Guerres : il va falloir apprendre d’urgence les langues étrangères. Ce sera utile dans les prochains camps.

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Hier — après les nouvelles où ils agitaient le spectre d’une nouvelle guerre en Crimée — je suis tombé sur un entretien de Stéphane Hessel qui évoquait la poésie… “Elle sert beaucoup dans la vie, affirmait-il, car elle permet de s’évader”… Continue reading

Le vague sentiment qu’il y a eu quelque chose, autrefois …

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Le 23 novembre, donc jour pour jour — mais en 1985, Claude Roy écrivait ce poème que je trouve tout simplement magnifique… Continue reading

La grande délicatesse de la jeune fille qui a été danser…

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Tout à l’heure au Luco, juste avant la fermeture du jardin, j’ai relu dans la jolie lumière de cette belle fin d’été, quelques “minimes” de Claude Roy qui est sans doute l’écrivain-poète que je préfère… En voici quatre que je trouve tout simplement magnifiques et que je recopie en vrac :

guillemets_noirs_2_leftLes chaussures que la jeune fille qui a été danser tient à la main pour rentrer à l’aube sans faire de bruit.

Continue reading

“La poésie est le plus parfait format de la résistance !”

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La poésie est une énergie qui est nécessaire dans les moments où il faut pouvoir mobiliser et extraire toute son énergie pour résister. Car dans des moments normaux de la vie, comme on peut les vivre dans notre temps, la poésie c’est une décoration, un accessoire, c’est quelque chose en plus. Mais dans les moments que j’ai connus dans notre XXe siècle, elle est le plus parfait format de la résistance.

Pendant les années 90, je me suis mêlé de la guerre à Sarajevo où je suis allé comme chauffeur de convois d’aide… Continue reading

“Toute l’année est jolie…”

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On se demandait tout à l’heure, avec Sabrina, quel était le mois de l’année que nous préférions… Et comme on les aimait tous – comme Sei Shônagon – je remets ici ce vieux post de 2003 pour qu’il nous rafraîchisse la mémoire…

Sei Shônagon était dame d’honneur, attachée à la princesse Sadako qui mourut en l’an 1000. Ses “Notes de chevet” ont été composées dans les premières années du XIe siècle japonais, au moment de la plus haute splendeur de la civilisation de Heian. Elle écrit :

“Parmi les époques, j’aime le premier mois, le troisième mois, les quatrième et cinquième mois, le septième mois, les huitième et neuvième mois, le douzième mois ; tous ont leur charme dans le cours des saisons. Toute l’année est jolie”.

Je n’ai pas un seul mot à ajouter à ce qu’a dit Sei Shônagon. Rien. Ou peut-être juste ceci : le deuxième, le sixième et le dizième mois !
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Quelques haikus de saisons

Für-niemand-und-nichts

ATEMWENDE (renverse du souffle)

Stehen im schatten
des Wundenmals in der Luft.

Fur-niemand-und-nichts-stehen
unerkannt,
fur dich allein.

Mit allem, was darin Raum hat,
auch ohne sprache”

ce que MMD traduit ainsi :

“tenir debout, là, dans l’ombre de la blessure, dans l’air
rester là pour personne et pour rien
non connu de quiconque
pour toi seul
avec tout ce qui prend de l’espace dans cela
et même sans parole”

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L’arbre parle. Approche, tu l’entends ?


J’ai trouvé ce magnifique poème d’Octavio Paz sur le site toujours frémissant d’intelligence de Terres de femmes et je le copie-colle donc directement, tel quel avec mes remerciements à Angèle Paoli que j’aime beaucoup (et mes excuses pour les rejets de certains mots en bout de ligne que je n’arrive pas à faire dans cet éditeur où les non-breaking spaces n’existent pas)

ARBOL ADENTRO



Creció en mi frente un árbol,
Creció hacia dentro. 

Sus raíces son venas, 

nervios sus ramas, 

sus confusos follajes pensamientos. 

