La vieille spiritualité chinoise a finalement du bon …

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Tout à l’heure, sur France-Culture, j’écoutais Cyrille Javary parler de la spiritualité chinoise… Et il disait ceci que j’ai trouvé très intéressant : “Les chinois n’ont absolument pas envie de “s’occidentaliser”. Nous devons évidemment faire un effort pour comprendre cette notion de modernité car la “modernité” est une marée qui attaque toutes les cultures – y compris la civilisation occidentale. Continue reading

Comprendre les idéogrammes chinois grâce à des illustrations lumineuses !

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ShaoLan – une jeune chinoise installée à Londres – a eu l’idée brillante d’un projet d’illustrations magnifiques pour aider les gens à comprendre comment étaient formés les caractères chinois. Plutôt que des explications laborieuses, je vous laisse regarder la belle petite vidéo qu’elle avait faite, l’été dernier, pour lever sur Kickstarter des fonds pour son projet. Je trouve son idée tout à fait géniale. Continue reading

“Shanghai Tower” : le vertige à 650 m !

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J’avais déjà signalé les magnifiques photos de Wei Gensheng, le grutier-photographe de Shanghai … Mais là, j’avoue que j’ai eu de la peine à regarder jusqu’au bout tellement j’avais mal dans le ventre à l’idée de les voir tomber. C’est totalement impressionnant. Et ils montent sans la moindre corde…

• La vidéo est ici, sur Youtube

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Wei Gensheng, le grutier-photographe de Shanghai…

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Je suis tombé par hasard ce matin sur ces magnifiques photos de Shanghai prises par Wei Gensheng, le grutier-photographe de la deuxième tour la plus haute qui monde (631 m). Continue reading

Chinois sur la lune : la très légendaire modestie de Montebourg …

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Montebourg est, on le sait, très modeste. Là encore, il a eu la grande élégance de laisser à la Chine le soin d’annoncer elle-même le succès de l’alunissage de sa sonde spatiale. Mais, en privé, il dit à tout le monde : “vous savez, ils n’y seraient pas arrivés sans moi et mon récent voyage à Pékin. Ils allaient se planter mais je suis heureusement arrivé à redresser leurs calculs.” Et — à la question des journalistes : Continue reading

Les savonniers de Chine du Luco commencent à fleurir…

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J’y étais encore tout à l’heure et – évidemment – je suis nostalgique des magnifiques paulownias mauves qui faisaient le charme à cette belle allée… Mais bon, ils étaient malades et comme ils l’avaient annoncé en février de l’année dernière, les jardiniers du Luco les ont remplacés par des savonniers de Chine. Ils sont pas mal non plus, mais ce n’est pas pareil. Et moi j’aime bien quand c’est éternellement pareil :-)

J’aimais les paulownias auquels, parfois, ils accrochaient des petits rubans roses qui frissonnaient dans le vent du soir. Mais bon, là ils sont en train de fleurir et cet automne ils donneront des capsules en forme de lampions, ce qui donnera un petit côté chinois à cette allée…

La même allée Avant/Après : Continue reading

Il faut revenir d’urgence à la sagesse de la Chine ancienne !

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Dans la Chine ancienne, on payait les médecins pour qu’ils vous maintiennent en bonne santé. Et on arrêtait de les payer quand on tombait malade. Normal et gros bon sens : sinon les médecins, qui ne sont pas sots, ont intérêt à ce que vous soyez malades pour continuer d’être payés !

Arrêter de payer les ministres !

Et donc je propose qu’on généralise ce système de l’arrêt du payement quand ça merde.

• En commençant par les ministres : pas le résultat attendu ? Paf, vous n’êtes plus payés ! Aussi simple que ça. Et vous verrez qu’ils se secoueront subitement.

• Pareil pour les gens de Pôle Emploi : vous êtes incapables de placer des millions de chômeurs ? couac ! on ne vous paye plus.

• Pareil pour la télé : vous faites de mauvais programmes qui nous rendent malades ? on vous coupe la redevance !

Etc… Et on étend cette technique de dissuasion massive à tous les secteurs. Vous verrez que, soudain, tout ira beaucoup mieux ! Vous mentez sur votre compte en Suisse ? à la torture ! Vous enregistrez les conversations privées de vos collègues sur votre dictaphone ? A la roue ! Vous avez voté des budgets en déficit et endetté les Français : au piquet !

Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires

Encore un texte que je copie-colle directement (tiré du bouquin de Cyrille J.-D. Javary) :

“La chauve-souris est un petit animal très mal considéré en Occident où il a plutôt une réputation proche de celle des vampires et autres fantômes nocturnes buveurs du sang des vivants.. Mais en Chine, son image est complètement différente. Non seulement la chauve-souris est fort appréciée mais on voit son image représentée partout comme motif décoratif, sur les cartes de voeux ou les images de bon augure dont on décore les maisons. Elle est au sens propre un porte-bonheur. Mais si c’est un talisman apporteur d’abondance c’est parce que c’est un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires et d’entrecroisement du Yin et du Yang, condition fondamentale de l’émergence de la vie et donc du bonheur. C’est en effet un mammifère qui vole comme les ovipares ; il vit la nuit et dort le jour, mieux même, lorsqu’il dort, ce n’est pas étendu horizontalement sur la terre mais pendu en l’air la tête en bas”.

Pour tout vous dire je n’ai jamais trop apprécié les chauves-souris, mais ce petit texte me les fait aimer un peu plus. Ce côté “condensé d’entrecroisement des contraires” me convient assez bien : moi aussi je marche sur la tête, dort debout, bat des ailes en pure perte à mon bureau et dans la vie, et émet des cris stridents (des ultra rayonnements de détresse) que personne d’autre n’entend que les anges qui ont bien d’autres choses à faire sur la courbure de la galaxie :-)

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Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Mes petites soeurs les hirondelles

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Autres oiseaux…
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !

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Chauve-souris attribuée à Albrecht Dürer (1471-1528). Aquarelle et encre noire sur papier, 13,2 x 20,3 cm Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, Besançon.

Les simples de Dürer
Des ailes de Dürer
Le magnifique lièvre de Dürer…
Les petits tonnelets de Dürer

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Autres textes de Cyrille Javary :
cadeau de mariage
la boussole
la différence entre pluie et la neige

Fabienne Verdier et Jan van Eyck

Verdier_Vierge_VanEyck

Ce post n’a aucune actualité, mais comme je parlais récemment à Odile C. du travail de Fabienne Verdier, je me dis que le plus simple est peut-être de mettre ici une courte vidéo où elle parle de son travail sur La Vierge au chanoine van der Paele de Jan van Eyck (un court extrait de 3’48”). Comme ça ceux qui ne la connaissent pas verront et comprendront ce qu’elle fait. Mais le mieux est évidemment d’aller sur son site

Sur Fabienne Verdier et la transmission du Silence

La Vierge au chanoine Van der Paele est une huile sur panneau en chêne de Jan van Eyck dont la réalisation débute à l’automne 1434 et qui est achevé en 1436.

Terrasses en Chine (Yunnan) …


Photograph by Thierry Bornier

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La différence entre la pluie et la neige…

ideogrammes
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Oui, je sais, il fait un soleil magnifique aujourd’hui ; mais je poste tout de même ce petit texte car si je ne le fais pas, d’ici cet automne j’aurai complètement oublié.

A gauche, l’idéogramme chinois représentant la pluie : des gouttes (les quatre petites virgules) tombant de la voûte céleste (le “U” renversé traversé d’un “T” qui indique le mouvement vers le bas.

Comme la pluie, la neige tombe également du ciel. Mais à la différence de celle-ci, la neige a une particularité qui enchante les enfants : on peut prendre les flocons/gouttes avec les mains et en faire des boules de neige.

C’est la raison pour laquelle l’idéogramme neige (xué), s’écrit avec le signe de la pluie, simplement particularisée avec une des formes du signe de la main. C’est beau non ? En tout cas moi je trouve cela magnifique ! Je vois les enfants se lancer les boules de neige avec leurs moufles rouges, mais bon, j’ai beaucoup d’imagination :-).

Tous les textes que je poste ici sur les idéogrammes chinois sont tirés du livre passionnant de Cyrille J.-D. Javary, “100 mots pour comprendre les Chinois“, chez Albin Michel, 16 euros.

Je dois avoir une boussole chinoise dans le coeur
Cadeau de mariage occidental ou liasses de billets chinoises

Cadeau de mariage occidental ou liasses de billets chinoises ?


