Mais que faisait donc Apollinaire le 26 mars ?

Apollinaire

J’aime toujours bien voir ce que font les gens importants (pour voir si ce que je fais moi-même est à la hauteur ou pas (1). Et comme la BN a publié récemment les carnets et agendas de Guillaume Apollinaire pour l’année 1917 (Rel. chagrin marron, format : 52 f. – 80 × 58 mm), je suis allé jeter un oeil à la date d’aujourd’hui (26 mars), juste pour voir ce qu’Apollinaire avait fait pendant que je me balladais avec Odile au Luco.

Bon, d’abord il n’y a pas noté grand chose (mais il écrit les autres jours et donc c’est peut-être normal). Mais ce que je ne trouve pas normal c’est que d’abord on peut vérifier que les pages se suivent bien (les folios de la BN sont très soigneusement numérotés : f28, f29, f30 et f30) et qu’ensuite on voit très bien – en transparence légère – les numéros des rectos sur les pages de gauche)… Donc les folios se suivent et les dates se succèdent bien du lundi 12 mars au jeudi 22 mars… Mais, après le jeudi 22, badaboum, ça saute directement à vendredi 30 … Donc je ne pige pas ce qui s’est passé dans le carnet d’Apollinaire. Et je ne saurai jamais ce qu’il a fait le 26 mars. Mais bon, il y a tellement de choses que je ne pige pas qu’il faut que j’arrête de chercher à comprendre. N’importe comment personne ne l’a remarqué.

(1) Que faisait Rilke entre le 2 et le 23 février ?


Les facsimile du carnet sont là

Le rouge-gorge de Milosz frappe à la fenêtre gelée…

Deux phrases trottent dans ma tête en ce moment. Similitude ?

La première de Oscar Vladislas de Lubicz Milosz :

Si l’impossible attendu si longtemps

Frappait à la fenêtre, comme le rouge-gorge au coeur gelé,
Qui donc se lèverait ici pour lui ouvrir ?”

et la seconde de Rainer-Maria Rilke :

Si je criais,
qui donc entendrait mon cri parmi les hiérarchies des anges ?”

Wer wenn ich schriee…
Le poème de Milosz en entier
Le canari de Milosz
Le canari de Kazantzaki


Oui, je sais, l’image et la phrase de Milosz ne sont pas vraiment de saison mais peu importe : toutes les saisons sont belles !

Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard

leonard_oiseaux.jpg

J’aime bien ces oiseaux qui surgissent dans les marges et s’échappent des phrases de Léonard de Vinci….

J’avais déjà vu passer un lapin dans une phrase de Gustave Roud…


Et cette écriture “en miroir” de Léonard me fait penser à cette lettre dans la Correspondance de R-M. Rilke :

“J’imagine un homme, la plume à la main, qui au lieu de suivre les exercices de cette plume sur son papier, aurait toujours fixé l’autre bout de son porte plume, celui qui sous son nez, dans l’air, reproduit en sens inverse les mouvements de son écriture sans, cela se comprend, laisser la moindre trace”. (…)

Etant moi-même dramatiquement gaucher et dyslexique je sais ce que c’est que tout faire à l’envers (y compris ma vie)… Quand j’étais petit j’écrivais tout à l’envers : Ciré au lieu d’Eric, ce genre de trucs… Sur les ardoise à l’école, je tenais la craie avec la main gauche : plus j’avançais vers la droite, plus j’effaçais ce que j’écrivais avec ma paume. Quand j’arrivais au bout de la ligne, toute la phrase écrite à la craie avait évidemment disparue. Les autres levaient leurs ardoises avec des phrases bien écrites : moi c’était une poudre de talc blanc illisible qui me tombait sur la tête comme de la cendre… J’ai grandit depuis, mais je ne laisse guère plus de traces : tout disparait au fur et à mesure que j’avance. Comme avec Alzheimer et la mémoire. Tout s’efface peu à peu. Si au moins il restait quelques oiseaux au bout des phrases !


