“Les affaires de ce monde ne sont pas différentes”

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Je relis des tonnes de Claude Roy en ce moment. C’est ma façon de partir en vacances et de voyager joyeusement dans ma tête fatiguée.

“Un lettré chinois reçoit un jour d’un Immortel le don d’un oreiller magique. Il venait de mettre à cuire une marmite de riz. Il pose sa tête sur le coussin et s’endort. Il rêve pendant des années, il rêve qu’il voyage, est amoureux, devient ministre de l’Empereur, se marie, a dix enfants, accumule le savoir, les expériences, la sagesse. Quand il se réveille, il est blanchi, chenu, très vieux, approche les cent années. Il se lève, va goûter le riz, qui n’est pas encore cuit. L’Immortel est sur le pas de sa porte, qui lui dit : “Les affaires de ce monde ne sont pas différentes”.

Claude Roy, Temps, Septembre 1977.

— Quelques textes de Claude Roy : Continue reading

Cette jeune femme remet le temps en marche

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Tous les jours, je passe devant cette vitrine où une jeune femme, penchée sur de vieilles montres, regarde à travers une loupe d’infimes et minuscules petits rouages qu’elle remet d’aplomb pour les faire redémarrer. Quand le tic tac repart ça doit faire comme dans la tête d’un chirurgien dans un bloc opératoire quand le coeur recommence à battre… doucement, régulièrement, comme le rassurant petit tic tac des montres Suisses … Avec précision, en bougeant délicatement de minuscules petits ressorts,cette jeune femme remet le temps en marche et ça me touche beaucoup.

Se dépêcher de prendre son temps…
J’ai vraiment un problème avec le temps qui passe
Et si je cassais carrément les aiguilles ?
Quand on marche le soir à la lisière du temps…
Un moment égale 90 secondes
Si Dieu me donnait juste 3 petites secondes

Mon cerveau doit être celui d’un enfant Islandais en décembre !

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J’ai vraiment un problème avec le temps en ce moment, (et pas seulement le temps de la météo qui donne l’impression qu’on est en décembre). Je dois vivre mentalement en Islande tellement j’ai le sentiment que certains jours n’en finissent pas et durent carrément 22 heures comme en été en Islande ; et que d’autres passent à toute vitesse comme une journée de décembre à Reykjavik ! Mais il y a longtemps que mon horloge biologique est détraquée et donc je ne m’étonne plus de rien…

Mais du coup ça m’a fait repenser à une veille émission où Laure Adler interrogeait Audur Ava Olafsdottir sur son livre L’Embellie … Et elle disait deux choses que j’aime bien. D’abord que “pluie de novembre” avait un sens beaucoup plus poétique et mystérieux en Islandais car, alors qu’elle est banale en France, la pluie est à cette époque exeptionnelle en Islande. Et donc parler de “pluie de novembre” en Islandais ce serait comme, chez nous, parler de “la neige au mois de juin” … Bon je ne sais pas si vous suivez mais moi j’aime bien :-)

Ensuite elle évoquait évidemment la lumière en Islande où en hiver la nuit tombe très vite et où il ne fait jour que deux ou trois heures par jour. Donc Continue reading

Vichnou était nettement moins impatient que moi :-)

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Pour donner une idée de la lenteur, et la mesure d’une année de Brahmma (qui en a vu des milliers), Vichnou dit que c’est

le temps que mettrait une plume attachée à un balancier à user une montagne de bronze qu’elle effleurerait une fois par siècle…

Il y a une petite fontaine au Luco qui me fait toujours penser à cette montagne spirituelle qu’on trouve chez les grands maîtres tibétains – Milarépa notamment – mais aussi dans le zen japonais ou le tchan chinois… J’ai fait ce petit montage pour vous montrer la montagne que je vois immédiatement quand je passe devant, avec le petit robinet de cuivre qui devient l’aura dorée-orangée de Milarépa penchant la tête… Je n’ai pas mis la plume parce qu’elle bougeait trop lentement :-)

Mon impatience relève de la pédiaterie
La vie elle-même comme ondoiement…
Se repérer sur l’échelle des siècles
Mesurer sa vie en matins…
Et si on cassait carrément les aiguilles ?