Tus miradas lo encienden 

y sus frutos de sombras 

son naranjas de sangre, 

son granadas de lumbre. 
                                                  
Amanece 

en la noche del cuerpo. 

Allá adentro, en mi frente, 

el árbol habla. 
                             
Acércate, ¿lo oyes? 



Traduction française de Frédéric Magne
ci-dessous…
Continue reading

Une joie qui a explosé un jour comme une étoile intérieure…

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Encore un texte magnifique de Philippe Jaccottet que je trouve ce soir :

Je pense quelquefois que si j’écris encore, c’est, ou ce devrait être avant tout pour rassembler les fragments, plus ou moins lumineux et probants, d’une joie dont on serait tenté de croire qu’elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. (…)

Continue reading

Une fraîcheur comme de neige très haut dans le ciel…

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Je suis en train de lire ce poème de Philippe Jaccottet…

Tout à la fin de l’hiver
il y a ceci encore de fidèle
autant que les premières fleurs :

une fraîcheur comme de neige très haut dans le ciel,
une espèce de bannière
(la seule sous laquelle on accepterait de s’enrôler),

une espèce de fraîche étoffe qui se déplierait
au plus haut, comment dire ?
indubitable ! bien qu’invisible dans le bleu du ciel,
aussi sûre que chose au monde que l’on touche.

Je ne sais pas, je ne sais pas quoi dire
sinon que cela semble, un soir, se déplier très haut,

Continue reading

Après la fin du monde j’aimerais…

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“Après la fin du monde, j’aimerais, dans la liquidation du stock, être chargé simplement de me souvenir de l’odeur des foins juste fauchés, en juin à cinq heure du matin”. (Claude Roy)

J’ai toujours aimé Claude Roy. Et j’aimerais bien, moi aussi (je répète la phrase parce que je la trouve trop belle)…”après la fin du monde, dans la liquidation du stock, être chargé simplement de me souvenir de l’odeur des foins juste fauchés en juin à cinq heures du matin” !

Je ne sais vraiment pas comment cette phrase m’est venue à l’esprit ce matin alors qu’on est en automne. Peut-être parce qu’il y a un beau soleil d’été ? Peut-être à cause la fin du monde ? Ah oui, c’est ça : j’ai reçu hier un mail de Suzan qui vit à Boston et qui m’interrogeait sur l’évolution de la langue en France. Et je lui parlais de la montée de l’illettrisme…. ça doit être ça qui m’a fait penser à la fin du monde !…. L’enluminure est évidemment tirée des Très Riches Heures du duc de Berry – Musée Condé à Chantilly. Wikipedia : Riches Heures

Je découvre à l’instant cette citation de Marcel Camus qui explique pourquoi je suis en rage contre l’inertie des gens face à la montée de l’illettrisme :  “Elever ce pays en élevant son langage”. Voilà pourquoi il faut élever le langage : pour élever ce pays avant qu’il ne tombe dans la fange de l’inculture !

Quelques bouts de nostalgie
Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Nostalgie des temps heureux
Remonter le temps en rentrant dans les tableaux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

— Quelques textes de Claude Roy : Continue reading

Quand on marche le soir à la lisière du temps…

En me promenant tout à l’heure, les trois premières lignes d’un poème de Claude Roy se sont déroulées dans ma tête. J’aime beaucoup Claude Roy et je me rends compte que je me promène de plus en plus… à la lisière du temps…

“Quand on marche le soir à la lisière du temps
il monte soudain une bouffée d’enfance
les cris des hirondelles folles d’un préau d’école
ou le silence de la barque sur la rivière
à la tombée du jour quand le soleil rase l’eau qui moucheronne
ou bien la sonnette (deux fois) de l’épicerie-mercerie
où on achète après l’école les rouleaux de réglisse Zan
qui barbouille de noir et font les doigts collants

On tend l’oreille le long du voile de la brume
Quelqu’un parle à voix basse
sans qu’on puisse reconnaître sa voix
et sans comprendre les paroles
les mots chuchotés loin à l’envers du silence

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Claude Roy, A la lisière du temps
Hôpital de la Pitié
25 août 1983

— Quelques textes de Claude Roy :
Continue reading

L’infini…

J’aime beaucoup cette phrase :

« Qui est là ?
Ah très bien : faites entrer l’infini.”

