”

“Il est évident qu’ici bas je ne suis pas dans mon élément”

Message perso : Franck et Michèle, merci encore pour les 2000 pages des Oeuvres !

Faire sauter l’immeuble oui, en faire cadeau à l’assureur non !

gaz.jpg Le plombier qui est venu hier m’a signalé que si je faisais sauter l’immeuble en oubliant de fermer le gaz, l’assureur ne me rembourserait rien parce que le tuyau (comme c’est marqué dessus) aurait du être changé depuis… 1997. Ce n’est évidemment pas très intéressant à mettre dans un blog, je le reconnais, mais je vous le signale tout de même car vous êtes certainement comme moi, assez inattentifs à ce genre de détails. Allez dans la cuisine vérifier votre tuyau et vous verrez ! Vous me direz : “si je décide de me suicider par le gaz, je me moque complètement d’être remboursé !”. Vrai. Mais bon, tant qu’à faire, autant ne pas faire cadeau de l’immeuble à l’assureur ;-)

A qui est ce que je dois certifier que je suis encore vivant ?

>vivant_mort.gif Régulièrement, la caisse de retraite de Maman lui adresse un document l’invitant à certifier qu’elle est bien vivante (histoire de continuer à lui verser sa pension). Moi personne ne me demande jamais de certifier que je suis encore vivant. Bon, c’est vrai, je le suis de moins en moins à cause de cette immense fatigue. Mais, tout de même, je serais bien content de signer un papier de temps en temps. Juste comme ça, pour le fun comme ils disent au canada.

Mort de fatigue

Porter sur son dos quelqu’un qui a Alzheimer …

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Sur les bords d’un lac, il y avait une grenouille et un scorpion qui désirait passer de l’ autre côté.

S’il te plaît, dit-il à la grenouille, prends-moi sur ton dos et emmène-moi sur l’autre rive.
T’es cinglé ou quoi ? répondit la grenouille si je te prends sur mon dos, tu vas me piquer et je vais mourir…

Sois pas conne la grenouille, répondit le scorpion. Si je te pique, tu coules, et je meurs moi aussi puisque je ne sais pas nager. Donc j’ai pas intérêt à te piquer !
ça peut rentrer dans ta petite tête de batracien ?

La grenouille se laissa convaincre et elle entama la traversée avec le scorpion sur son dos. Première moitié, cool ; tout se passer bien. Mais, arrivé aux deux-tiers du lac, paf, la grenouille sentit la brûlure d’une piqûre et le poison commencer à engourdir ses membres…


Connard ! cria-t-elle, tu m’as piquée et on va crever tous les deux !
– Je sais, répondit le scorpion. Je suis désolé… mais on n’échappe pas à sa nature.

Et il disparut lui aussi dans les eaux froides du lac…

Voilà, c’est ça Alzheimer. Avec cette différence que dans le jargon médical on ne dit pas “grenouille” mais “accompagnant”.

Saint-Christophe qui portait le Christ sur son dos

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