Mes petites soeurs les hirondelles
Les oiseaux jouent à chat perché
Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !
Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires
—-
Le vrai visage de Léonard de Vinci

L’oiseau qui avait lu Cioran

oiseau_chaise_02_cut.jpg

Bon c’est vrai je déprime un peu en ce moment. Et en tombant sur ce dessin que j’aime bien, je me suis demandé un instant si ce n’était pas après que je sois tombé définitivement de ma chaise, ou de mon blog … Et il ne resterait en vie que l’oiseau qui dirait…. qui dirait quoi d’ailleurs ? Je ne sais pas trop parce que je ne trouve que des phrases d’oiseaux qui auraient lu Cioran ou des haikus japonais, ou qui auraient suivi les enseignements de bouddhistes tibétains, ou partagé un jour l’appartement de Woody Allen… J’ai bien en tête une liste de phrases qu’il pourrait dire (s’il avait lu ce que j’ai lu bien sûr) mais je ne sais pas laquelle. Alors les voilà en vrac :

– …il est évident qu’ici bas je ne suis pas dans mon élément (Cioran)

– …de temps en temps les nuages me reposent de tant regarder la lune (Bashô)

– …Tchip tirlouit tchioupch tirlit tirlouit…

– …Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles… (Rilke)

– …Le voleur a tout emporté, sauf la lune, qui était à ma fenêtre (Miyalori)

– …Alzheimer était une vraie merde ; je suis même étonné qu’Eric ait tenu aussi longtemps

.
Autres oiseaux…
Des ailes pour planer au-dessus de la vie
Mes petites soeurs les hirondelles
Milosz ne parlait pas seulement aux oiseaux ; il leur chantait du Wagner !
Les oiseaux qui surgissent des phrases de Léonard
Les autruches sont des oiseaux politiquement très avancés
L’oiseau qui avait lu Cioran
Le canari de Milosz s’est envolé !
Un extraordinaire condensé d’harmonisation des contraires

Des ultra-rayonnements de détresse qu’entendent les anges

rembrand_yeux_gd.jpg
Rembrandt, Autoportrait, 1630, eau-forte et burin, 51 x 46 cm, détail (Amsterdam).

rembrandt__yeux_mini.jpg J’ai reçu de Hollande un magnifique CD de musique baroque, le dernier enregistrement de Fred, un de mes amis luthiste d’Amsterdam. Sur l’enveloppe, il y avait l’autoportrait de Rembrandt. J’ai regardé pendant un long moment ces yeux étonnants et pensé à cette phrase de René Char (Feuillets d’Hypnos, 1943-1944) :

guillemets_noirs-TNR

Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri

Mes yeux poussent peut-être un cri identique en ce moment mais heureusement les gens ne les entendent pas. Et n’importe comment ça ne servirait à rien : la détresse d’alzheimer, seuls quelques anges pourraient l’entendre…et encore. Mais je ne peux pas en vouloir aux anges : ils ont beaucoup trop à faire pour l’instant sur la bordure de la galaxie !

Rilke parle de cette détresse dans sa Correspondance :

Enfin, il y a sûrement un degré de détresse qu’entendent les anges, des ultra-rayonnements de détresse que les humains ne perçoivent pas, qui traversent leur monde épais et ne peuvent faire retentir qu’au-delà, dans la lumière d’un ange, un violet sourd, douloureux, comme l’améthyste dans sa géode.

la détresse que seuls quelques anges pourraient entendre

Allez, camarades, encore un petit effort pour aimer le gris !

taureau1.jpg
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais je trouve qu’en ce moment les vieux fanatismes reprennent du poil de la bête : les idéologies, les dogmatismes, les militantismes, les extrémismes … tous ne nous proposent qu’une pitoyable alternative entre le pire et le moindre mal. Si encore ils nous proposaient de tirer un peu vers le bien, ce serait déjà mieux. Mais non, ils se contentent du “moindre mal” et font claquer leurs drapeaux aux extrêmes : soit tout rouge, soit tout noir ; fascistes tous les deux n’importe comment. Entre les deux, ils sont aveugles : comme les taureaux, il faut absolument leur agiter des torchons sous les yeux, car ce sont les couleurs tranchées qui les font vivre. Et nous tuer par la même occasion car les guerres civiles, les terrorismes et les fanatismes sont tous le fait de gens qui s’obstinent à penser la morale en termes manichéens, prêts à vous trancher la tête au nom de ces couleurs tranchées précisément. Ce week end, sur France-Culture, j’entendais cette citation d’Adam Michnik : “Le gris est beau”. Eh bien j’approuve ! Dire “le gris est beau” c’est ouvrir un nuancier beaucoup plus vaste et subtil que leur monochromes rouges de sang. Allez, je vous laisse, marre des idéologies, je retourne à ma Correspondance de Rilke… Dans une lettre à Clara datée du 14 septembre 1905, Hôtel du quai Voltaire, il écrivait :

“… il me faut aller sur le balcon pour ne pas manquer
l’avènement du gris”.

