Les étoiles en haut, les fleurs en bas, et la loi morale à l’intérieur…

Muriel m’envoie ce vitrail de Notre Dame en Vaux
Les étoiles en haut, les fleurs en bas…
La loi morale à l’intérieur de soi et le ciel étoilé à l’extérieur, juste au-dessus…

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« Deux choses remplissent le coeur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. » Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique, 1788.
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a riveder le stelle !
et la vie serait belle !

Vitraux laiques

Vitraux laiques – manque l’essentiel…
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La grenouille du bénitier et le grand ange de Saint Sulpice

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Je ne suis vraiment pas une grenouille de bénitier mais hier soir je suis tombé en arrêt devant cet immense ange illuminé qui me tournait le dos. (j’ai du couper la photo et donc vous ne vous rendez peut-être pas compte de la taille, mais ceux qui sont passés rue Saint-Sulpice savent que ces vitraux sont carrément immenses).

Ce que je voulais dire c’est que généralement quand on longe des églises le soir, on ne voit rien : la rue saint-sulpice est plongée dans la pénombre et comme l’église est d’une laideur à pleurer, c’est carrément lugubre. Mais là, ce grand saint tutélaire derrière ces vitraux illuminés de l’intérieur ça avait un côté surnaturel qui m’a presque rassuré. Je sais qu’on va dire que j’ai un côté Saint-sulpicien, mais bon, c’est comme ça : à une époque où ça fait bien d’être “laïque et obligatoire” ou matérialiste, moi ça ne me fait absolument rien de dire que j’aime les églises (cisterciennes de préférence ; Saint-Sulpice étant ce qu’il y a de pire dans le genre), que j’adore les cloches (surtout en italie), que j’aime la liturgie (celle d’avant Vatican II bien entendu), que si j’étais catholique je serais un adepte de la messe en latin (forcément parce que si je vais en espagne ou ailleurs je veux comprendre un truc qui se veut universel), que je suis pour le retour de la grande musique sacrée (évidemment) et l’abandon des petites chansonnettes nunuches avec accompagnement navrant de guitare scout…

Bon OK, j’arrête la liste sinon vous allez m’envoyer dans un camp de rééducation. N’importe comment vous savez quoi ? je m’en moque complètement : j’ai toutes les cantates de Bach sur mon iPod, j’écoute en boucle William Byrd, Thomas Tallis, Josquin Desprez ou Roland de Lassus et ils peuvent bien chantonner ce qu’il veulent dans leurs églises ou gratouiller leurs guitares, ça m’est totalement indifférent : il y a belle lurette que je n’y vais plus le dimanche tellement leur musique est indigente. Je vais encore à Saint-Roch le jeudi soir quand il y a des grands concerts de musique sacrée. Mais je n’y retournerai le dimanche (avec sans doute des milliers d’autres gens) que lorsque les évêques auront réintroduit une musique qui élève l’âme !

– D’ici là les églises seront mon iPod !

Vitres et vitraux, extérieur et intérieur…

Plus ça va et plus je me rends compte qu’il m’est de plus en plus difficile de communiquer avec les gens. Sur tous les sujets, littérature, musique, architecture, au bureau, partout… Si où vous n’avez pas la même perspective qu’eux, c’est perdu d’avance car ils ne comprendront jamais de quoi vous parlez. Par ex – mais ce n’est évidemment qu’une image pour essayer de faire comprendre – si vous avez expérimenté que les vitraux sont baignés d’une lumière magnifique lorsque vous êtes dans la cathédrale, il est très difficile d’en parler à quelqu’un qui se tient résolument à l’extérieur et vous assure qu’il n’y a pas de vitraux bleutés et que les vitres ne sont pas lumineuses et que d’ailleurs il vient de faire des photos de l’extérieur qui le prouvent… Forcément puisqu’il est dehors et qu’il faut être dedans pour voir la lumière frapper et illuminer les vitraux !

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Avant même de poursuivre la discussion, il faudrait pouvoir les faire entrer dans la pénombre de la cathédrale, mais cela demanderait beaucoup trop de temps. Il faut une vie parfois pour comprendre certaines choses… Comment parler de fugues de Bach à des gens qui n’ont entendu que du rap ? comment parler de Hermann Hesse ou de Borgès à des gens qui lisent des Arlequins ? comment parler de Bordeaux à des buveurs de Coca ? comment parler de liturgie pré-Vatican II à des gens qui croient que la messe est une rencontre sympa, l’église une maison de jeunes et de la culture et le prêtre un animateur de quartier qui doit faire des sermons intéressants et cool… Aborder un sujet – n’importe lequel – devient carrément impossible quand on ne parle pas de la même chose parce qu’on n’a pas la même perspective… La compréhension n’est pas dépendante uniquement de la bonne voloné mais de l’existence d’une même… compréhension justement ! Je suis à l’intérieur et parle de vitraux, ils sont à l’extérieur et parlent de vitres… Trop compliqué, je préfère abandonner !

Des croquis inédits de Soulages

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Je dis à une amie que Pierre Soulages est un vieil ami de la famille et que récemment j’ai eu la chance de visiter son atelier à Sète : il m’accueille avec une infinie gentillesse, nous parlons de l’époque de Rodez où il était avec mon père au pensionnat Saint-Joseph, et tout à coup, passant à côté d’un gros classeur entouré d’un lacet noir, il me dit :

Tenez, Eric, j’ai ici des esquisses que j’avais réalisées à l’époque où je commençais à réfléchir aux vitraux de la collégiale de Conques. Il y en a des dizaines qui n’ont pas servi. Si vous voulez, je vous en donne quelques-unes.

Je n’en crois pas mes oreilles, il ouvre le précieux classeur et insiste :

tenez, prenez ce que vous voulez et je vous les signe

J’hésite, je me confonds en remerciements et choisis en tremblant les quatre esquisses scannées ci-dessus. Elles sont, on le voit, très différentes des vitraux finalement réalisés mais justement, elles sont la source lumineuse du magnifique projet de Conques et je les trouve très belles : avec ces rayures si fines et ces infinies nuances de gris…

Bon, toute cette histoire est évidemment une blague. Voilà ce qui s’est passé : en rentrant de l’expo Soulages à la BNF, je trouve par terre une plume de pigeon. Noire et grise et surtout striée comme les vitraux de Conques. Et j’ai fait ce petit montage. Voilà c’est tout, je ne suis pas l’heureux propriétaire de croquis inédits de Pierre Soulages mais je vous confirme que son exposition à la BNF est sublime et que parfois, si on la regarde bien, une simple plume d’oiseau peut provoquer un réel émerveillement et une émotion artistique profonde.

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Attention respect
L’outrenoir de Soulages
Youpi j’ai des lunettes faites par Soulages
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Artsy’s Pierre Soulages page

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