Il y a des textes qui me mettent de belle humeur…

ErriDeLuca

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Parfois, en prenant un vieux livre au hasard dans ma bibliothèque, je tombe sur une page merveilleuse, cochée à l’époque, et qui — plus de dix ans après — me met encore d’une humeur joyeuse :

“Je bêche sous les lauriers. De leurs feuilles épaisses toujours vertes, ils protègent les moineaux qui, le soir, se disputent la place la plus chaude, près du tronc. Ils se disputent pour vivre. Puis ils ont un murmure de mise en ordre, je pense qu’ils prient.
Ce n’est qu’au printemps que je taille les lauriers quand ils ne servent plus d’abri aux moineaux.
J’aime brûler les restes de leur feuillage. Ils font une fûmée qui étourdit et fait revenir en mémoire les disparus. C’est dans cette fumée que je m’assieds à midi avec des olives noires.
Ces jours-là, je vois clair dans la géométrie. Les vivants ne sont pas à la perpendiculaire des mort étendus, ils leur sont parallèles. La faux n’a pas la courbe de la lune, mais celle de l’œuf. Le pain gonfle en prenant la forme de la paume du boulanger. Le porter à sa bouche, c’est comme serrer la main de qui l’a pétri.
A force de rester silencieux pendant que le corps travaille, des pensées de nage et d’envol vont et viennent à la débandade. D’un mois d’avril, déjà bien lointain, je revois le ciel de Jéricho couvert du blanc des cigognes migrant d’afrique vers les toits d’Europe”.

Erri de Luca, Trois Chevaux

“La poésie est le plus parfait format de la résistance !”
“Considero valore…”

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