Je trouve que c’est une phrase magnifique, surtout en ce moment où le gris est en train de s’installer majesteusement au dessus de Paris. Combien de gens à votre bureau vous ont dit aujourd’hui : “il faut aller sur le balcon pour ne pas manquer l’avènement du gris”. Pas beaucoup n’est ce pas ?

Il y a bien des lapins au Musée Rodin

Je croyais pourtant avoir lu toute la correspondance de Rainer Maria Rilke. Eh bien non. Dans un mail (envoyé à 1h du matin), Isa me signale qu’en découvrant le jardin de l’hotel de Biron, Rilke avait écrit en 1908 a Rodin : Vous devriez, cher grand ami, voir ce beau batiment. Ses trois baies donnent prodigieusement sur un jardin abandonné, ou l’on voit de temps en temps les lapins naifs sauter a travers les treillages comme dans une ancienne tapisserie.

lapin21.jpg

Ce matin à l’aube je suis allé faire cette photo ; pas très bonne car pas assez de lumière. Mais il y a donc bien des petits lapins au Musée Rodin. Et du serpolet. Et on se croirait dans une tapisserie de la Dame à la Licorne. C’est fou se qu’on découvre quand on se lève tôt ! Merci Isa :-)

Petit haïku de saison …

chat_011.jpg

C’est marrant, l’année dernière (comme aujourd’hui le vent était froid et les feuilles commençaient à tomber), j’avais mis ce haïku d’Issa :

Dans le champ près du portail,
Agaçant le chat
Tombent les feuilles mortes

Et ce soir je tombe sur une lettre dans la Correspondance de Rainer-Maria Rilke disant ;

“ce chat que j’ai observé hier boulvard Montparnasse une feuille tombait, le chat commençait à jouer avec, puis il restait assis coquettement, plein d’attente en quétant l’arbre de son rond regard vert pour qu’il lui envoie d’autres feuilles, tout disposé de jouer avec l’automne même”.

J’aime ce “jouer avec l’automne même”…

[R-M. Rilke, lettre du 21 oct 1913, Paris 17 rue Campagne Première)

Et puisque je suis dans l’automne – et les citations – voici ce que dit Cioran dans ses Carnets à la date du 29 octobre 1964 :

“Brouillard légèrement doré, et ces feuilles couleur de cuivre, au Luxembourg. Mais l’automne en moi est plus avancé encore”.

J’aime ce “l’automne en moi est plus avancé encore”… J’ai la même impression.

Wer wenn ich schriee …

sixtine_anim3.gif

Wer wenn ich schriee,
hörte mich denn aus der Engel Ordnungen ?

(Si je criais, qui donc entendrait mon cri parmi les hiérarchies des anges ?) Première phrase de la première Elégie de Rainer Maria Rilke. En ce moment, je pense la même chose. Dieu m’a abandonné.

[pour les impatients, la petite anim rejoue toutes les dix secondes] ;-)

Les ultra rayonnement violets de détressee

“Si tout ce qui est proche vous semble loin” …

msn_solitude.jpg Je reconnais qu’il y a des solitudes plus graves que la solitude numérique mais bon, depuis qu’on a mis mes petits copains derrière un firewall gouvernemental, je n’arrive plus à les joindre ; plus de MSN, plus de contact : sorte de Guantanamo numérique, quartier de haute sécurité avec isolement maximum. Ah, c’est dur la vie numérique… Marshall McLUHAN a écrit quelque part que “le raz de marée d’information électronique, instantanée et planétaire, isolait les individus.” – Possible. Mais le contraire est aussi vrai : l’absence d’information électronique isole aussi. Mais je ne désespére pas : ils ont réussi à faire tomber le mur de Berlin, ils finiront bien par faire tomber les FireWalls du gouvernement ! Y a pas que les murs de briques dans la vie. Peut-être ils vendent même des pieds de biche numériques au Bazar de l’Hôtel de Ville ?

A propos de solitude, cette belle phrase de R-M. Rilke : “Aussi, cher Monsieur, aimez votre solitude, supportez-en la peine : et que la plainte qui vous en vient soit belle. Vous dites que vos proches vous sont lointains ; c’est qu’il se fait un espace autour de vous. Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles, qu’il est déjà très étendu”. .