Aragon

“Le Programme en quelques siècles”…

Robin2
.

“On supprimera la Foi
Au nom de la Lumière,
Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l’Âme
Au nom de la Raison,
Puis on supprimera la raison.

On supprimera la Charité
Au nom de la Justice
Puis on supprimera la justice.

On supprimera l’Amour
Au nom de la Fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.

On supprimera l’Esprit de Vérité
Au nom de l’Esprit critique,
Puis on supprimera l’esprit critique.

On supprimera le Sens du Mot
Au nom du sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots

On supprimera le Sublime
Au nom de l’Art,
Puis on supprimera l’art.

On supprimera les Écrits
Au nom des Commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.

On supprimera le Saint
Au nom du Génie,
Puis on supprimera le génie.

On supprimera le Prophète
Au nom du Poète,
Puis on supprimera le poète.

On supprimera l’Esprit,
Au nom de la Matière,
Puis on supprimera la matière.

Au nom de rien on supprimera l’homme ;
On supprimera le nom de l’homme ;
Il n’y aura plus de nom ;
Nous y sommes”.

Armand Robin, Le programme en quelques siècles, © Gallimard

Petit haïku de saison …

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C’est marrant, l’année dernière (comme aujourd’hui le vent était froid et les feuilles commençaient à tomber), j’avais mis ce haïku d’Issa :

Dans le champ près du portail,
Agaçant le chat
Tombent les feuilles mortes

Et ce soir je tombe sur une lettre dans la Correspondance de Rainer-Maria Rilke disant ;

“ce chat que j’ai observé hier boulvard Montparnasse une feuille tombait, le chat commençait à jouer avec, puis il restait assis coquettement, plein d’attente en quétant l’arbre de son rond regard vert pour qu’il lui envoie d’autres feuilles, tout disposé de jouer avec l’automne même”.

J’aime ce “jouer avec l’automne même”…

[R-M. Rilke, lettre du 21 oct 1913, Paris 17 rue Campagne Première)

Et puisque je suis dans l’automne – et les citations – voici ce que dit Cioran dans ses Carnets à la date du 29 octobre 1964 :

“Brouillard légèrement doré, et ces feuilles couleur de cuivre, au Luxembourg. Mais l’automne en moi est plus avancé encore”.

J’aime ce “l’automne en moi est plus avancé encore”… J’ai la même impression.

Peut-être que le Bon Dieu…

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En ce moment dans ma vie (septembre 2004), il y a trop de choses qui s’arrêtent. Comme si le Bon Dieu en avait assez. Assez de la Création ; Assez de continuer à créer …

—-

Peut-être que le Bon Dieu…

En ce moment dans ma vie
il y a trop de choses qui s’arrêtent
comme si le Bon Dieu en avait assez
Assez de la Création
Assez de continuer à créer

Si le Bon Dieu en avait assez
Assez de la Création
Le vent s’arrêterait de souffler
Et les rivières de couler
Et les étoiles de briller
Et les oiseaux de voler

Si le Bon Dieu en avait assez
Les galaxies s’écrouleraient
Les nuages tomberaient
Et les cerf-volants aussi

Si le bon Dieu en avait assez
Assez de faire tourner les choses
La boulangère s’arrêterait de sourire
et les enfants de jouer
La musique s’arrêterait
Et les saisons aussi

Si le bon Dieu en avait assez
Tout s’arrêterait :
Nos coeurs de battre
Les merles de chanter
Et les moines de prier

Peut-être que Dieu en a assez
Assez de la Création
Et il veut qu’on l’oublie
Alors Maman oublie les prénoms
Et le nom des fleurs et celui des choses
Et le présent et les souvenirs aussi
Même ceux du bon vieux temps où l’on était heureux
Le temps d’avant les colchiques
Quand les étés étaient blonds et paraissaient si longs
Quand l’air sentait bon la paille et l’herbe sèche
Quand il y avait des moissonneurs dans les champs
Et des bleuets et coquelicots dans les blés…

