Pourquoi pas en effet ;-)

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A condition évidemment de ne pas avoir le vertige comme moi…
© Gordon Wiltsie
Et on peut même lire : Continue reading

… “Et à Pâques tu pars en vacances ?”

Une amie m’a dit avant le week-end : “Et à Pâques, tu pars quelque part?”.
Non, je ne pars pas. Je ne pars jamais. Ni en week-end ni en vacances. Je ne sais d’ailleurs même plus ce que ça veut dire… Donc pour me rappeler ce que c’était je suis allé voir un vieux post de 2004. Et je me dis que, finalement, si je veux perdre du poids, c’est bien que je reste ici. Mais le problème est qu’il est 20:08 et j’ai faim !

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Vacances dans les arbres

Finalement ce qui est bien – puisque je ne peux pas partir en vacances – c’est de voir l’incroyable richesse que j’ai autour de moi, là, sous mes yeux, juste au coin de la rue : j’ai des paulownias magnifiques dans le petit square, des catalpas étonnants à la sortie du métro, des frènes juste derrière l’église, des bouleaux et un superbe magnolia devant la banque, des platanes sur l’avenue … C’est étonnant de voir tout ça sans même prendre l’avion :-)

arbres.jpg

Prendre le trottoir d’en face ?

Aujourd’hui je me suis dit : “Tout le monde est parti en vacances et moi je reste scotché sur place à cause d’alzheimer. Donc il faut faire quelque chose”- La première qui m’est venue à l’esprit a été de prendre la rue de Babylone en marchant sur le trottoir d’en face ; histoire de changer les choses du tout au tout et de faire en sorte que le mois d’août ne soit pas exactement comme juin ou juillet. Donc j’ai longé l’autre mur. D’accord, il n’y a pas de quoi en faire un plat ou envoyer des cartes postales aux amis mais c’était déjà un avant goût de vacances : à la rentrée ça me fera drôle de revenir sur l’autre trottoir de la rue de Babylone :-) Oui, je sais, on a les vacances qu’on peut.

Ils partent et ils reviennent

Quand ils sont partis en vacances, ils étaient fatigués et ils se plaignaient.
Quand ils reviennent de vacances, ils sont fatigués et ils se plaignent encore : de tout, du temps qu’il faisait, de la fatigue, de se retrouver à Paris etc etc.
Moi qui, depuis des années, n’ai pas pris un jour de vacances à cause d’Alzheimer, ce qui me tue ce sont les gens qui partent en vacances et qui se plaignent à leur retour. ça me dépasse et ça m’ennerve.

Des vacances en mi bémol

Muriel est en Hongrie, Julia en Italie, Robert et Jocelyne reviennent d’Ecosse et repartent dans le sud, Lydie, pour moi, sera toujours à Sils Maria même lorsqu’elle part en Isaraël, Jonathan part aux USA et moi je reste en Alzheimer. Comme depuis plusieurs années, je vais donc passer mes vacances dans la région de do mineur ou mi bémol… Ce sont désmormais mes seules destinations mentales et spirituelles. Je ne bouge plus guère que dans ma tête. Heureusement j’ai un iPod avec tout ce qu’il faut pour voyager :-)

Ce que j’ai fait de mes vacances ?


[octobre 2004]
Pas fait grand chose justement.
1 – Trop mangé
2 – Marché sur la plage (pas assez)
3 – Lu Cioran (beaucoup)
4 – Trop mangé
5 – Ecrit à Jacqueline de Romilly
6 – Ramassé des coquillages (roses, striés et nacrés)
7 – Trop mangé (crabes)
8 – Promené Ruffle et Baba
9 – Réfléchi à l’avenir (trop)
10 – Pesté contre le Gouvernement (à propos du lamentable couac des pensions de reconversion des veuves. Pitoyable d’être aussi nul)
11 – Lu (Claude Roy)
12 – Pensé que Dieu est grand (la mer, les vagues, les mouettes, les coquillages, les ciels immenses… Carrément grand d’avoir créé tout ça)
13 – Trop mangé
14 – Regardé les vagues pendant des heures (on m’explique depuis que je suis pétit que les marées c’est la lune mais je ne le crois pas :-)
15 – Lu (des CSS pour le web)
16 – Trop mangé
17 – Pesté contre les hôtels sans bornes WiFi
18 – Réfléchi à une lubie financière de mon père
19 – Décidé de ne plus manger autant
20 – Regardé le ciel et les nuages pendant des heures
21 – Réfléchi à un scénario de film
22 – Trop mangé
23 – Lu
24 – Cherché partout un cordon USB pour mon appareil de photo
25 – Fait couler du sable entre mes doigts (jamais vu un sable aussi fin).
26 – Lu (Aragon)
27 – Pensé que les églises devraient être pleines de gens à genoux rendant grâce pour la beauté du monde et de la Création.
28 – Trop mangé
29 – Marché sur la plage (pas assez).
30 – Décidé d’écrire une nouvelle Antigone (ou un “Polynice & Etéocle”)
32 – Pensé que Dieu était grand (les bleus, les verts, les gris, les vagues, les ciels d’orage…)
32 – Lu (Philippe Jaccottet)
33 – Regardé les cerfs-volant et trouvé que le vent était immense lui aussi
34 – Trouvé que les curés parlaient trop mais pas assez de la Création
35 – Fait plein de photos nulles, dont (sais pas pourquoi) l’armoire et la fenêtre de la chambre d’hôtel…
36 – Trop mangé …
… da Capo

