Comment c’est à l’intérieur de ma tête ?

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Les gens me plombent tellement la tête que je me demande parfois comment c’est exactement à l’intérieur… En tombant sur cette planche de Léonard de Vinci, je me demande bien à quoi il pouvait penser en dessinant ça. Très bizarre, non ? Bon, il y a de l’air mais j’espère que la mienne est tout de même un peu plus structurée ;-)
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Le canari de Milosz s’est envolé !

Il y a des soirs, comme ce soir, quand les choses deviennent particulièrement intenables, où je sens qu’il va m’arriver quelque chose comme une crise d’apoplexie ou une crise cardiaque ou une crise de nerfs, en tout cas une crise. Quelque chose dans le genre de ce qui est arrivé au grand poète et ami des oiseaux, Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz : le 2 mars 1939, juste avant que n’éclate la guerre mondiale qu’il pressentait, il s’effondrait mortellement après s’être fâché contre son canari qui ne voulait pas rentrer dans sa cage. Le médecin concluera à une embolie.
Mon canari à moi, c’était la paix de l’âme. Et je n’arrive plus à le faire rentrer dans sa cage. Et sa cage, voyez-vous, c’était ma tête. On verra les conclusions du médecin légiste. [mais bon, n’appelez quand même pas la police.Le café ne fait plus d’effet; je vais me coucher et m’occuperai du canari demain

Nikos Kazantzaki aussi avait un canari sur la tête !
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Autres oiseaux…
Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Mes petites soeurs les hirondelles
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !
Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires

In Memoriam…

Hier soir, réunion importante pour mon avenir professionnel. En sortant, au coin de la rue, j’ai vu, senti, imaginé, ressenti, cru voir ma tête comme ça :


Mais, curieusement, ça ne me faisait pas mal du tout ; je veux dire que voir ma tête posée comme ça, par terre, me procurait comme une sorte de détachement (c’est le cas de le dire) et de soulagement d’ordre spirituel. C’était indolore tellement ma tête était fatiguée d’avoir eu, ces derniers mois, à affronter tant et tant d’inertie bureaucratique et de mauvaise foi. Là, ce combat au moins est terminé. Je pense que Van Gogh a du ressentir quelque chose de similaire lorsqu’il s’est coupé l’oreille gauche après une violente dispute avec Paul Gauguin le 24 décembre 1888 (*). Couper l’oreille… couper la tête… même sentiment, comment dire ? d’immense soulagement intérieur et existentiel …

J’ai déjà connu ce sentiment

© PaulAlmasy

(*) Je vois que j’ai aussi un problème avec le 24 décembre : mort de switchie ; et dernière petite fenêtre des calendriers de l’Avent
Clac, clac, je vais te couper la tête !

“… oh mais c’est trop bête, j’aurais tellement aimé vous aider !”

bible_moehrke3Je ne sais pas si vous connaîssez cet homme de Cyrène appelé Simon, dont on parle dans les Evangiles ? Un jour qu’il rentrait tranquillement des champs, en remontant au Golgotha, il trouve un attroupement. Il y a des cris, une foule qui se presse, il se demande ce qui se passe, pousse un peu les autres pour voir par dessus leur épaules et découvre Jésus souffrant, courbé sous sa croix, avançant sous les colibets… Bon, je croyais bien connaître ma Bible et j’étais carrément, mais alors absolument persuadé que Simon de Cyrène s’était proposé d’aider à porter la croix. Eh bien pas du tout. Je viens de relire Matthieu, Marc et Luc et ils disent tous les trois qu’il a fallu le forcer. Les gens n’aident pas spontanément et c’est finalement plutôt normal, [surtout quand le type aidé n’est pas – ou n’a pas toujours été – vraiment commode – je parle de moi, évidemment, pas du Christ]. Sauf des exceptions remarquables et donc particulièrement précieuses : Marielle, Marlène, Muriel, Julia, Isabelle, Michèle et Franck, Jean-Louis et Monique, Benoît et quelques autres que j’oublie injustement … Un immense merci à tous ceux qui m’auront donné un peu de leur amitié et surtout, surtout, un peu de leur TEMPS… Et honte à ceux qui ont disparu quand la maladie est arrivée…

Post scriptum 1 : A propos de Simon de Cyrène, je ne me prends évidemment pas pour le Christ ! Je cite cette histoire, a contrario, pour rendre hommage à ceux qui – spontanément – auront proposé d’aider. J’ai donc moins de valeur – mais plus de chance – que le Christ. Alleluia !

Post scriptum 2 : ce que j’ai appris au fil des ans avec alzheimer c’est que la seule aide, vraiment LA SEULE, c’est le TEMPS. Le temps que les gens donnent pour vous aider à respirer ! Le temps qu’ils offrent en disant : “tiens, je viens pendant deux heures tenir compagnie à ta mère et tu sors te changer la tête” ! C’est ça la seule aide véritable pour ceux qui portent une personne qui a la maladie d’Alzheimer. Mais pour donner du temps il faut être de la famille ou des amis, assez proches en tout cas pour que l’heure passée soit familière et pas celle d’une “personne-de-la-Mairie-très-professionnelle-et-dévouée-tu sais Eric”. C’est ça l’aide.
Le reste ce sont des mots. Quand on est dans une tranchée avec de la boue partout, ceux qui aident ne sont pas ceux qui disent : “tu sais mon cher, tu devrais vraiment essayer de voir les choses autrement” ! Non, on est dans la boue avec des obus qui tirent dans tous les sens et il faut écoper et continuer à “vider les pots de chambre”. Et ça c’est du temps (pour ne pas dire plus) et une patience infinie…

Il y a la tête ; il y a le coeur ; et il y a le corps.
Alzheimer c’est beaucoup le corps : on ne vide pas les pots de chambre (et le reste) avec sa tête. C’est le corps qui s’occupe de ça. Le corps s’en occupe parce que le coeur le lui dit. Mais si la tête s’en mèle, le pot de chambre n’est pas vidé. Ou la croix n’est pas portée (si Simon de Sirène ne la prend pas sur ses propres épaules). Voilà ce que c’est alzheimer pour les gens qui décident de n’avoir recours que le plus tard possible au “placement” dans une… “jolie et très agréable maison tenue par des gens très professionnels tu sais Eric et qui sont très dévoués”

Ma chute d’Icare
Mensonges par omission

bible ©Volker Moehrke

“Ma tête était une mappemonde et un canari assis sur le sommet de ma tête chantait !”

“Je devais avoir quatre ans lorsque, un jour de Nouvel An, mon père m’offrit un canari et une mappemonde comme cadeau de bonne année. Après avoir soigneusement refermé les portes et les fenêtres de ma chambre à coucher, j’ouvrais grand la cage et laissais le canari voler librement… Il avait pris l’habitude de s’asseoir au sommet du globe et chantait pendant des heures et des heures pendant que je l’écoutais en retenant mon souffle… Je pense que cet événement extrêmement simple a influencé ma vie bien davantage que tous les livres et tous les gens que j’ai été amené à rencontrer ultérieurement. Parcourant inlassablement le monde pendant des années, accueillant tout et renonçant à tout, j’ai senti que ma tête était une mappemonde et qu’un canari était perché au sommet de ma pensée et chantait”.
Nikos Kazantzaki

Un texte de Kazantzaki que je trouve renversant de beauté
Toutefois, je vous assure que…
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur
L’escargot archange

Le canari de Milosz s’est envolé !

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