Je continue à lire Cyrille Javary où j’apprends vraiment plein de choses. Notamment sur la forme que prend, en Chine, la coutume universelle du cadeau de mariage. Et que je vous copie-colle ici pour vous en faire profiter. “On n’offre pas un cadeau choisi sur une liste de mariage mais on offre une importante somme d’argent. Et ce cadeau n’est pas transmis discrètement sous forme d’un chèque glissé dans une enveloppe, mais remis directement lors du banquet de noces. Cela se passe d’une manière tout à fait ouverte et conviviale : entrant dans la salle de banquet, les invités se présentent à une table derrière laquelle sont assises trois personnes à qui ils remettent leur cadeau en liasses de billets les plus neufs possible. Une première personne compte les billets, puis en annonce à haute voix le montant qui est soigneusement noté sur un véritable livre d’or par la deuxième personne pendant que la liasse est recomptée par la troisième, et l’on passe à l’invité suivant. Etonnant usage, impensable en Occident où domine plutôt l’habitude de traiter l’argent avec une discrétion qui peut aller jusqu’à l’hypocrisie.
Les Chinois s’étonnent de notre étonnement. Ils pensent qu’il n’y a rien à cacher quand on investit dans les générations futures et que c’est une bonne chose qu’un jeune couple puisse disposer d’une somme d’argent permettant de démarrer dans la vie”.

Cyrille J.-D. Javary, “100 mots pour comprendre les Chinois“, Albin Michel, 16 euros.

Pourquoi la boussole chinoise n’indique-t-elle pas le nord ?
La différence entre la pluie et la neige

Je dois avoir une boussole chinoise dans le coeur

Pourquoi la boussole chinoise indique-t-elle le sud et non pas le nord ? Je suis en train de lire le sinologue Cyrille J.-D. Javary et sa réponse que je vous copie-colle ici est évidemment que “les boussoles n’indiquent ni le nord ni le sud car leurs aiguilles ne font rien d’autre que se placer parallèlement au flux magnétique terrestre qui court d’un pôle à l’autre. Ce ne sont donc pas les lois de la physique qui décident de valoriser l’une ou l’autre direction, mais les choix de la culture. La civilisation européenne a choisi de privilégier le nord, sans doute à cause des premiers navigateurs à qui le repère de l’étoile Polaire était familier. Mais pour les Chinois, le nord est la direction à laquelle il est préférable de tourner le dos; le sud, en revanche celle vers laquelle il est souhaitable de se diriger et d’installer la grande porte de sa maison”.

Que fait-on quand on a perdu le nord comme moi ? On rêve évidemment de filer dans le sud au soleil pour y installer la grande porte de sa maison. Je dois avoir une boussole chinoise dans le coeur !

Filer dans le sud avec les cigognes
Au Nord de l’Avenir…

Au-dessus de l’image de Owain Kirby, les trois idéogrammes de la boussole (zhi nan zhen) signifient littéralement l’aiguille (zhen) indiquant (zhî) le sud (nan)

Les lendemains de grands soirs, ça va faire mal !

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Il faut que j’arrive à me calmer… Tout à l’heure, fringale de patates grillées. Et paf, plus d’ail ! Donc je descends au coin de ma rue, je demande une tête d’ail, il m’en vend trois et quoi moi vois-je sur l’étiquette ? Que l’ail ne vient plus de chez nous mais de Chine. On est tellement nuls dans ce pays que, même avec le prix du kérozène et les droits de douane, ça coûte encore moins cher de faire venir l’ail en avion que de le cultiver nous-même ! J’allucine carrément. Peut-être que les cultivateurs français gagnent assez d’argent en ne faisant rien d’autre que toucher les subventions européennes ? En tout cas les chinois sont plus malins que tous ces ânes que j’entendais chanter l’Internationale dans l’avenue tout à l’heure. En attendant que l’inter-na-tiona-a-a-ale devienne le genre humain, les chinois bossent comme des petites fourmis et se font leur beurre. Le réveil sera dur pour ceux qui aujourd’hui chantent l’inter-na-tiona-a-a-ale quand, après le textile et l’électronique, les chinois mettront à faire des bagnoles ou du Beaujolais nouveau ! Là ça fera mal.
PS. Laurent que je viens d’appeler me dit que les herbes de Provence viennent de Bulgarie et de Roumanie.