La fontaine en vrai ci-dessous :
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Parfois c’est dur…

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Il y a des weekends comme ça où il est particulièrement difficile de se réveiller après un rêve de la nuit…
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© KONRAD von Soest, Mort de Marie

Ce surgissement mystérieux – fût-ce dans un rêve – du passé dans le présent, cette translation vertigineuse du lointain dans le proche, cette proximité de la personne disparue, presque intenable tellement elle est puissante, m’a fait rechercher ce que Jacques Darriulat avait dit à l’époque sur France Culture, dans une émission sur Proust, à propos de ce qu’il appelait “l’expérience des clochers de Martinville” ….
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Se dépêcher de prendre son temps…

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Avec les horloges atomiques à jet de césium, la seconde est définie comme “9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre deux niveaux hyperfins de l’état fondamental de l’atome de césium 133”.

Bon…

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Les dominos tombent à toute vitesse !

Ce week-end, dans le petit square au pied de l’Eglise, un magnifique parterre couleur dragées de petits myosotis bleus … Je fonce chez Monceau Fleurs et, évidemment : “Oh mais monsieur, c’est à l’automne qu’on les plante !”. Bon, je ne sais pas si vous avez compté le nombre de choses où on arrive trop tard dans la vie ? Vous n’avez pas commencé le piano à quatre ans et quand vous en avez quinze c’est trop tard. La forêt de chênes, pareil : si votre père n’a pas planté le gland, vous pouvez carrément oublier… Vous vous promenez à Sienne, vous tombez amoureux d’une jolie italienne et quoi ? vous n’avez pas appris l’italien il y a vingt ans et vous ne pouvez rien lui dire ? Terminé, pas de session de rattrapage, repassez dans une autre vie ! Le vaccin contre la rage ? vous avez intérêt à le faire dare dare (pourquoi ? à cause du chien qui risque de vous mordre dans huit mois pardi !). Quoi d’autre ? Eh bien plein d’autres justement ! Faut même se bouger vite fait car les dominos tombent à toute vitesse !

Pensez à faire la liste de ce qu’il faut commencer aujourd’hui pour ne pas le regretter dans dix ou vingt ans ! Mais attention de ne pas anticiper trop. Moi je courre depuis bien avant ma naissance ! Bon, allez, je commence la liste de ce qu’il faut faire tout de suite pour ne pas le regretter…

(1) la jolie fille qui vous a souri tout à l’heure au Rostand à 14:34 et à qui vous n’avez pas osé demander son numéro de portable : trop tard pour la vie !

(2) Le gigot chez Picard surgelés, c’est évidemment longtemps avant qu’il aurait fallu penser à le sortir. Mais vous n’avez pas pu lire la notice qui est congelée sur le gigot qui est dans le congélo qui est dans le frigidaire …
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J’aimerais bien que Dieu m’accorde 3 secondes !


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J’aimerais bien que Dieu m’accorde 3 secondes. Trois secondes pour remonter le temps. 3 secondes pas plus, mais à répétition. Et qu’il me confie la mission, comme à un ange, de parcourir le monde pour intervenir trois secondes avant les erreurs que les hommes peuvent commettre. Arrêter le bras des gens pile au moment où ils vont commettre l’erreur fatale, ce genre de truc…
Ça ne me ferait pas seulement une belle carte de visite “d’envoyé spécial ailé” ; ça me ferait surtout du bien de remettre un peu d’ordre dans toute cette détresse du monde. Oui, je sais, il y a du boulot.. Et moi-même, pour vous dire, je ne me sens pas très bien, mais bon, je veux bien essayer… Continue reading

J’ai vraiment un problème avec le XXIe siècle… et avec le temps qui passe

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Les euros, je m’y suis fait. L’heure d’été, pas vraiment. Mais l’expression “au siècle dernier” quand je parle de ce qui s’est passé il y a moins d’une dizaine d’année, je n’y arrive carrément pas. Dire “je l’ai rencontrée au siècle dernier” ou bien “j’ai lu ce livre le siècle dernier” ou bien ma petite chienne est morte au siècle dernier ça me semble si loin ! Si loin !

Ou alors j’ai beaucoup vieilli ces derniers temps ….

“j’étais heureux …au siècle dernier” !

Le pire c’est quand on retrouve des vieilles photos en classant ses fichiers. Et qu’on voit le temps qui s’est écoulé entre les deux colonnes ! … une trentaine d’années… peut-être même quarante. C’est à se tirer une balle.
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Décidément j’ai vraiment un problème avec le temps qui passe ! … et avec mon horloge biologique qui est détraquée. Et avec le “temps-alzheimer” aussi : La montre-baromètre ;Explosion de la logique temporelle ; Une boite pour savoir quel jour on est
Si Dieu me donnait juste 3 petites secondes

Et si je cassais carrément les aiguilles ?

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Dans la course à la montre contre Alzheimer, c’est évidemment alzheimer qui va gagner. C’est une course terrible où, avec chaque jour qui passe, le temps devient de plus en plus court, de plus en plus serré, de plus en plus stressant. Du coup je repense souvent au temps où j’avais le TEMPS de profiter de la vie, au temps où la vie s’écoulait lentement… Au temps où j’étais heureux en fait.

A Sienne, dans cette sublime petite ville italienne où j’aimais tant aller, il y a sur l’inoubliable Piazza del Campo, l’imposante Torre de la Mangia. Et, à mi-hauteur, une horloge qui a la particularité rare de ne pas avoir d’aiguille pour les minutes. Juste celle des heures, qui ne bouge donc pratiquement pas. Le temps sans les minutes s’écoule lentement et vous donne le temps de vivre : on se lève le matin pour prendre un premier café à un bout de la place ovale, le soleil est doux et doré comme un croissant; dès qu’il tourne, on change de café pour suivre ses rayons et on prend un autre capuccino. Vers l’heure de l’apéritif
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Agrandir à 200% et sauter dans une autre dimension du temps

Bon, je sais bien que ce n’est pas normal et que je dois être un peu cinglé mais grâce aux musées virtuels, je me ballade de plus en plus dans les peintures des vieux maîtres des XIV ou XVe siècles. J’agrandis à 200% sur un petit point au fin fond de l’arrière-plan qu’on ne voit généralement pas à l’oeil nu, je zoome sur une petit zone de peinture lumineuse, je vise ce détail en me concentrant avec ce qui me reste de neurones cérébraux, et tout à coup, pof, ça bascule et je me retrouve de l’autre-côté du tableau, carrément DANS la toile…
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Je glisse sur quelques aplats de lumière, et pof, j’atterris pile sur le petit pont où je me stabilise sur une écaille de peinture. Ensuite, fastoche, je me joins à la foule des badauds et je me ballade incognito avec les autres petits personnages qui passent d’une rive à l’autre… J’entends la rumeur de la foule qui va au marché (parfois j’ai du mal avec la langue), les sabots des chevaux, les cris des marins, les clapotis des barques sur l’eau, les cloches qui sonnent joyeusement dans l’air argenté du matin… C’est midi, j’ai faim, je vais traverser le pont et me trouver une bonne rôtisserie dans la première ruelle à droite après la place de l’Eglise… Vous savez quoi ? Je peux rester des heures à me promener comme ça, à errer sur des particules de peinture zoomées à 200%… Parfois je pars entre deux cyprès sur un petit chemin de terre qui se perd au loin dans un sfumato vaporeux de la renaissance italienne. Parfois – comme avant hier – c’est
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Mesurer sa vie en matins…

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Alzheimer ne pulvérise pas seulement la mémoire mais le temps aussi ; le temps et sa mesure qui fait que j’ai du vieillir de dix ans ces deux dernières années et que je n’ai plus jamais eu les longues plages de temps que j’avais auparavant pour faire ce que je faisais et qui était tout simplement … ma vie.

Dans un entretien, Balthus parle quelque part du temps et de sa mesure. Il dit qu’autrefois on mesurait les prés en matins. Un matin c’était la surface de pré que pouvait couvrir un homme avec sa faux en une matinée.

Je trouve cette expression tout simplement magnifique et sans doute suis-je un faucheur de ces époques révolues où le temps s’écoulait lentement au clocher des villages. Je rêve, le champ fauché, de pouvoir m’allonger sur le dos un jour d’été, avec de la paille dans les cheveux, écoutant le crissement des sauterelles dans l’herbe jaunie ; attendant avec les autres moissonneurs transpirant sous le soleil de midi que les femmes du village voisin nous apportent pour le repas les énormes miches de pain et la soupe de lard… Comme disait ma grand-mère : on a les rêves qu’on mérite.

Parlez des foins me fait toujours penser à cette belle phrase de Claude Roy
Et ce magnifique texte de C.F. Ramuz sur “Ces hommes qu’on ne peut pas ne pas entendre”……

Vichnou et la lenteur
Quelques bouts de nostalgie
Nostalgie des coquelicots et du sourire de la petite boulangère
Nostalgie des temps heureux
Remonter le temps en rentrant dans les tableaux
Nostalgie des petits villages
Quand les caractères s’incrustaient dans le papier

“Et l’ombre recula de dix degrés”…

ombre2.jpg Maman parle de moins en moins à cause d’alzheimer mais on continue à se ballader main dans la main sous les platanes de l’avenue. En rentrant, j’écoute l’Historia di Ezechia de Giaccomo Carissimi (1605-1674), tirée du livre d’Isaïe (ch. 38). Le prophète vient annoncer sa mort prochaine au roi Ezechias qui implore Dieu pour obtenir sa guérison ; ce qui lui est promis par la bouche d’Isaïe. Le roi sollicite alors un signe de Dieu qui lui accorde un prodige, témoin de sa toute puissance : l’ombre projetée sur la cadran solaire du palais recula de dix marches sur celles qu’il venait de descendre, comme si le temps remontait en arrière… Moi aussi j’aimerais bien que le temps remonte de quelques marches !

Ésaïe 38
4 – Puis la parole de l’Éternel fut adressée à Ésaïe, en ces mots:
5 – Va, et dis à Ézéchias: Ainsi parle l’Éternel, le Dieu de David, ton père: J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes. Voici, j’ajouterai à tes jours quinze années.
6 – Je te délivrerai, toi et cette ville, de la main du roi d’Assyrie; je protégerai cette ville.
7 – Et voici, de la part de l’Éternel, le signe auquel tu connaîtras que l’Éternel accomplira la parole qu’il a prononcée.
8 – Je ferai reculer de dix degrés en arrière avec le soleil l’ombre des degrés qui est descendue sur les degrés d’Achaz. Et le soleil recula de dix degrés sur les degrés où il était descendu.

Ma chute d’Icare…

La chute d’Icare de Brueghel est une toile étonnante. Outre la pathétique épopée de Dédale et Icare, elle traduit l’indifférence qui isole les hommes. Pendant qu’Icare se casse la figure et coule en agitant les jambes, un laboureur continue à labourer son champ, un berger continue à regarder le ciel, un pêcheur de dos continue à pêcher… On aimerait bien qu’ils abandonnent un moment leur charrue, leurs moutons, leurs poissons pour venir donner un petit coup de main, ou mieux un peu de leur temps…
Mais bon, c’est comme ça : il faut que le grain soit semé, que la vie continue pendant que d’autres disparaissent… Je regardais cette toile en pensant à la maladie d’alzheimer et à l’attitude des gens de ma famille : certains font comme si ils ne voyaient rien, d’autres ignorent délibérément et s’occupent d’autre chose, d’autres se rassurent en assurant qu’ils “pensent à nous”…. C’est sympa, ça de penser et ça ne prend pas trop de temps. Heureusement il y en a qui aident vraiment. Ceux-là savent que je leur en suis infiniment reconnaissant. Je sais maintenant ce que vaut le temps passé, le temps qu’on donne.

La chute d’Icare, 1555 – Pieter Brueghel l’Ancien, (1525/30-1569).
Musée Boymans-van Beuningen, Rotterdam.

Icare voulait voler. J’aurais l’air de quoi si j’étais un oiseau ?

Comme on voudrait que le fassent le temps, notre pensée, nos vies


Il y a sur la cheminée du salon un énorme bouquet de pivoines. Et, curieusement, ces derniers jours, je lisais un texte de Philippe Jaccottet qui exprime ce que je pense des pivoines et dont je laisse tomber ici quelques pétales (dans un désordre qui n’est pas le sien et en coupant quelques tiges qui dénaturent évidemment son bouquet).

Parce qu’elles s’inclinent sous leur propre poids, certaines jusqu’à terre, on dirait qu’elles vous saluent, quand on voudrait les avoir soi-même, le premier, saluées”.
“Opulentes et légères, ainsi que certains nuages…”
“Une explosion relativement lente et parfaitement silencieuse”.
“Elles s’ouvrent, elles se déploient, comme on voudrait que le fassent le temps, notre pensée, nos vies”.
J’aime cette phrase et la répète pour ceux qui lisent trop vite : “Elles s’ouvrent, elles se déploient, comme on voudrait que le fassent le temps, notre pensée, nos vies”.
“Je ne sais quoi, qui n’est pas seulement un souvenir d’enfance, les accorde avec la pluie. Avec une voûte, une arche de verdure. Elles vont ensemble : est-ce à cause des nuages ?”
“Avant que n’approche la pluie, je vais à la rencontre des pivoines”.
“Elles n’auront pas duré”.

(Extraits) Philippe Jaccottet – Cahier de verdure, Gallimard.
Photo : Domi F.

On dit “fleuriste” mais on devrait dire “galerie d’art”

Au troisième top du baromètre il sera exactement 17 heures…

Je ne sais pas pourquoi ils inventent des thermomètres aussi stupides. Je l’ai accroché dehors à un volet sur le balcon de Maman qui ne sait jamais comment s’habiller et à qui il faudrait plutôt un truc disant de manière impérative : “mets ton cardigan !” ou “ne prends pas ton écharpe !”. Et évidemment pas “maturité du raisin” ou de “vin chambré” dont on se contretape complètement… N’importe comment je crois bien que c’est désespéré car le problème avec maman et alzheimer en ce moment c’est qu’elle va sur le balcon, regarde le thermomètre avec attention et revient en me disant : “il est 17 heures !”. Je crois que je suis en train de craquer !

J’ai regardé ma montre au même moment: il faisait 20 degrés !

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Décidément j’ai vraiment un problème avec l’heure, avec les dates et avec le temps qui passe :
Les dates sur les yaourts c’est encore pire !
J’ai un problème avec le temps qui passe !
Mon horloge biologique est détraquée
Un problème avec le temps qui passe !
Avec Alzheimer qui explose la logique temporelle ;
Une boite pour savoir quel jour on est
Les Chinois voient l’heure dans l’oeil des chats

“… oh mais c’est trop bête, j’aurais tellement aimé vous aider !”

bible_moehrke3Je ne sais pas si vous connaîssez cet homme de Cyrène appelé Simon, dont on parle dans les Evangiles ? Un jour qu’il rentrait tranquillement des champs, en remontant au Golgotha, il trouve un attroupement. Il y a des cris, une foule qui se presse, il se demande ce qui se passe, pousse un peu les autres pour voir par dessus leur épaules et découvre Jésus souffrant, courbé sous sa croix, avançant sous les colibets… Bon, je croyais bien connaître ma Bible et j’étais carrément, mais alors absolument persuadé que Simon de Cyrène s’était proposé d’aider à porter la croix. Eh bien pas du tout. Je viens de relire Matthieu, Marc et Luc et ils disent tous les trois qu’il a fallu le forcer. Les gens n’aident pas spontanément et c’est finalement plutôt normal, [surtout quand le type aidé n’est pas – ou n’a pas toujours été – vraiment commode – je parle de moi, évidemment, pas du Christ]. Sauf des exceptions remarquables et donc particulièrement précieuses : Marielle, Marlène, Muriel, Julia, Isabelle, Michèle et Franck, Jean-Louis et Monique, Benoît et quelques autres que j’oublie injustement … Un immense merci à tous ceux qui m’auront donné un peu de leur amitié et surtout, surtout, un peu de leur TEMPS… Et honte à ceux qui ont disparu quand la maladie est arrivée…

Post scriptum 1 : A propos de Simon de Cyrène, je ne me prends évidemment pas pour le Christ ! Je cite cette histoire, a contrario, pour rendre hommage à ceux qui – spontanément – auront proposé d’aider. J’ai donc moins de valeur – mais plus de chance – que le Christ. Alleluia !

Post scriptum 2 : ce que j’ai appris au fil des ans avec alzheimer c’est que la seule aide, vraiment LA SEULE, c’est le TEMPS. Le temps que les gens donnent pour vous aider à respirer ! Le temps qu’ils offrent en disant : “tiens, je viens pendant deux heures tenir compagnie à ta mère et tu sors te changer la tête” ! C’est ça la seule aide véritable pour ceux qui portent une personne qui a la maladie d’Alzheimer. Mais pour donner du temps il faut être de la famille ou des amis, assez proches en tout cas pour que l’heure passée soit familière et pas celle d’une “personne-de-la-Mairie-très-professionnelle-et-dévouée-tu sais Eric”. C’est ça l’aide.
Le reste ce sont des mots. Quand on est dans une tranchée avec de la boue partout, ceux qui aident ne sont pas ceux qui disent : “tu sais mon cher, tu devrais vraiment essayer de voir les choses autrement” ! Non, on est dans la boue avec des obus qui tirent dans tous les sens et il faut écoper et continuer à “vider les pots de chambre”. Et ça c’est du temps (pour ne pas dire plus) et une patience infinie…