Peut-être que le Bon Dieu en a assez
Assez de la Création
Assez de tout

Moi aussi

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Ecrit le 13 septembre 2004 à 00:32

Mort de fatigue
Pouvoir poser sa tête un moment
Et vous comment ça va ?
Nostalgie de la vieille Chrétienté du Moyen-âge…

“Il y a des choses que je ne dis a Personne”

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Merci à François qui, hier soir, après une journée stupide à travailler pour des gens stupides, me donne à lire ce beau poème:

….Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c’est
Que moi
Le malheur le malheur c’est
Que moi ces choses je les sais

Louis Aragon, Le fou d’Elsa

J’aime les nuages. Les nuages qui passent…

anniv
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Aujourd’hui c’était mon anniversaire…

“Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
– Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est restée jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages. Les nuages qui passent… là-bas…là-bas les merveilleux nuages !

L’Etranger, Le Spleen de Paris – Charles Baudelaire

Merci à Mom pour la Correspondance Durrelll-Miller et les merveilleux bouquets dans les vases chinois, Candice pour les Quatuors de Haydn, Philippe pour les contes zen et les bouteilles de Pomard… Benoit pour le pot surprise avec Anne, Véronique, Vanessa, Yannick, Philippe, Laurent, Céline, … Sylvain, Corinne et Julie pour le Croze-Hermitage… Muriel pour ta fidélité… Julia, Dominique, Michèle, Franck, Marlène, Evelyne, Xavier et tous les autres pour vos gentils coups de fils, … Merci aussi aux nuages de la rue de Babylone (hier à midi) et à la pluie qui tambourine sur mes vitres (ce soir) … Le temps est déglingué… Maman et moi sommes déglingués à cause d’alzheimer, et pourtant il faudra bien aller jusqu’au bout ? Au bout de quoi ? …
Les nuages passent… là-bas…là-bas les merveilleux nuages…

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien…

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Hier soir je vais dîner avec Muriel et Jonathan. En partant, je pique en vitesse un livre dans ma bibliothèque, je descend dans le métro, j’ouvre à la première page cochée il y a longtemps et je lis :

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Mars 1870. Arthur Rimbaud a dix-sept ans…

Chaque fois que je lis ce poème c’est le même ravissement. La vie est un miracle !

Mesurer sa vie en matins…

Qu’allez-vous faire entre le 2 et le 23 février ?

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Entre le 2 et le 5 février 1922, Rilke compose vingt-six sonnets qu’il annonce ainsi le 7 à Madame Knoop :
“En quelques jours d’immédiat saisissement alors que je pensais m’attaquer à tout autre chose, ces sonnets m’ont été donnés”. Ce même 7 février, Rilke écrit la Septième Elégie; Entre le 7 et le 8, il écrit la Huitième. Le 9, les derniers vers de la Sixième et la Neuvième. Le 11, il achève la Dixième : “A l’instant, ce samedi 11, vers les six heures du soir, elle vient d’être achevée ! Le tout en quelques jours; ce fut une tempête qui n’a pas de nom, un ourgan dans l’esprit – comme autrefois à Duino; tout ce qui est “fibre et tissu” en moi, a craqué, quant à manger durant ce temps, il ne fallait pas y songer, Dieu sait, qui m’a nourri. Mais dès lors, cela est. Est. Est. Amen. C’est donc pour cela seul que j’ai subsisté, envers et contre tout ! Et c’était bien cela qui faisait défaut. Rien que cela…”. Et l’élan se prolonge : le 14, Rilke compose une nouvelle Elégie, dite des Saltinbanques. Cette fois l’ensemble est clos. Entre le 15 et le 23 il compose les vingt-cinq sonnets la seconde partie des Sonnets à Orphée …

Bon, je ne sais pas ce que vous ferez entre le 2 et le 23 février. Mais moi je ne vous le dis pas; j’ai bien trop peur d’avoir honte !

Que faisait donc Apollinaire le 26 mars ?

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Le renard de Gustave Roud

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J’aime beaucoup Gustave Roud. C’est un immense poète que les Français ne connaissent pas parce qu’il est Suisse. Et moi j’adore tout ce qui est suisse et donc j’adore Gustav Roud. Et pas seulement parce qu’il est Suisse :-) Il faudrait d’ailleurs que je passe plus de temps avec lui.

Cet après-midi, je tombe sur une page vraiment immense. Il est assis sur un banc couvert de feuilles mortes et mouillées et il écrit:

…le profond sentiment d’un accueil me saisit en apercevant la forêt qui m’attend, soudain dressée au-dessus de la route luisante. Le brouillard bas noie les cimes des hêtres im… – oh ! un renard traverse la route et gagne le taillis à petites gambades silencieuses – …menses; par instants une bise que l’on ne sent pas ébranle les ramures […] etc.

Bon, je ne sais pas si vous avez eu le temps de voir passer le renard entre les huit lettres du mot immense mais je trouve qu’un écrivain qui s’arrête d’écrire et reste la bouche ouverte pour laisser passer un renard comme ça en plein milieu d’une page, c’est carrément sublime. Et vous savez quoi ? cela me met de bonne humeur.

Gustav Roud. Campagne perdue. Journal.

J’aime bien ce renard…
Le silence des hommes de C.F. Ramuz
Je dois avoir l’âme suisse

Prière pour aller au paradis avec les ânes

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Prière pour aller au paradis avec les ânes de Françis Jammes

Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Françis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon-Dieu.
Je leur dirai : Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles…
Que je vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met des petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je vous vienne.
Faites que dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

Françis Jammes – Le Deuil des Primevères – Gallimard

J’aime les nuages qui passent…

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Ce soir, le ciel est beige. Je recopie pour Kim et Seda – qui sont aux Etats-Unis et qui me manquent – ce beau texte de Baudelaire.

“Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages. Les nuages qui passent… là-bas…là-bas les merveilleux nuages !

L’Etranger, Le Spleen de Paris. Charles Baudelaire

Mes haïkus préférés

Je dépose quelques Haikus ici, à la queue leu leu, mais s’il vous plait, n’en lisez qu’un seul à la fois ! Sinon ça n’a pas de sens.
Faire un vrai haïku, dit Bashô, c’est rare ;
en faire dix au cours d’une vie, c’est être un maître.

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“Dans le champ près du portail,
Agaçant le chat
Tombent les feuilles mortes”

(Issa)

——-

L’automne est bien là
Ce qui me le fit comprendre
C’est l’éternuement !

Buson

——-

Dessiné d’un doit
sur la vite givrée
ah ! le mont Fuji !

Anon.

——-

Martin-pêcheur
Sur tes plumes mouillées
Le reflet du couchant

Tôri

——-

Brise du soir
Le ruisseau se divise
Autour des pattes du héron bleu

Buson

——-

Ne possédant rien
comme mon coeur est léger
comme l’air est frais.

Issa

——-

Sur la grosse cloche
un papillon dort
profondément

Buson

——-

Même mon ombre
est en pleine forme
premier matin de printemps

Issa

——-

Délice
de traverser la rivière d’été
sandales à la main !

Buson

——-

Oh une luciole qui vole
je voulais crier “regarde!”
mais j’étais seul.

Taïgi

——-

Les montagnes lointaines
se reflètent dans les prunelles
de la libellule

Issa

——-

Le voleur a tout emporté
sauf la lune
qui était à ma fenête.

Ryôkan

——-

A force de contempler
les fleurs du cerisier
torticolis

Sôin

——-

Le saule
peint le vent
sans pinceaux

Saryû

——-

Le corbeau d’habitude je le hais
mais tout de même… ce matin
sur la neige… !

Basho

——-

Autres poèmes

“Vous qui revenez du pays natal
vous devez avoir des nouvelles fraîches !
Est-ce que le prunier, quand vous étiez là,
était en fleur, à la fenêtre de chez moi ?”

