Quoi qu’on dise, je vis finalement assez dangereusement !

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J’aime bien ce qui tombe du ciel : la neige, la pluie, la spiritualité, les plumes des anges, la grêle, les arcs en ciel — il y a aussi parfois quelques crottes d’oiseaux mais bon… Ce que je n’aime pas en revanche, mais alors pas du tout – quand je passe dessous – ce sont les pots de géranium ! Continue reading

“Les affaires de ce monde ne sont pas différentes”

coussin

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Je relis des tonnes de Claude Roy en ce moment. C’est ma façon de partir en vacances et de voyager joyeusement dans ma tête fatiguée.

“Un lettré chinois reçoit un jour d’un Immortel le don d’un oreiller magique. Il venait de mettre à cuire une marmite de riz. Il pose sa tête sur le coussin et s’endort. Il rêve pendant des années, il rêve qu’il voyage, est amoureux, devient ministre de l’Empereur, se marie, a dix enfants, accumule le savoir, les expériences, la sagesse. Quand il se réveille, il est blanchi, chenu, très vieux, approche les cent années. Il se lève, va goûter le riz, qui n’est pas encore cuit. L’Immortel est sur le pas de sa porte, qui lui dit : “Les affaires de ce monde ne sont pas différentes”.

Claude Roy, Temps, Septembre 1977.

— Quelques textes de Claude Roy : Continue reading

Rendre la vie aux morts … si seulement je pouvais …

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… C’est Louis Calaferte qui raconte quelque part l’histoire du minuscule petit coléoptère qui s’introduisit un jour — pour en changer le cours — dans la vie de l’entomologiste Pierre-André Latreille. Il lui apparût dans la cellule où, sous la Révolution, en attendant d’être déporté en Guyane, il était incarcéré à la prison de Bordeaux pour avoir refusé de prêter serment à la constitution civile.

L’ayant capturé et fait parvenir au naturaliste Bory de Saint-Vincent, celui-ci fit aussitôt libérer le détenu qui eut donc la vie sauve grâce à un minuscule petit insecte. Semblables interventions, sous des formes inattendues et en apparence dénuées d’effets potentiels, en disent long sur la précision de l’imbrication des faits dans la cohérence mystérieuse des destins.

L’insecte étant inconnu à cette époque, Latreille le baptisa donc Necrobium, qui rend la vie aux morts, son nom scientifique devenu plus tard Corynates ruficollis.

Si un infime petit coléoptère aux beaux reflets d’émail bleu avait la grande et généreuse bonté de passer dans ma cellule aujourd’hui, je lui demanderais de rendre la vie à une certaine personne née un 10 juillet…

Autre scarabée
Trois secondes pour changer les destins

Moi aussi, dans la vie, j’ai souvent pris le bruit du vent pour un bruit d’abeilles…

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Cet après-midi, je réécoutais sur France-Culture des entretiens de personnalités qui, presque toutes, confiaient qu’elles avaient eu la chance de faire des rencontres singulières et de croiser des passeurs étonnants qui avaient profondément modifié la trajectoire de leurs vies… Moi j’ai plutôt été un ours et n’ai pas croisé grand monde. Comme disait ma grand-Mère : on a la vie qu’on mérite :-)

Henri Thomas — qui avait choisi de vivre à l’écart des autres et avait avoué qu’il “aimait le délaissement” et qu’il “éprouvait aussi du bonheur à ne pas laisser d’empreinte chez autrui tout comme à éviter ses confidences” — écrit, dans une lettre à Jean-Jacques Duval :
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“Veuillez ne pas quitter, la vie va vous répondre…. veuillez ne pas quitter la vie va…

C@t dit : Bon, cette réunion est tellement stupide que j’ai décidé de m’évader un peu… Heureusement que j’écoute le vent dehors… allez, juste un petit coucou et cette image…

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“Des choses arrivent qui sont comme des questions. Une minute se passe, ou bien des années, puis la vie répond.

Alessandro Baricco (Châteaux de la colère, trad. François Brun, p.261.

La vie elle-même comme ondoiement…

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© Sophie Bassouls
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C@R m’envoit ce très beau texte de Pierre Sansot :

“J’estime que vivre constitue en ce qui me concerne une chance, qui ne me sera pas accordée une seconde fois : une chance non point parce que la vie nous fait des cadeaux et que sur une balance idéale la somme des plaisirs excéderait celle des peines, mais parce que je mesure à chaque instant la chance que j’ai d’être vivant, d’accéder chaque matin à la lumière et chaque soir aux ombres, que les choses n’aient pas perdu leur éclat naissant et que je perçoive aussitôt l’esquisse d’un sourire, le début d’une contrariété sur un visage, bref que le monde me parle.
La vie elle-même comme ondoiement, comme déploiement, la vie à fines gouttelettes plutôt que comme une tornade ou un fleuve impétueux. Une lumière plutôt qu’une force.”