Il y a la tête ; il y a le coeur ; et il y a le corps.
Alzheimer c’est beaucoup le corps : on ne vide pas les pots de chambre (et le reste) avec sa tête. C’est le corps qui s’occupe de ça. Le corps s’en occupe parce que le coeur le lui dit. Mais si la tête s’en mèle, le pot de chambre n’est pas vidé. Ou la croix n’est pas portée (si Simon de Sirène ne la prend pas sur ses propres épaules). Voilà ce que c’est alzheimer pour les gens qui décident de n’avoir recours que le plus tard possible au “placement” dans une… “jolie et très agréable maison tenue par des gens très professionnels tu sais Eric et qui sont très dévoués”

Ma chute d’Icare
Mensonges par omission

bible ©Volker Moehrke

Faire trou dans le temps…

>sablier.jpg Le temps est une drôle d’invention. Quand tout va bien, il coule tranquillement. Mais quand on réalise qu’on compte chaque petit grain de sable, alors c’est qu’il y a quelque chose qui cloche dans la vie. Ou que son temps est désormais compté. On dit qu’un peintre qui peint – ou un artiste qui écrit ou compose – se trouve dans la situation de voir le temps suspendu… Exactement comme un couple qui fait l’amour se trouve dans un temps qui est hors du temps (et en effet, il ne pense plus aux impôts ou au linge qui sèche !). Le propre de l’œuvre d’art est qu’elle fasse trou dans le temps. Et ce trou ne relève pas de chronos, il n’est pas chronologique, c’est du présent pur, un temps qui n’existe pas… On arrive parfois à s’y réfugier pendant un temps plus ou moins long. Quand je me concentre fortement – sur du graphisme web, un texte littéraire ou en écoutant des quatuor à cordes – j’arrive parfois à faire ce trou dans le temps et à m’abstraire quasi complètement du monde alentour. Mais à mon bureau, quand ils arrivent dans mon dos pendant que je travaille ainsi, je sursaute et ils se moquent de moi. Je ne peux pas leur expliquer ce qui se passe. Ils mettent ça sur le compte de la nervosité. Bon, s’ils le disent….

Sept ans qui défilent en trois secondes…

rouchie.jpg Parfois il existe un abîme entre le lundi et le mardi. Mais sept ans peuvent défiler en trois secondes : le temps qu’il faut pour déplacer le coffre de l’entrée et trouver une lettre arrivée il y a sept ans, tombée derrière le meuble le jour même de son arrivée, couverte de poussière, jamais ouverte… et à laquelle on n’a donc évidemment pas répondu. L’expéditeur ne pouvait pas savoir que nos vies dépendent d’un détail aussi imprévu mais le cachet de la poste fait foi : le compte à rebours du destin y est tamponné de façon irréfutable ! Pardon à l’expéditeur.

Dormir la nuit …

jlllg44.jpg Jean-Louis t’as raison, ces derniers temps j’ai sans doute mis trop d’histoires à dominante “spirituelle” : anges, moines etc. Mais bon, il y a sans doute des raisons qui l’expliquent même si je ne peux pas trop en parler pour ne pas écrire le mot alzheimer trop souvent … En tout cas, j’étais content de ce bol d’oxygène avec toi et de ce petit vent frais de révolte que tu fais souffler (j’ai dans ma bibliothèque “La désobéissance civile” de H.D. Thoreau et vais le relire). Merci aussi pour l’histoire de ta montre ! Pour ceux qui n’étaient pas là : Jean-Louis a acheté très cher une belle montre, avec sonnerie et tout. Et comme il a perdu le mode d’emploi qui était d’ailleurs incompréhensible (genre japonais traduit du suisse en passant par le coréen du nord) il ne savait pas comment la règler. Et la montre sonnait toutes les heures. Toutes les heures du jour ça va encore mais toutes les heures de la nuit ! Tu as bien fait de t’en débarrasser Jean-Louis : t’as pas la vocation d’un moine appliquant la Règle de Saint Benoît et célébrant la louange de Dieu pendant les vigiles noctures ! (et encore la Règle de S.Benoit est moins dure que celle de S.Pacôme qui prévoyait un minimum de 36 psaumes par nuit !).

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