Wang-Wei 701-761 Peintre, calligraphe, poète, musicien, bouddhiste et économe de mots.

——-

Autres réflexions poétiques

“Parmi les époques, j’aime le premier mois, le troisième mois, les quatrième et cinquième mois, le septième mois, les huitième et neuvième mois, le douzième mois ; tous ont leur charme dans le cours des saisons. Toute l’année est jolie”. Voilà, Sei Shônagon a dit ce que je pense et je n’ai pas un mot à ajouter. Rien. Ou peut-être juste ceci : le deuxième mois, le sixième et le dizième mois !

(Sei Shônagon, dame d’honneur, attachée à la princesse Sadako qui mourut en l’an 1000. Ses Notes de chevet ont été composées dans les premières années du XIe siècle japonais, au moment de la plus haute splendeur de la civilisation de Heian.


Quelques bonheurs
J’aimerais bien
Percevoir la polyphonie du monde

Tous les mois sont beaux

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Bon, je m’envole jusqu’au 17 septembre… histoire d’aller voir voler les mouettes. Je vous le dis uniquement parce qu’il n’y aura pas de mise à jour du site jusqu’au 18 septembre. Je préférerais aller survoler le Hokkaido sur le dos d’une oie cendrée mais mon oie me dépose seulement en Bretagne. Ce n’est sans doute pas la meilleure saison pour partir mais d’abord je pars pour reposer mes yeux (mes nouvelles lunettes me donnent la migraine) et ensuite comme il n’y a plus de saisons, autant partir à la fin de l’été. Et d’ailleurs tous les mois sont beaux non ? Tiens puisque vous êtes là et que je ne pourrai pas actualiser le site, lisez, ci-dessous, ce qu’écrivait Sei Shônagon sur les saisons. Je pense comme elle.

Sei Shônagon était dame d’honneur, attachée à la princesse Sadako qui mourut en l’an 1000. Ses “Notes de chevet” ont été composées dans les premières années du XIe siècle japonais, au moment de la plus haute splendeur de la civilisation de Heian. Elle écrit :

“Parmi les époques, j’aime le premier mois, le troisième mois, les quatrième et cinquième mois, le septième mois, les huitième et neuvième mois, le douzième mois ; tous ont leur charme dans le cours des saisons. Toute l’année est jolie”.

Voilà, Sei Shônagon a dit ce que je pense et je n’ai pas un mot à ajouter. Rien. Ou peut-être juste ceci : le deuxième mois, le sixième et le dizième mois !

Question à quelqu’un qui revient du pays natal

“Vous qui revenez du pays natal
vous devez avoir des nouvelles fraîches !
Est-ce que le prunier, quand vous étiez là,
était en fleur, à la fenêtre de chez moi ?”

Wang-Wei 701-761 Peintre, calligraphe, poète, musicien, bouddhiste
et économe de mots.

“toute l’année est jolie…”

japmask2

On se demandait tout à l’heure, avec Sabrina, quel était le mois que nous préférions… Et on les aimait tous, comme Sei Shônagon. Donc je remets ici ce vieux post de 2003 pour qu’il nous rafraîchisse la mémoire sur l’incroyable beauté des saisons …

Sei Shônagon était dame d’honneur, attachée à la princesse Sadako qui mourut en l’an 1000. Ses “Notes de chevet” ont été composées dans les premières années du XIe siècle japonais, au moment de la plus haute splendeur de la civilisation de Heian. Elle écrit :

“Parmi les époques, j’aime le premier mois, le troisième mois, les quatrième et cinquième mois, le septième mois, les huitième et neuvième mois, le douzième mois ; tous ont leur charme dans le cours des saisons. Toute l’année est jolie”.

Je n’ai pas un seul mot à ajouter à ce qu’a dit Sei Shônagon. Rien. Ou peut-être juste ceci : le deuxième, le sixième et le dizième mois !

Hashtage #neige
En fait j’adore l’hiver !
Ecrire l’automne en braille

Erreur 404

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