Vichnou et la lenteur
Mesurer sa vie en matins…
Et si on cassait carrément les aiguilles ?

Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, p.14, Ed. Rivages poche, n°313. (Payot, 1998)

Pierre Sansot (Wikipedia)
Sophie Bassouls (photographe)

Deuil de Freud

Rien à voir cependant avec le “travail du deuil” dont le difficile concept s’est échappé du livre de Freud : Deuil et Mélancolie (1915) pour infiltrer un discours beaucoup plus commun. Freud, en effet, distingue trois moments qui se résument ainsi :

1. accaparement du sujet par sa douleur, ses regrets, ses remords et par l’image incessante de l’autre… et tenté par son propre anéantissement .

2. le moi, désireux néanmoins de rester en vie, surinvestit les liens qui le retiennent à l’objet et les délie un à un , si bien qu’on a pu dire que …

3. … le travail du deuil consistait à “ tuer le mort ”.

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Voilà, je suis orphelin et inconsolable


J’avais abandonné ce pauvre blog en mai 2008 parce que la maladie d’Alzheimer de Maman était déjà trop lourde à porter. Je ne sais pas comment j’ai trouvé la force de continuer, mais j’aurai finalement tenu encore deux ans et deux mois de plus… Maman est partie hier matin et je suis désormais orphelin. Orphelin, inconsolable et exténué par ces dernières années épouvantables. Le Bon Dieu, finalement, aura eu pitié et elle sera heureusement partie détendue et apaisée. Le matin de sa mort, j’avais peur qu’elle soit triste ou crispée. Je l’ai trouvée souriante. Je ne savais pas que les morts souriaient : Maman, en tout cas, souriait…
Je vais essayer de recommencer à aller au Jardin du Luxembourg où je l’emmenais tout le temps quand elle pouvait encore se déplacer. J’irai voir les fleurs qu’elle aimait, les merles sur les belles pelouses, les canards dans le bassin, les poneys avec leurs bons yeux et les petits ânes qui promènent les enfants sur leur dos dans l’allée centrale… C’est ça qu’elle aimait. Elle avait un carnet d’adresses où elle gardait la liste de tous ses amis. Et à la lettre “A”, il y avait marqué “ânes”… Et elle avait écrit à la main tous leurs prénoms : Altesse, Aramis, Adriana, Athos, Rosette, Reinette, Mickey, Vulcain… C’est ce que je vais aller faire maintenant : aller au Jardin du Luxembourg et dire aux merles, aux petits ânes et aux grands rudbeckias jaunes qu’elle est partie.
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En ce moment tout part en charpie

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C’est bizarre, en ce moment tout se déglingue à toute vitesse… Alzheimer et maman je n’en parle même pas. Mais mes chemises, mes chaussures, mon cerveau, mes nerfs, ma patience, ma santé : tout est usé, fusé, troué et tombe en charpie. Ma vie elle aussi tombe en quenouille. Il doit y avoir des moments comme ça dans une existence où tout arrive au bout du bout. Ma chemise verte, j’aurais peut-être encore pu la garder quelque temps. Mais mon cerveau et mes nerfs sont usés jusqu’à la corde et sont en train de craquer. Je tombe en miettes et serai bientôt bon à jeter aux moineaux. Alzheimer, c’est vraiment une maladie de merde !

Un petit pas pour l’humanité, un grand pas pour le petit d’homme

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Encore une photo qui était dans le powerpoint d’hier… Si quelqu’un connait le nom du photographe, je serai heureux de le mentionner.

La vie parfois, c’est comme un mât de cocagne…

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Bon, pour ceux qui n’ont pas connu les fêtes populaires du monde rural de l’ancien temps, les mâts de cocagne c’étaient des mâts plantés au beau milieu de la place du village. On effilait le tronc d’un immense sapin, on le lissait et on le savonnait à mort pour qu’il soit bien glissant. Et tout en haut, à de jolis rubans bleu blanc rouge, on accrochait des ribambelles de victuailles et on invitait les jeunes gens du village à y grimper pour les attraper…

Pas facile car le mât était évidemment glissant et il fallait pas mal de force brute pour y parvenir sans retomber sous les sifflets et les quolibets d’une foule passablement éméchée par le vin d’honneur et les verres de pastis… Tout le village se rassemblait autour du mât et les jolies paysannes, retenant leur souffle, regardaient les beaux garçons essayer de se hisser tout là-haut pour leur décrocher les chapelets de saucisses ou les énormes jambons…

