Aujourd’hui — il y a 3 ans — débutait le conflit en Syrie…

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3 ans, trois ans, TROIS ans ! Et tous ces Chefs d’État et ministres des affaires étrangères qui osent encore nous parler de “diplomatie”, de “processus de paix”, de “règlement négocié”, de “solution politique”, d’autorité de l’ONU, des pouvoirs du Conseil de Sécurité, du rôle des Conférences de Genève, de la défense de la liberté, du respect des Droits de l’Homme, des pressions de la “Communauté internationale”… Mon Dieu, mais quelle farce tragique ! Continue reading

Les hommes ont failli. Il faudrait maintenant des anges pour sauver le monde.

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Je n’aurais peut-être pas du finir le Journal de Junger aujoud’hui. C’était encore une magnifique journée d’été, une belle lumière dorée descendait lentement sur les grands rudbeckias jaunes du Luco et je l’aurais carrément passée en 1944 avec des bombardiers vrombissant dans le ciel comme des rateaux mortels, des déflagrations secouant les maisons, le terrible roulement des bombes incendiaires, des nuages de fumée noire s’élèvant au-dessus de villes en flammes, des vies qui se désagrègent au milieu de décombres fumant qui assombrissent le ciel comme pendant une éclipse…

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Ceux qui font ça ne seraient pas capables de construire un poulailler !

Homs

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Voir ces images rend fou. Dans cette ville — mais ça pourrait être n’importe quelle ville maintenant qu’ils mettent toute la planète à feu et à sang, alors qu’après les guerres du XXe siècle, la main sur la poitrine et des trémolos dans les micros de l’ONU, ils nous avaient juré “Plus jamais ça” ! Tu parles !

Dans cette vieille ville de Homs en Syrie, des enfants riaient et jouaient, les rues sentaient bon les aubergines farcies, des jeunes étudiaient à l’université, d’autres priaient dans une mosquée vert pistache, d’autres encore lisaient des poètes soufi assis sur une chaise sur le pas de la porte… Des familles vivaient… Et là tout est détruit. L’Homme est malade. Je le sais depuis longtemps mais voir ça me rend fou.

Dans ses Cantos , Ezra Pound dit quelque part, à propos des guerres déclenchées les unes après les autres :

“Ceux qui les déclenchent ne seraient pas capables de construire correctement un poulailler”

Il faudrait que des poètes de toutes ces villes détruites en Irak, en Libye, en Syrie écrivent – comme autant de Georges Perec – des “Je me souviens…” qui seraient lus intégralement par Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU, avant chaque séance du Conseil de sécurité. Pour faire honte à tous les diplomates minables. Et leur rappeler tout ce qui a été perdu. Si l’ONU sert, on la garde. Si elle ne sert pas (voir l’image) on la ferme et on vire les diplomates.

Armes chimiques : Moscou et Téhéran doivent être terrorisés

Quant l’échange ne se réduit plus qu’à une dizaine de mots…

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Je relisais le Journal des annnées noires de Jean Géhenno et, le 21 février 1940, il parle des cartes postales réglementaires qui étaient la seule correspondance autorisée entre les deux zones pendant l’Occupation. Parlant de l’avilissement que les Français subissaient alors, il dit :

“Le texte imprimé à l’avance – et que nous avons seulement licence de maintenir ou de biffer selon la circonstance – prévoit qu’un homme peut être “en bonne santé”, ou “fatigué” ou “légèrement ou gravement malade” ou “blessé” ou “tué” ou “prisonnier”.

Voilà pour l’état de la bête. Quant à ses besoins, elle a permission d’avoir “besoin de provisions ou d’argent”. Enfin la Français moyen étant quelquefois, comme on sait, une bête à concours, il est indiqué qu’il peut être “entré à l’école”… qu’il a été “reçu”. C’est tout. Après quoi “Affectueuses pensées. Baisers”. Nous ne pouvons aimer ni plus ni moins.

J’ajoute — c’est toujours Géhenno qui parle — qu’une carte sur deux n’est pas admise. Une carte de Louisette à son grand-père est revenue ce matin. Elle disait bien que j’étais un peu “fatigué” et cela est permis. Mais elle avait ajouté “comme l’an passé” et cela est interdit. Un coup de vrayon bleu signalait sa faute”. (…)

On a de la peine, dans le monde bavard d’aujourd’hui, — là c’est moi qui l’ajoute — à imaginer cette restriction poignante de l’échange réduit à sa plus simple expression avec les êtres les plus chers… J’ai connu, dans une autre guerre, cette réduction des phrases et ce rationnement de la pensée à presque plus rien…

Quelques petits bouts de SILENCE, en vrac… Continue reading

Les grandes Misères…


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CALLOT, Jacques
Scene from the Grandes Misères de la Guerre
1633
Etching
British Museum, London

Une version guerrière de la Bocca Della Verita’

Très souvent les gens vous balancent des powerpoints archi nuls… Aujour’hui, miracle, j’en reçois un avec des photos que je trouve pas mal du tout. Dont celle-ci…

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Je ne peux malheureusement pas citer le nom du photographe car il n’est pas mentionné dans le powerpoint en question. Dommage car je trouve cette version guerrière de la Bocca Della Verita’ à la fois belle, imaginative, forte et pour tout dire : magnifique !

Commencer à faire la liste des villes à protéger !

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Dans le Monde d’avant-hier, une photo des ruines de Hambourg en 1945 me fait penser à cette interview de Stephen Hawkins – le cosmologiste – qui racontait que ses parents habitaient Londres mais qu’il était né à Oxford car sa mère pensait que c’était un bon endroit pour naître pendant la guerre, les Allemands ayant accepté de ne bombarder ni Oxford ni Cambridge, à condition que les Anglais ne bombardent ni Heidelberg ni Göttingen. Sidérant, non ? J’ignorais que de tels arrangements avaient été conclus par nos diplomates mais je propose que, pour la prochaine guerre, on se mette d’accord pour étendre ce principe à toutes les villes. Et on y va carrément: 200 villes d’un côté et 200 de l’autre ! Et on joue la guerre aux échecs ou à la canasta. On s’épargnera ainsi les destructions massives et les morts par milliers (conditions pour que des diplomates à plumes d’autruches planqués à l’arrière pendant la durée du conflit viennent ensuite lever leurs coupes de champagne aux accords de paix). Et si la ville où j’habite n’est pas rayée de la carte je pourrai continuer à voir mes amis ou écouter en silence les variations Goldberg de J.-S.B ou les quatuors de Haydn.

Image : vue de Dresde après le bombardement : manque de pot pour ses habitants (comme pour ceux Hamburg) la ville ne figurait pas sur l’accord de réciprocité! “Comment, mon cher ami, vous n’habitez pas Heidelberg ou Göttingen ? alors boum, pan sur le museau avec nos bombes au phosphore” !

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