Le tilleul s’est carrément installé dans la cour…

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Quand je me réveille les samedis matins ensoleillés de juillet, ma chambre est baignée d’une belle lumière couleur, la fenêtre est grande ouverte, j’entends le bruissement du balai de la concierge qui balaye la cour pendant des heures en discutant en portugais avec la voisine, puis le ruissellement rafraîchissant du jet d’eau quand elle arrose les pots de feurs, et tout ça sur la toile de fond sonore du roucoulement des pigeons ramiers et le gazouillis bavard des moineaux qui jouent dans le grand tilleul. Lui a d’ailleurs carrément décidé de s’installer royalement dans la cour en prenant littéralement toute la place disponible. S’il continue, ses branches vont rentrer par les fenêtres et j’irai m’installer avec les oiseaux sur ses branches, comme dans Baron Perché d’Italo Calvino :-) Eh oui, je sais, j’ai beaucoup de chance…

Il est beau en automne aussi
Le merle de la cour

La terre mouillée sentait bon le tilleul…

pluie.jpg Ce soir, pendant que je rentrais, un orage a éclaté et une énorme pluie lourde et jaune s’est mise à tomber. En quelques secondes, il n’y avait plus personne dehors : plus un homme, plus une voiture, plus un oiseau… Je pataugeais dans les flaques en essayant de tenir mon parapluie d’une main et de faire des photos de l’autre. Soudain la lumière a basculée, l’air est devenu d’une étonnante fraîcheur et la terre s’est mise à sentir bon. Un bonne odeur de terre chaude, d’herbe mouillée et de feuilles de tilleul. J’ai eu une très curieuse impression que j’avais déjà eue il y a quelques années en Dordogne, au lieu dit Dhagpo Kagyu Ling, au-dessus de Saint-Léon de Vézère… Je le note ici pour m’en souvenir mais cela n’a évidemment aucun intérêt pour ceux qui tomberont par hasard sur ce texte. Désolé, mais c’est tout de même un blog privé !

Ce soir les hirondelles gribouillent le ciel au fusain

Cécile, qui est une grande artiste, m’écrit: “…lorsque je ne pourrai plus graver…”.

et je pense aux hirondelles qui ce soir s’amusent comme des folles dans le ciel au-dessus de la cour. “Quand vous ne graverez plus, Cécile, vous regarderez les oiseaux graver le ciel et tracer au fusain des lignes d’une précision et d’une finesse étonnantes”. C’est drôle mais il y a quelque chose dans la Création qui me submerge tellement elle est belle. Quand je rentre le soir, il y a ce ciel immence qui surplombe l’Esplanade, les oiseaux qui font des conférences bruyantes dans les platanes le long des Invalides, le parfum ennivrant des tilleuls vers le métro Latour-Laubourg, et parfois des cols verts qui foncent droit en direction du musée Rodin…. Si un jour la lumière disparaissait, je ne sais pas si nous serions capables – pour essayer de la recréer – de la décrire à des hommes venus d’une autre planète ? Comment leur dire que c’était lumineux mais pas épais puisque les oiseaux volaient dedans, que la lumière du matin était bordée de bel azur limpide, que celle du soir était à l’orient tout rose, et que celle qui tombe certains soirs sur les tilleuls de la cour est tellement parfumée qu’on est presque heureux de vivre encore pour voir cela et y entendre jouer les hirondelles… Nous n’aurions même pas les mots pour dire qu’on avançait dans la lumière avec une ombre à nos côtés et que l’air parfois miroitait comme sur une toile de Monet. Dieu est grand !

Mes petites soeurs les hirondelles

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