Bon, pourquoi est ce que je vous raconte tout ça ? Ah oui, parce que récemment Krim m’a dit : “mais tu sais Eric, faut pas déprimer. La vie c’est formidable et quand Alzheimer sera fini, tu auras plein de choses à faire”… Et moi je pensais aux mâts de cocagne en me disant : “oui, c’est possible qu’il y ait plein de trucs à décrocher, mais c’est pour ceux qui aiment les jambons, les gigots et les saucisses … Moi je n’aime pas tellement les saucisses, alors pourquoi est ce que je devrais m’enthousiasmer et participer à cette liesse bruyante (que ceux qui s’amusent appellent la vie), m’enfiler plein d’échardes dans les cuisses et montrer mon derrière aux autres pour grimper au sommet d’un mât savonné par des abrutis pour le simple plaisir de décrocher, sous les applaudissement d’une foule hystérique, quelque chose qui ne m’intéresse pas vraiment ou plus beaucoup ? Peut-être il faut que j’interroge des végétariens ?

L’urgence de devenir végétarien…
Un rebelle, mais sans raison de se battre

“Lorsqu’il n’y a plus rien à faire, que faites-vous ?”

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Il y a des mots du dictionnaire qu’on utilise assez rarement dans la vie. Et puis le temps passe et tout à coup, paf, le mot s’applique parfaitement à ce qu’on vit et on prend peur. Par exemple “aporie” (vous savez cette sorte de situation où toutes les issues sont bloquées : si vous sortez par la porte vous êtes mort et si vous sortez par le fenêtre vous êtes également mort)… Vous n’utilisez pas souvent le mot ? moi non plus. Mais avec la progression d’alzheimer, je découvre ce que c’est que se trouver en pleine aporie : si je dois enfermer maman dans une maison, je me jette par la fenêtre tellement c’est triste. Et si je ne l’enferme pas, je me jette tout de même par la fenêtre tellement je n’en peux plus… Vous voyez, le vocabulaire est bien fait, tout est prévu, même les pires cas de détresse. Vous êtes en pleine aporie et comme il y a un mot pour ça, vous n’avez même pas l’impression que c’est grave (“Ah mon cher ami, vous êtes en pleine aporie, mais comme c’est amusant ce mot !”.). La seule chose qui me console c’est qu’au pire de l’absurde, ça ressemble presque à un koan japonais. Mais dans le bouddhisme zen, les koans ouvrent au moins la voie au satori et j’en suis loin ! Ou bien c’est la fenêtre qui est trop proche…
Voici un exemple d’aporie : le moine Xiang’yan dit : “Imaginez un homme sur un arbre accroché par les dents à une branche. Ses mains ne peuvent pas saisir la branche du dessus, et ses pieds n’atteignent pas la branche du dessous. Quelqu’un lui demande, “Pourquoi Bodhidharma est-il venu de l’Ouest ?” Si l’homme ne répond pas, il fait défaut au questionneur. Mais s’il desserre les dents pour répondre, il tombe et se tue.
[“L’homme perché sur l’arbre” extrait du Wumen guan (La passe sans porte)]
Allez, je vous laisse et je continue à serrer les machoires : faut encore tenir !

Les journées avec Alzheimer…

Des ailes (d’ange ?) pour planer au-dessus de la mort …

Muriel, qui a beaucoup de courage, me parle de son père qui vient de mourir et me montre une carte avec cette belle aile de Dürer, presque celle d’un ange… En rentrant chez moi, je feuillette les lettres de Van Gogh à Théo et trouve ces quelques phrases :

“Des ailes pour planer au-dessus de la vie!
“Des ailes pour planer au-dessus de la tombe et de la mort!”

(12 septembre 1875)

“Une lettre de mon père m’a appris ce matin la mort de l’oncle Jan. Une nouvelle de ce genre nous incite à répéter : Seigneur, attachez-nous intimement les uns aux autres et que notre Amour pour Vous rende ce lien de plus en plus solide”. [1er septembre 1875]

“Je lutte avec une toile commencée quelque jours avant mon indisposition ; un faucheur, l’étude est toute jaune, terriblement empâtée, mais le motif est beau et simple. Je vis alors dans ce faucheur l’image de la mort (…). Mais dans cette mort rien de triste, cela se passe en pleine lumière avec un soleil qui inonde tout d’une lumière d’or fin”… [septembre 1889]

Courage Muriel… Tu sais qu’il n’y a pas que les anges qui ont des ailes pour planer au-dessus de la mort. Et que ta vie continue d’être inondée de cette belle lumière d’or fin…

Albrecht Dürer – Aile. 1512. Aquarelle et gouache sur vélin. Graphische Sammlung Albertina, Vienne.