Ce que j’aurais aimé faire de mes vacances sans maman et sans alzheimer :
– marcher (beaucoup plus)
– courir (beaucoup)
– manger moins (beaucoup moins)
– ne penser à rien… (“retombe, retombe, ma tête, assez joué au bilboquet”)
… da Capo

Mon imagination me perdra (1)
Mon imagination me perdra (2)
Mon imagination me perdra (3)
Les voyages imaginaires dans mon assiette

Voyager dans un plat à oeuf …


Ce soir je me suis fait des oeufs. Au dos de mes plats en aluminium, il y a de jolies petites cigognes qui m’ont donné envie de me tirer. Si je n’étais pas bloqué à Paris avec maman et alzheimer, et si j’étais une cigogne, je m’envolerai immédiatement vers le soleil. Peut-être vers le bosphore : planer au-dessus de Sainte-Sophie … atterrir au bout de la Corne d’or ? … Ou plutôt vers l’Espagne : voir miroiter la méditerrannée de haut, survoler des immensités de champs de blé, entendre Albéniz et Granados tout là bas en bas dans les petites villes blanches ? … Peut-être même allonger le cou jusqu’au sud marocain : Erfoud … les flamands roses aux portes du désert ? … Ce qui est bizarre, c’est que moins je bouge et plus le détail le plus infime m’est une invitation au voyage : un simple plat à oeuf et hop, je suis parti !
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La cigogne n’a pas seulement un long bec rouge. Elle a une âme !
Je voyage aussi dans mon assiette et dans le temps

Nostalgie des temps heureux…

assiette_bestiole.jpg

Quand j’étais petit, pendant les grandes vacances, je me balladais dans les chemins… il y avait d’immenses gerbes dans les champs de blés, des bleuets, des coquelicots… on taillait des branches de noisetiers, ça sentait bon les soirs d’été. On croisait des troupeaux de vaches et de moutons dont les clochettes tintaient. L’air était chaud et plein du crissement des sauterelles et des cigales…Aujourd’hui, [ce post date d’août 2004] je suis à Paris avec maman qui ne dit presque plus rien à cause d’alzheimer, il y a des manifestations dans l’avenue et les seules petites bêtes des champs que je vois sont celles qui se balladent dans les assiettes en porcelaine qu’on utilise tous les soir pour le déjeuner et le dîner… En fait, ça me fait plaisir de les voir : elles me rappellent les soirées d’août où on s’étendait sur le dos dans l’herbe fraîche, un épi entre les dents ; cherchant les étoiles filantes pour faire un voeu… Tous les jours, en quelques secondes, cette minuscule petite bête se promenant sur une assiette m’ouvre sur l’infini : je pense à Rimbaud, je pense aux champs d’orge de Boaz dans la Bible, dans le livre de Ruth… et aussi à ce haïku de Osaki Hôsai :

Sur la pointe d’une herbe
devant l’infini du ciel
une fourmi

Bonheurs…
Je ne voyage pas seulement dans les assiettes mais aussi dans mon plat à oeuf et aussi dans le temps


Quelques bouts de nostalgie

Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Mesurer le temps et sa vie en matins
Nostalgie des temps heureux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

Heureux qui comme Ulysse…

bus_82_fille.jpg Tout le monde part en vacances et moi je reste à Paris. Heureusement le bus 82 vers le Luxembourg avait une très jolie conductrice ce matin. La vie devient tout à coup douce et fraîche et le voyage beaucoup trop court. Je rêve d’être Ulysse et que le bus fasse naufrage sur une plage de sable blond appartenant au roi des Phéaciens pour rencontrer Nausicaa… “Pour qu’Ulysse s’éveillât et vît la jeune fille aux beaux yeux (Odyssée, bus 82) Athéna, la déesse aux yeux brillants força le destin : la fille du roi lança une balle à une de ses servantes, mais elle la manqua et jeta la balle dans un remous profond. Toutes alors poussèrent un grand cri, et Ulysse s’éveilla. Terrible, il leur apparut tout couvert d’eau salée ; les servantes aux belles boucles s’enfuirent chacune de son côté. Seule demeura Nausicaa, la fille du magnanime Alcinoos qui resta face à face avec lui. Ulysse hésitait: supplierait-il la jeune fille au beau visage, en embrassant ses genoux, ou bien seulement lui demanderait-il à distance, par de douces paroles, de lui montrer la ville. Craignant d’effaroucher la jeune fille en lui prenant les genoux, il lui sembla que le mieux était de la supplier à distance par de douces paroles … Mais Nausicaa au bras blancs annonça : “Etranger, je bien suis la fille Alkinoos qui sur les Phéaciens possède force et puissance, mais tu es arrivé au Luxembourg, c’est le moment de descendre du 82”. Gloups…

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