Au-delà de 10, je ne sais pas comment on fait…

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Amusante cette petite vidéo de Thomas Crampton sur la manière chinoise de compter avec ses doigts. Je ne sais pas si ça peut vous servir mais bon, elle est ici. Moi pas besoin, j’ai mon petit boullier…

“J’ai honte”, ça se dit comment en chinois ?

dalai-lama-hand.jpeg Bon, je ne suis pas idiot, et je sais bien qu’il y a des intérêts économiques puissants et sûrement beaucoup d’argent à faire avec la chine. Mais tout de même, on aurait pu en faire un petit peu moins dans le genre énorme pour accueillir Hu Jintao, le président de la République populaire de Chine : les champs Elysées, l’assemblée nationale etc, c’est carrément excessif quand je pense à la façon dont on [n’] accueille [pas] le Dalaï Lama quand il vient à Paris. Il y a des tapis rouges partout et ils ont même osé illuminer la Tour Eiffel en rouge ! Bref je ne suis pas très fier de nos dirigeants – pas seulement français mais occidentaux ; tous dans le même sac de l’indignité. C’est dur d’avoir honte tout le temps. Et en plus ce soir ils bloquent le quartier parce que le fameux Hu Jintao dîne au sommet de la Tour Eiffel. Je vois rouge !

Lithographie de la main droite du Dalai Lama. Photo Marco Bodenstein, Marco-VR, Bonn

On exige du sanglier, de la loutre et du blaireau dans Photoshop !

pinceaux.gif Dans son livre “Passagère du silence”, Fabienne Verdier, décrit ses pinceaux de calligraphe: “certains utilsent la barbe de rat ou le poil de renard… Le langhao est souvent choisi pour la peinture de paysages. Le poil de lièvre est aussi le plus raide et le plus nerveux pour les traits vifs. Le poil de mouton est très robuste mais l’un des plus difficiles à manier à cause de son excessive souplesse. Le yanghao ou chèvre grise se prête à la peinture des fleurs et des oiseaux. Le poil de sanglier, de loutre et le shihuanbi, blaireau au poil dur, la martre, de préférence celle d’hiver, sont également prisés pour leur touche vigoureuse. Du cochon, mais aussi du crin de cheval, plus rude, permettent un fort encrage pour les grandes toiles. Je trouvais aussi des pinceaux en plumes de coq, de faisan ou de duvet de canard, appréciés pour les lavis. Les manches étaient de différents diamètres et longueur. Ainsi, avec un long manche, est-il plus facile de peindre le coeur des iris ! Il en existait en corne de buffle, en bois vernis, en tige de bambou aux nœuds bien choisis”.
J’ai l’air de quoi, moi, avec mon pauvre pinceau de Photoshop ! Ma grand mère disait : “on n’a que ce qu’on mérite”

pinceaux

Liens :

La tranmission du silence
Les pigeons musiciens de Pékin
Exposition le 4 novembre

Les pigeons musiciens de Pékin

‘>pigeons_chine01.jpg “La grande récréation de ma vie à Pékin était d’aller retrouver mon ami Lan pendant les week-ends. Nous nous promenions, un dimanche matin, quand il me demanda: “Entends-tu ?”. Je ne percevais que le brouhaha des embouteillages. “N’entends-tu pas les pigeons musiciens dans le ciel ?”. Je levai la tête et ne vis rien. “Allons prendre une tasse de thé et je te raconterai”. On trouve à Pekin, des amateurs qui élèvent des pigeons musiciens et leur attachent aux pattes de minuscules sifflets. Quand les cages sont ouvertes, ils s’envolent et, selon la forme des sifflets et les arabesques qu’ils dessinent dans le ciel, se crée une véritable symphonie où chacun joue sa partition ; chaque sifflet est comme un instrument de musique différent. Ces chefs d’orchestre-éleveurs de pigeons organisent des concours récompensant celui qui possède la formation d’oiseaux capable de produire les plus jolies mélodies.” Par la suite, j’ai reconnu ces sons particuliers parmi le bruits de la ville et, chaque fois que je les entendais, je m’arrêtais pour les écouter.
Lorsque je visitai la maison-musée du grand acteur d’opéra Mei Lanfang, j’appris que lui aussi élevait des pigeons, mais dans un autre but : il suivait leurs évolutions dans l’air pour entraîner les muscles de ses yeux car un acteur doit exprimer les sentiments avant tout par les jeux du regard”.

Extrait de “Passagère du Silence” de Fabienne Verdier.

La tranmission du silence
On exige du sanglier, de la loutre et du blaireau
Exposition le 4 novembre

La transmission du silence…

fab_verdier2.jpg Beau livre de Fabienne Verdier qui raconte la folie qui, au début des années 80, l’a poussée à tout quitter du jour au lendemain pour aller chercher seule, au fin fond de la Chine, auprès des derniers maîtres de la calligraphie, les secrets oubliés de cet art dévasté par la Révolution culturelle communiste. Après des mois et des mois de refus de lui enseigner ses secrets, le maître Huang Yuan finit par frapper un matin à sa porte avec, sous le bras, les rouleaux de papier calligraphiés qu’elle déposait elle-même, inlassablement, tous les jours, devant la porte du maître pour obtenir enfin son enseignement. “Je te préviens, lui dit-il, si tu commences avec moi, c’est dix ans d’apprentissage à mes côtés ou rien du tout.”. Fabienne restera dix ans… Magnifique récit qui conduit sans bruit d’une rive à l’autre de la vie.