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D’autres anges…
L’ange de l’histoire de Klee
J’aime bien ces anges…
L’ange voleur d’étoiles,
Sûrement j’exagère
Wer wenn ich schreiee
L’ange des ruines de Dresden…
J’aimerais bien que Dieu m’accorde 3 secondes !
Pourquoi Fra Angélico a t-il peint ce trou ?

Les simples de Dürer
Une chauve-souris de Dürer
Les petits tonnelets de Dürer
Le magnifique lièvre de Dürer…

Comme on voudrait que le fassent le temps, notre pensée, nos vies


Il y a sur la cheminée du salon un énorme bouquet de pivoines. Et, curieusement, ces derniers jours, je lisais un texte de Philippe Jaccottet qui exprime ce que je pense des pivoines et dont je laisse tomber ici quelques pétales (dans un désordre qui n’est pas le sien et en coupant quelques tiges qui dénaturent évidemment son bouquet).

Parce qu’elles s’inclinent sous leur propre poids, certaines jusqu’à terre, on dirait qu’elles vous saluent, quand on voudrait les avoir soi-même, le premier, saluées”.
“Opulentes et légères, ainsi que certains nuages…”
“Une explosion relativement lente et parfaitement silencieuse”.
“Elles s’ouvrent, elles se déploient, comme on voudrait que le fassent le temps, notre pensée, nos vies”.
J’aime cette phrase et la répète pour ceux qui lisent trop vite : “Elles s’ouvrent, elles se déploient, comme on voudrait que le fassent le temps, notre pensée, nos vies”.
“Je ne sais quoi, qui n’est pas seulement un souvenir d’enfance, les accorde avec la pluie. Avec une voûte, une arche de verdure. Elles vont ensemble : est-ce à cause des nuages ?”
“Avant que n’approche la pluie, je vais à la rencontre des pivoines”.
“Elles n’auront pas duré”.

(Extraits) Philippe Jaccottet – Cahier de verdure, Gallimard.
Photo : Domi F.

On dit “fleuriste” mais on devrait dire “galerie d’art”

Extend your digital life !

digital_life.jpg Sur la pub iMac, ils m’invitent à “étendre ma vie numérique”… Je reconnais que c’est bien la seule que je puisse étendre en ce moment ! Mais bon, ça fait drôle de dire aux gens que je rencontre : “vous savez, ma vie est une vraie catastrophe mais ma vie numérique, est très étendue et extrêmement épanouie” ! Il va falloir que je m’habitue à dire : “Parle à ma vie numérique, ma vie est fatiguée !” Je ne sais d’ailleurs pas combien on peut avoir de vies comme ça, indépendantes les une des autres ? Mais j’y pense tout à coup : si je vis trois vies à la fois, à ma mort je n’aurais pas 56 ans mais 168 ans. C’est débile ce truc.

Une boite pour le huitième jour de la semaine ?

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C’est marqué sur la boite, mais Maman ne sait plus très bien quel jour on est… Moi non plus d’ailleurs, je ne sais plus très bien. Alors je suis la disparition des cachets dans la boite pour savoir où j’en suis de la journée : quand c’est vide à gauche c’est encore le matin ; quand c’est vide à droite c’est que la journée est finie. Je ne l’ai pas vu passer mais elle est finie et on change de boite. Ma vie s’écoule comme ça, dans l’espace de ces sept boites des sept jours de la semaine qui ne mènent nulle part. Ou plutôt dans ce que Christian Bobin appelle le Huitième jour de la semaine, c’est à dire cette autre dimension du temps, ce pur présent que les sages et les philosophes appellent éternité. Le huitième jour ce n’est pas un jour en plus; mais chaque jour dans sa vérité, dans sa quotidienneté de vivre. Vivre non pas l’attente ou la nostalgie de quelque chose (comment ferait-on d’ailleurs puisqu’on ne se souvient plus de rien) mais la pure présence du présent. Le Huitième jour c’est la vie quotidienne en tant que le présent est là; c’est à dire ce que Spinoza appelle “une expérience d’éternité”. Une éternité douloureuse et accablante mais une expérience d’éternité tout de même. Je finirai bien par arriver au Paradis plus vite que prévu.