Wer wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel Ordnung

angelico_marco10.jpg J’ai remarqué que lorsque la vie était trop difficile – depuis alzheimer notamment mais déjà avant – , il y avait peut-être trois choses qui me procuraient une paix intérieure quasi instantanée et une fraîcheur presque immédiate : le chant des merles, certaines pièces de Bach et cette Annonciation de Fra Angélico, en haut de l’escalier du couvent San Marco à Florence… Je l’appelle souvent intérieurement à la rescousse quand les choses vont mal et que je m’approche de ce degré de détresse dont parle R-M. Rilke : “un degré de détresse qu’entendent les anges, des ultra-rayonnements de détresse que les humains ne perçoivent pas, qui traversent leur monde épais et ne peuvent faire retentir qu’au-delà, dans la lumière d’un ange, un violet sourd, douloureux, comme l’améthyste dans sa géode”…
Quand on entend ces ultra rayonnements violets de détresse c’est évidemment que les choses ne vont plus très bien ici bas. On sait qu’on aura beau crier intérieurement, l’aide ne viendra de nulle part, comme dans la première phrase de la première Elégie de Duino : “Wer wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel Ordnungen” ? (Si je criais, qui donc entendrait mon cri parmi les hiérarchies des anges ?).

L’Annonciation en entier.

angelicomarco500_347.jpg

En y réfléchissant, je me rends compte qu’il n’y a pas que ces trois choses qui me calment. Il faut que j’ajoute les hirondelles dans les ciels d’été, les cloches en italie, l’Aria des Goldberg, la lumière des petits matins d’été, la couleur des champs de blé dans la lumière du soir et … bon il va falloir que je fasse une liste exhaustive. J’avais commencé la liste de petits bonheurs mais il faut que je la complète sérieusement.

Wer wenn ich schriee…
Peut-être que Dieu en a assez…
.
D’autres anges…
L’ange de l’histoire de Klee
J’aime bien ces anges…
L’ange voleur d’étoiles,
Sûrement j’exagère
L’ange des ruines de Dresden…
J’aimerais bien que Dieu m’accorde 3 secondes !
Pourquoi Fra Angélico a t-il peint ce trou ?
Des ailes (d’ange?) pour planer au-dessus de la mort …

Le souci de discrétion existentielle poussé à l’extrême…

vaneyckpommesrilke.jpg

A propos de ma réflexion d’avant-hier sur mon voisin de volet, une amie me dit que je pousse un peu loin la tentation de disparition. Je ne le voyais pas comme ça mais comme un immense besoin de me reposer un peu ! Mais bon, cela me fait penser à ce texte où Rainer maria Rilke pousse lui l’ambition existentielle jusqu’à n’être même pas une petite pomme, mais l’ombre imperceptible de cette petite pomme ! Voici ce qu’il écrit :

(…)” Je m’absorbais dans la contemplation de la planche étalée sous mes yeux. C’était la Vierge de Lucques de Jean Van Eyck, la gracieuse Vierge au manteau rouge tendant à l’enfant assis, très droit, et qui téte avec gravité le sein le plus charmant.

Et tout à coup je désirais, je désirais, oh ! désirais de toute la ferveur dont mon cœur a jamais été capable, désirais d’être – non pas l’une des petites pommes du tableau, non pas l’une de ces pommes peintes sur la tablette peinte de la fenêtre – même cela me semblait trop de destin… Non :

devenir la douce, l’infime, l’imperceptible ombre de l’une de ces pommes

Tel fût le désir en lequel tout mon être se rassembla. Et comme si un exaucement était possible, ou comme si ce souhait à lui seul accordait à l’esprit une pénétration miraculeusement sûre, des larmes de reconnaissance me vinrent aux yeux” (…)

Madonne de Lucques, Jan van Eyck. (détail), 1436. Huile sur bois. Stedelsches Kunstintitut, Frankfurt am Main.

Agrandir à 200%

Autres disparitions…
Disparitions des boites aux lettres…
The Alphabet Fades Away
La disparition de l’écureuil
Disparition du peintre
Disparition des abeilles

Qu’allez-vous faire entre le 2 et le 23 février ?