Fabienne Verdier dédicacera ses livres mardi 4 novembre de 16h à 18h à la Galerie Ariane Dandois, place Beauvau, 92 rue du Fbg St Honoré.

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Le vieux maître calligraphe et le mainate …

Dans “Passagère du silence”, son dernier livre, Fabienne Verdier raconte comment, pour rompre sa solitude, elle décide un jour d’acheter un oiseau qui lui tiendrait compagnie.

” Il te faut un oiseau qui parle” lui dit le marchand. J’en ai un qui sait déjà dire “entrez”, “qu’est ce que tu fous, espèce d’abruti” car il a une fâcheuse tendance à préférer l’argot..

Quand il m’annonça la somme – l’équivalent de ma bourse du mois – je lui ai répondu que c’était trop cher. Il finit par me consentir une réduction et je suis repartie avec mon mainate. (…)

Je ne voulais pas laisser mon oiseau toujours enfermé dans sa cage et, le soir, tandis que je faisais mes exercices, je le laissais sortir. J’avais remplacé le bureau par une longue planche sur trétaux, un bout était réservé à la calligraphie, l’autre à la gravure sur bois. J’avais installé des tas de ficelles au plafond pour faire sécher mon linge et mes exercices sur papier. C’est au milieu de ce capharnaüm que s’ébattait mon oiseau.

Au début, il ne parlait pas mais, au bout de trois semaines, un jour que quelqu’un frappait à ma porte, il lança : “Entrez !”. J’étais folle de joie ! J’ai commencé à lui parler, je le chouchoutais. Un soir, tandis que je copiais une estampe, il se mit à marcher sur ma pierre à encre, pris de l’encre dans son bec et la projeta sur ma table de travail en me traitant d’imbécile. Je faillis tomber à la renverse. Ce fut le plus beau jour de ma vie !

Il marchait sur la table, les ailes légèrement déployées, croisées dans le dos comme s’il faisait les cent pas pour réfléchir, puis, tout à coup, me regardait et lançait : “espèce d’abrutie !”. Il était très fort en insultes. Du tac au tac je lui répondait en l’appelant : Bendan, (Tête d’oeuf), une expression chinoise qui veut dire idiot. Je me promenais avec lui dans le jardin. Le dimanche, je retrouvais le vieux cuisinier qui venait lui aussi sortir son mainate. Chacun accrochait son mainate à l’ombre, puis nous bavardions.

J’ai aussi piqué de grosses colères contre lui. Son grand plaisir était de prendre son envol et de percer en ligne droite les calligraphies sur papier suspendues au plafond. Ou bien il trempait ses petites pattes dans l’encre et allait signer mes oeuvres de son empreinte. C’était un oiseau extraordinaire. Il m’a fait énormément de bien et nous avons vécu des jours heureux ensemble.

Un matin que j’étais en train de travailler avec l’oiseau, on frappa à la porte. L’oiseau cria : “Entrez !”

Comme il trouvait sans doute que je n’allais pas assez vite ouvrir ou que le visiteur restait sourd à son invitation, il insista en répétant : “Entrez, idiot, entrez !”.

J’ouvris la porte : c’était le maître Huang Yuan avec mes rouleaux de papier calligraphiés sous le bras”.

C’est ainsi, triomphalement accueilli par le mainate, qu’après des mois et des mois de refus de lui enseigner ses secrets, le maître Huang Yuan entra chez Fabienne Verdier avec, sous le bras, les rouleaux de papier calligraphiés qu’elle-même avait déposés, inlassablement, tous les jours, pendant des mois et des mois, devant la porte du maître pour obtenir enfin son enseignement.

“Je te préviens, lui dit-il, si tu commences avec moi, c’est dix ans d’apprentissage à mes côtés ou rien du tout…”. Elle resta dix ans !

Fabienne Verdier. “Passagère du Silence”. Albin Michel.
292 p. 21,50 euros.

Les pigeons musiciens de Pékin
On exige du sanglier, de la loutre et du blaireau
Exposition le 4 novembre

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