——————
Décidément j’ai vraiment un problème avec le temps qui passe ! … et avec mon horloge biologique qui est détraquée ; et aussi avec le temps qui passe !
Et maintenant aussi avec le “temps-alzheimer” aussi : La montre-baromètre ;Explosion de la logique temporelle ;

Message personnel : Julia, c’est grâce à toi que nous avons ces boites de cachets qui, tu le vois, nous servent aussi d’agenda et de calendrier ! Merci.

A qui est ce que je dois certifier que je suis encore vivant ?

>vivant_mort.gif Régulièrement, la caisse de retraite de Maman lui adresse un document l’invitant à certifier qu’elle est bien vivante (histoire de continuer à lui verser sa pension). Moi personne ne me demande jamais de certifier que je suis encore vivant. Bon, c’est vrai, je le suis de moins en moins à cause de cette immense fatigue. Mais, tout de même, je serais bien content de signer un papier de temps en temps. Juste comme ça, pour le fun comme ils disent au canada.

Mort de fatigue

Tout est devenu trop compliqué !

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C’est trop compliqué. La vie, tout… Tout est devenu beaucoup trop compliqué. Je trouve que c’était beaucoup mieux avant. Quand je dis ça à mes amis, ils me demandent : “avant quoi ?” et là je ne sais plus très bien quoi répondre parce que je crois que je remonte assez haut dans le temps et que si je leur disais la date exacte ils prendraient peut-être peur. Heureusement l’automne arrive : c’est l’époque des marrons par terre, des belles feuilles qui tombent, des rudbeckias jaunes, des noix fraîches avec du bon pain et du vin, des omelettes aux champignons et des feux dans la cheminée… L’automne est ma deuxième saison favorite !

Qu’est ce qu’une vie réussie ?

canards.jpg C’est Montherlant, je crois, qui dit quelque part :

“Une vie est heureuse quand elle commence par l’ambition et finit par n’avoir plus d’autres rêves que celui de donner du pain aux canards” !

C’est plutôt triste de se l’avouer, mais avec toutes les merdes qui me tombent sur la tête depuis quelques mois avec alzheimer, je crois bien qu’il faut me rendre à cette évidence : ma vie commence à être belle !

“Ma tête était une mappemonde et un canari assis sur le sommet de ma tête chantait !”

“Je devais avoir quatre ans lorsque, un jour de Nouvel An, mon père m’offrit un canari et une mappemonde comme cadeau de bonne année. Après avoir soigneusement refermé les portes et les fenêtres de ma chambre à coucher, j’ouvrais grand la cage et laissais le canari voler librement… Il avait pris l’habitude de s’asseoir au sommet du globe et chantait pendant des heures et des heures pendant que je l’écoutais en retenant mon souffle… Je pense que cet événement extrêmement simple a influencé ma vie bien davantage que tous les livres et tous les gens que j’ai été amené à rencontrer ultérieurement. Parcourant inlassablement le monde pendant des années, accueillant tout et renonçant à tout, j’ai senti que ma tête était une mappemonde et qu’un canari était perché au sommet de ma pensée et chantait”.
Nikos Kazantzaki

Un texte de Kazantzaki que je trouve renversant de beauté
Toutefois, je vous assure que…
Parfumer les ragoûts à la Légion d’honneur
L’escargot archange

Le canari de Milosz s’est envolé !

Tout se rétrécit de plus en plus dans ma vie

Quand j’étais petit, on habitait dans une très grande propriété qui était un vrai paradis. Il y avait des vieux arbres immenses, des hérissons, des montagnes de neige l’hiver, des fleurs partout – surtout une vieille glycine qui sentait si bon…
Et puis le temps a passé et j’ai vécu dans très un grand appartement – (pas parce que j’avais beaucoup d’argent mais parce que le propriétaire avait fait un truc illégal et que pendant six ans j’ai bénéficié d’un tarif genre “loi de 1948” avec un loyer dérisoire).
Et puis le temps a passé et j’ai eu un appartement beaucoup plus petit. Mais il y avait beaucoup de lumière et un arbre incroyable dans la cour. Années de bonheur avec switchie ma petite chienne.
Et puis quand Maman a eu alzheimer, j’ai habité dans son grand appartement mais un canapé dans le salon, juste quelques mètres carrés – le minimum vital, la taille de mon univers.
Et puis ensuite c’est mon champ de vision qui est devenu minuscule…
Et puis un de ces jours je finirai dans un cercueil… Donc, en fait, j’aurais tout fait à l’envers question espace vital : généralement les gens commencent petit et puis, la vie passant, ils s’installent dans des espaces de plus en plus grands. Moi, ça a été exactement l’inverse : j’ai commencé au Paradis, carrément. Et puis ça n’a cessé de se réduire. Comme mon champ de vision. Bizarre !

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