rilke

Entre le 2 et le 5 février 1922, Rilke compose vingt-six sonnets qu’il annonce ainsi le 7 à Madame Knoop :
“En quelques jours d’immédiat saisissement alors que je pensais m’attaquer à tout autre chose, ces sonnets m’ont été donnés”. Ce même 7 février, Rilke écrit la Septième Elégie; Entre le 7 et le 8, il écrit la Huitième. Le 9, les derniers vers de la Sixième et la Neuvième. Le 11, il achève la Dixième : “A l’instant, ce samedi 11, vers les six heures du soir, elle vient d’être achevée ! Le tout en quelques jours; ce fut une tempête qui n’a pas de nom, un ourgan dans l’esprit – comme autrefois à Duino; tout ce qui est “fibre et tissu” en moi, a craqué, quant à manger durant ce temps, il ne fallait pas y songer, Dieu sait, qui m’a nourri. Mais dès lors, cela est. Est. Est. Amen. C’est donc pour cela seul que j’ai subsisté, envers et contre tout ! Et c’était bien cela qui faisait défaut. Rien que cela…”. Et l’élan se prolonge : le 14, Rilke compose une nouvelle Elégie, dite des Saltinbanques. Cette fois l’ensemble est clos. Entre le 15 et le 23 il compose les vingt-cinq sonnets la seconde partie des Sonnets à Orphée …

Bon, je ne sais pas ce que vous ferez entre le 2 et le 23 février. Mais moi je ne vous le dis pas; j’ai bien trop peur d’avoir honte !

Que faisait donc Apollinaire le 26 mars ?

tim_rilke.jpg

Viendront des jours de ténèbres et de confusion…

lapinslicorne1.jpg

“Je sais, tout ne restera pas hymne en moi, comme ces derniers jours ;
viendront des jours de ténèbres et de confusion. Mais j’ai bien au fond de moi un petit jardin entouré de solennité où aucune angoisse ne peut avoir accès. Et si tu veux, nous étendrons chaque année les dimensions de ce jardin”.

Rainer Maria Rilke.

Quelques étoiles…

Etoiles…

tim_rilke2.jpg

“Si tout ce qui est proche vous semble loin,
c’est que cet espace touche les étoiles”

Rainer Maria Rilke

Etoiles…

roud1.jpg “Le ciel est bien plus près de moi que les hommes. Un peu plus haut que la branche extrême du noyer, à peine. Avec une perche un peu plus longue, comme on gaule les noix, je ferai choir dans l’herbe les grappes de constellations plus tièdes que les vers luisants d’été. Altaïr, je te cueille comme une pomme, comme une perle. Altaïr, Aldébaran, Orion, Andromède et sa pâle nébuleuse semblable à la chandelle qui brûle derrière une feuille de corne, j’ose enfin vous nommer de vos noms de toujours, vous que je reconnais depuis que j’ai cessé de connaître les hommes, de me connaître”. (…)

Palinodie, Gustave Roud.


Etoiles dans la Divine comédie…

Dans la Divine Comédie de Dante, il y a trois Chants : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis.

à la fin de l’Enfer, le dernier mot est Stelle, Étoile.

à la fin du Purgatoire, le dernier mot est Stelle, Étoile.

à la fin du Paradis, le dernier mot est aussi Étoile : Stelle…

Voici les textes pour que vous ayez les mêmes étoiles que moi dans la tête :

Inferno XXXIV :
E quindi uscimmo a riveder le stelle.
Et là fut notre issue, pour revoir les étoiles

Purgatorio XXXIII :
puro e disposto a salire a le stelle.
Pur et tout prêt à monter aux étoiles.

Paradisio XXXIII
l’amor che move il sole e l’altre stelle.
l’Amour qui meut le soleil et les autres étoiles.

Ce n’est pas parce que j’habite rue de l’Etoile filante mais c’est drôle, depuis des années je ne peut pas lever la tête vers le ciel sans y voir aussi briller ces étoiles-là. Et, en plus, (le monde ne me donne pas raison, je sais) je suis persuadé, comme Dante, que c’est effectivement l’Amour qui meut le soleil et les autres étoiles !. Oui, je sais, je suis naïf !

• Dans le Chant XV du Paradis, Dante voit passer une étoile filante qui s’envole dans le ciel :
«Tel qu’en un soir pur, limpide et tranquille, piquant les yeux qui se perdaient en rêve, un feu soudain file de temps en temps, que l’on dirait une étoile en voyage, si ce n’était qu’au point où il s’allume nulle étoile ne manque et qu’il ne dure pas, ainsi se détacha de la branche de droite, pour s’envoler jusqu’au pied de la croix, un astre entre tous ceux qui faisaient sa splendeur».
C’est un peu bête à dire, mais je trouve que c’est beau cette petite étoile qui semble se détacher de la branche droite d’un arbre et qui par son éclat pique les yeux d’un rêveur à la belle étoile.

