Question : pourquoi Fra Angélico a t-il peint ce trou ?

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Il y a longtemps que ça ne m’était pas arrivé mais avant-hier j’ai fait un rêve bizarre.

Je volais très haut dans le ciel [allez, soyez gentils, ne me tapotez pas tout de suite sur l’épaule pour me dire que je devrais peut-être consulter un psychiatre…] je disais donc que je volais très haut dans le ciel comme une hirondelle planant sur les courants d’air chauds et tout à coup, paf, un énorme trou dans l’aile droite : je tombais en vrille comme les avions japonais au-dessus de Pearl Harbour ou dans je ne sais plus quelle BD de Buck Danny ou de la collection Biggles où les avions se fracassent sur des porte-avions en explosant en d’énormes boules de feu.

Je ne sais pas si vous l’avez vu à Florence, mais le trou était exactement comme sur l’aile de l’ange de l’Annonciation qui est au Musée San Marco. Ce trou bien découpé m’a toujours sidéré et je n’ai jamais bien compris ce qu’il signifiait, ni pourquoi Fra Angélico l’avait peint ainsi [je vous jure que ce n’est pas fait dans Photoshop]. Donc j’avais un trou identique dans l’aile droite et je tombais en vrille dans l’immensité du ciel. Mais ce qui était plutôt jouissif c’était que la chute n’en finissait pas : l’air était printanier, ça sentait bon la jacinthe, je planais doucement entre les galaxies et tombais dans le vide en tournoyant lentement dans la lumière éblouissante de la voie lactée … Mais je ne m’écrasais pas, ce qui – par rapport à ma vie diurne où je m’écrabouille lamentablement comme un oeuf qui vous échappe des doigts et tombe sur le carrelage de la cuisine – était plutôt agréable.

Surtout les étoiles : les étoiles qui tournaient à toute vitesse autour de moi en traçant de grandes orbes brillantes autour de mes bras écartés. C’était totalement hallucinant. Pourquoi est ce que je vous raconte ce rêve totalement perso ? Ah oui, parce que j’aimerais bien que quelqu’un de cultivé me dise enfin pourquoi Fra Angélico a peint ce trou sur l’aile de l’ange.

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D’autres anges…
L’ange de l’histoire de Klee
J’aime bien ces anges…
L’ange voleur d’étoiles,
Sûrement j’exagère
Wer wenn ich schreiee
L’ange des ruines de Dresden…
J’aimerais bien que Dieu m’accorde 3 secondes !
Des ailes (d’ange?) pour planer au-dessus de la mort …

Faire trou dans le temps…

>sablier.jpg Le temps est une drôle d’invention. Quand tout va bien, il coule tranquillement. Mais quand on réalise qu’on compte chaque petit grain de sable, alors c’est qu’il y a quelque chose qui cloche dans la vie. Ou que son temps est désormais compté. On dit qu’un peintre qui peint – ou un artiste qui écrit ou compose – se trouve dans la situation de voir le temps suspendu… Exactement comme un couple qui fait l’amour se trouve dans un temps qui est hors du temps (et en effet, il ne pense plus aux impôts ou au linge qui sèche !). Le propre de l’œuvre d’art est qu’elle fasse trou dans le temps. Et ce trou ne relève pas de chronos, il n’est pas chronologique, c’est du présent pur, un temps qui n’existe pas… On arrive parfois à s’y réfugier pendant un temps plus ou moins long. Quand je me concentre fortement – sur du graphisme web, un texte littéraire ou en écoutant des quatuor à cordes – j’arrive parfois à faire ce trou dans le temps et à m’abstraire quasi complètement du monde alentour. Mais à mon bureau, quand ils arrivent dans mon dos pendant que je travaille ainsi, je sursaute et ils se moquent de moi. Je ne peux pas leur expliquer ce qui se passe. Ils mettent ça sur le compte de la nervosité. Bon, s’ils le disent….

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