• La Divine Comédie est sans doute un peu dure à lire, c’est vrai, mais un jour je suis tombé dedans et j’ai avancé en donnant ma main gauche à Dante et celle de droite à Virgile. Et puis, avec trois traductions différentes (Lucienne Portier, Henri Longnon, Jacqueline Risset) je suis arrivé avec eux au Paradis.

• Il y a aussi un très beau passage dans le chant XXX du Purgatoire où il parle de la couleur du ciel le matin. Puisque j’ai encore un peu de place ici pour vous le raconter, voici ce qu’il dit :

«Parfois j’ai vu, quand au lever du jour,
Le ciel parait à l’orient tout rose
Et le restant orné de bel azur limpide…»

Ce ciel à l’orient tout rose et bordé de bel azur limpide, c’est exactement celui que je voyais quand je me levais tôt pour aller promener Switchie dans les petits matins froids lorsque j’habitais rue de l’Etoile filante (c’était il y a longtemps, avant alzheimer). Et le miracle continue depuis des siècles : encore ce matin c’était incroyablement beau.

• Et puis il y a un autre beau passage – (oui, je sais, j’accumule un peu trop de textes mais, bon, vous pouvez arrêter si vous voulez) – c’est au Paradis XXI – aussi très tôt le matin – où Dante raconte que : «Ensemble au point du jour les corneilles s’ébrouent, afin de réchauffer leurs plumes engourdies, et puis s’en vont, les unes sans retour, les autres revenant à leur point de départ, d’autres encore tournoyant à demeure» ; Vous je ne sais pas, mais “ces corneilles au point du jour qui réchauffent leurs plumes engourdies”, pour moi c’est un grand moment de bonheur et de joie ! Je dois être un peu détraqué.

• Allez, encore quelques lignes, que je vous raconte encore une étoile de R.M.Rilke, dans une lettre à Adelaïde von der Marwitz où il parle d’une sensation très particulière que j’ai aussi ressentie… Il parle du moment où il se trouvait la nuit sur le prodigieux pont de Tolède «une étoile tombant à travers l’espace du monde selon une lente trajectoire, tomba en même temps (comment dire cela ?) à travers mon espace intérieur : le contour isolant du corps, aboli. Et comme cette fois-là par la vue, cette unité m’avait été annoncée une autre fois par l’ouïe : à Capri, une nuit que j’étais dans le jardin, sous les oliviers, et que le cri d’un oiseau, en me fermant les yeux, fut à la fois en moi et hors de moi comme dans un seul espace indistinct d’une extension et d’une limpidité absolues.”

• Je termine sur cette belle phrase de Christian Bobin : “La joie est la première étoile dans le ciel intérieur. Il suffit de la considérer pour connaître où nous en sommes du jour et de la nuit, de la solitude et de l’amour. C’est le seul signe incontestable du vrai. Il n’y en a pas d’autre”.

Voilà c’est fini. J’ai encore pas mal d’autres étoiles mais j’arrête de vous prendre la tête !

Procrastination

Hervé est marrant : il ne se presse jamais. Moi je fais tout tout de suite et ça m’épuise. Lui remet toujours tout au lendemain et ça ne le dérange pas. La seule chose qui le tracasse c’est qu’il vient d’apprendre que cette tendance à tout remettre à plus tard se nommait procrastination. Et vous savez quoi ? ce n’est pas son attitude qu’il entend corriger mais le mot qui ne lui plait pas ! Il trouve que dire qu’on “souffre de procratination” ça fait vraiment maladie honteuse, inavouable et infâmante comme les lèpreux qui devaient agiter des clochettes au moyen-âge : “attention, n’approchez pas : Hervé est atteint de procrastination”, beurk ! Quoi qu’il en soit, l’essentiel est de faire le travail au bon moment, n’est ce pas ? Dans une lettre du 24 sept. 1908, Rilke dit qu’il doit rédiger un article sur Rodin. Et, à propos de ce travail, il écrit au sculpteur : “je le réaliserai au moment où il aura atteint la force intrinsèque qui le fera naître en toute force et nécessité”. Tu vois Hervé, finalement ce n’est pas tant de savoir si on fait les choses tout de suite ou plus tard, mais si on les fait au moment où elles s’imposeront avec le plus de promesses ! Voilà, t’es rassuré sur ta maladie ? Plus la peine de te cacher derrière les parasols quand on dîne ensemble !

Procrastination : n.f. du lat. procrastinatis, de pro-, et crastinus “du lendemain”

%d bloggers like this: